Hashberry Hole ♠ Le Rossignol de l'Empereur



 

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 Hashberry Hole ♠ Le Rossignol de l'Empereur

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Hashberry Hole

Fou du Prince et de la Princesse
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♣ Fou du Prince et de la Princesse ♣


Rang : Lower Class
Totem : Rossignol
Messages : 52
Age : 19
Pseudo : Pan

Once upon a time
Âge du personnage: 11 ans
Date d'arrivée à Cloverfield: 25 juin 1938

MessageSujet: Hashberry Hole ♠ Le Rossignol de l'Empereur   Jeu 12 Sep - 20:03


Hashberry Hole
Chante, Rossignol, chante.



▬ âge : 11 ans
▬ date de naissance :  1er novembre 1929
▬ catégorie :  Lower Class
▬ rang :  Fou  (rossignol royal)
▬ date d'arrivée à cloverfield : 25 juin 1938
▬ péché mortel :  Gourmandise
▬ totem : Rossignol





Was it a vision, or a waking dream ?
"Ode to a Nightingale"




    « “Place park, scene dark, silvery moon is shining through the trees ;
    Cast two, me, you, sound of kisses floating on the breeze.” »  



Hashberry chante, il chante, il ne fait que chanter. Sa voix claire, quasi surnaturelle, s’élève jusqu’au ciel envahissant les pièces et les cœurs. C’est le Rossignol de l’Empereur. Il chante sur commande et chante pour lui seul, il chante devant assemblée ou chante en lui-même, il chante plus qu’il ne parle, plus qu’il ne respire. Et il chante divinement. C’est son unique et incroyable don. Car pour la musique, et pour la musique seulement, Hashberry est un génie.

Hashberry n’est pas là. Il est ailleurs, absent, immatériel. Désincarné. On dirait un fantôme. Ou non, un poupon de porcelaine. Son visage rond, ses traits délicats et trop lisses, ce teint lunaire, évoquent un tableau, une poupée de cire à peine animée. Il a l’air fragile, irréel, avec cette expression figée, pourtant presque tranquille. Il est serein. Un Pierrot descendu sur terre.

Il s’adonne à ses fantaisies sans honte. Il ne craint pas le regard de l’autre ni ne le provoque. Il le soutient cependant, de cet air à la fois tendre et halluciné qui vient d’on ne sait où. En dehors de chanter, il aime danser. Il danse tout seul, élaborant ses chorégraphies dans l’instant. Ses danses n’ont pas de sens ni de structure et ne connaissent d’autre rythme que celui qu’il chantonne. Il aime danser sous la pluie, et danser devant Lucifel qui s’amuse de le voir onduler et s’agiter bizarrement. La raison de Hashberry n’a ni queue ni tête, on s’y perdrait à essayer de sonder les labyrinthes de son esprit. A moins que ce ne soit qu’un gouffre sans fin, un trou noir risquant de nous aspirer.

Ses yeux immenses, noirs comme le charbon, luisant comme des billes, se posent sur le monde mais ne semblent pas le voir. Il ne touche pas, il frôle, il ne marche pas, il glisse. Tout se fait dans la grâce et la légèreté. Il ne parle guère, et souvent seul. Il chantonne sans cesse. Tout bas. Il rit parfois, un petit rire cristallin qui résonne partout, et qui rappellerait une minuscule cascade. Un rire un peu fou, un peu bizarre. Car Hashberry s’amuse facilement. Si vous observez bien ce visage opalin, vous remarquerez un infime sourire à la commissure des lèvres. On sent qu’il sourit plus qu’on ne le voie. Il se tient droit mais pas raide, immobile mais souple, et sous son air doux et séraphique brûle une folie paisible. Il met un peu mal à l’aise, il est troublant, inquiétant. On ne comprend pas ce qu’il veut, ce qu’il attend. On se demande ce qu’il pense. Pense-t-il seulement ?

Cette quiétude sera troublée si vous le contrariez. Il n’est pas méchant ni agressif – tout est toujours plus subtil. Dans un sens, il est même tout à fait innocent. Innocent n’est pas « inoffensif ».  Si vous l’injuriez – Hashberry ne supporte pas la provocation – il ne se jettera pas sur vous. Il ne dira et ne fera rien. Il serra les dents et les poings, rougissant vaguement, une flamme dans son regard noir. Cependant, ne vous étonnez pas de retrouver quelques insectes grouillants dans vos affaires, un rat mort sous votre oreiller, ou même de vous voir accusé d’un crime que vous n’avez pas commis. Hashberry est rancunier et efficace. Même si, comme tout ce qui le concerne, cela se fait en silence.

S’il est perturbé – et il l’est, assurément – il ne s’en rend pas compte et ne s’en préoccupe pas. Il n’est pas conscient de ses propres tourments. Difficile de dire où sa conscience est éveillée. Entend-il quelque choque aux concepts de Bien et de Mal ? Aux grandes valeurs qui rendent le cœur sûr ? A l’Amour, l’Amitié, la Loyauté ? Il connait la Morale et l’Interdit, mais qui peut dire s’il y trouve seulement du sens… Il aime charmer, plaire et satisfaire. Il aime le beau, tout ce qui est beau. Les gens beaux, les sons beaux, les objets beaux. Il méprise un peu les garçons et magnifie les femmes, surtout les jolies. C’est qu’il considère les hommes comme des créatures faibles, manipulables. Ils sont trop charnels, trop matériels. Il trouve que les femmes le sont moins. Il aime se vêtir en petite fille, des fois. Il glousse de ses propres plaisanteries, celles qu’il se raconte.

Hashberry n’entend rien aux livres et aux débats, il n’aime que l’art, le plaisir, le divertissement. Il raffole des spectacles, des défis, claquant des mains vivement ou sautillant avec jubilation. Il aime la tendresse et le jeu. Il est même un peu charmeur, des fois. Les rares moments où vous entendrez le son de sa voix en dehors du chant, elle se révèlera douce, profonde, très basse. Un peu comme les brises qui font grincer les portails des cimetières. Il éprouve une fascination un peu sinistre pour certaines choses. Il collectionne les insectes, qu’il conserve dans des bocaux ou épinglés sur un mur, à moins qu’il ne les garde directement dans ses poches. Même s’il est encore loin de la pyromanie, Hashberry a aussi développé une attirance extrême pour le feu, les allumettes spécialement. C’est certainement l’éclat des flammes qui l’attirent, mais il se pourrait que le danger l’exalte un peu aussi. Hashberry a un rapport trouble avec la douleur, la sienne en particulier.
Il aime fabriquer – et il y est habile – des poupées, des marionnettes, des masques aussi, et tous deviennent ses compagnons. Il est la poupée originelle qui donne vie à sa descendance. Elles composent son monde fantasque. Certains trouvent cela sordide, d’autres sont émerveillées par ses créations. C’est qu’il y passe beaucoup de temps et y consacre beaucoup d’énergie. En tant que Rossignol, il ne subit pas de tâche trop épuisante. C’est si naturel, pour lui ! Pour Hashberry, il semblerait que ses pantins prennent vie dès qu’il les achève. Il leur parle. Il les berce, les violente, les éprouve et les tue selon son plaisir – ou sa logique. Il en a souvent une avec lui. Il en offre parfois à Lucifel. Il s’amuse aussi à revêtir ses masques et divertir son Prince en jouant des rôles. Il moque les aristocrates – beaucoup moins les orphelins – avec une justesse surprenante.

Hashberry ne sait pratiquement rien faire d’autre que chanter ou jouer d’un instrument. Il ne sait pas couper sa viande, il ne sait pas plier ses affaires ou faire son lit, il ne sait pas bien mâcher ni rester propre. Malgré cela il est toujours bien vêtu et d’allure soignée. Le Prince aime bien, parfois il aime même l’habiller lui-même. Hashberry est un peu sa poupée à lui. Il lit à peine et compte sur ses doigts. Son seul domaine de compétence – mais quelle compétence ! – se borne à la musique qui n’a pas de secret pour lui.

Vous ne l’entendrez guère parler, bien qu’il soit plus éloquent qu’autrefois, mais vous l’entendrez inévitablement rire ou chanter. Oh, ne vous inquiétez pas. Ce sont deux sons des plus agréables.





Where Beauty cannot keep her lustrous eyes.
"Le Roi et l'Oiseau"

Un simple petit questionnaire pour mieux connaître votre personnage et son sentiment sur la vie à l'orphelinat.


  • Que pensez-vous de la Royauté ? Hashberry est très sensible à l’apparence, des choses ou des personnes. Il aime regarder les autres et les trouver beaux. C’est ainsi qu’il trouve la Princesse ravissante, et c’est selon lui l’aptitude essentielle à ce statut. Quant au Prince, c’est certainement le seul garçon à trouver vraiment grâce à ses yeux. Il le trouve beau et délicat, il aime être auprès de lui. Il est heureux de son statut privilégié. Par ailleurs, Lucifel lui assure une protection qui le rassure. Le Prince n’a encore jamais été mauvais envers lui, ni même rude ou méprisant. Il ne le rejette jamais. Peut-être est-ce dû à la simplicité de Hashberry, qui ne cherche pas de faveurs particulières et ne joue pas de rôle en dehors de ses pitreries. Il est naturel et sincère avec son prince. Cette attitude lui vaut quelques avantages, c’est ainsi qu’il lui arrive de connaitre des moments intimes avec Lucifel, et même de partager sa couche. Après tout, ils ont tous deux un goût certain pour la luxure et la paresse. I Hashberry ne cherche pas nécessairement sa compagnie mais il l’apprécie, et toute injure au jeune monarque l’irrite profondément. Il pourrait même devenir… menaçant.
    En tant que concept, Hashberry ne pense rien de l’idée de Royauté, des bienfaits ou des tords qu’elle apporte en comparaison d’un autre régime. Il profite juste des avantages que cette situation lui offre. Ça, il sait faire.


  • Que pensez-vous de l'Aristocratie ? Les hiérarchies sociales ne trouvent pas beaucoup de sens aux yeux de Hashberry. Il est plus réceptif aux hiérarchies implicites, officieuses. Celles des esprits. Il cerne très bien, d’instinct, qui domine et qui est soumis, sans avoir à connaitre le statut de l’un ou de l’autre. Le concept d’aristocratie lui échappe donc un peu. Mais il aime bien la docilité, entre crainte et respect, que la cour témoigne envers Lucifel. Cela lui plait.


  • Quel est votre sentiments sur Le Sycophante et les Remords ?Les Remords épouvantent Hashberry. Il les craint réellement. Il redoute à chaque instant de les trouver dans son lit, au détour d’un couloir, sous les tables ou derrière les rideaux. Leur simple évocation le glace d’effroi. Il en frissonne ! Son ouïe affûtée lui permet en outre de percevoir d’infimes bruissements au travers des murs… Il jurerait que ce sont leurs murmures.
    A propos du Sycophante et ses compagnes… Sa relation à elles demeure ambigüe. Le sentiment qui surpasse les autres est celui-ci : la fascination. Ces créatures mystiques, âmes errantes et omnipotentes, captivent Hashberry. Beaucoup de ses dessins représentent le Sycophante ou une de ses sœurs. Hashberry les craint, bien sûr, il n’oserait guère s’élever contre elles, braver leur interdit ou ne serait-ce que médire à leur sujet. Mais il les trouve terriblement belles.  D’une grâce absolue, inégalable. Et c’est davantage cela qui le tient en respect, avant la crainte et la frayeur. Ce magnétisme, quasi irrésistible, est tel qu’il ne peut s’empêcher d’en être attiré. A l’inverse des autres orphelins, il tente toujours de les approcher, de les contempler. Son regard demeure fixé sur elle, hypnotisé. Il lui arrive de leur faire des offrandes, fruits, dessins ou poupées. Il ne fait pas cela dans le but de les amadouer, c’est un geste tout à fait sincère de sa part. Pour lui, leur pouvoir est aussi captivant, aussi terrifiant que leur beauté. Infini.


  • Quel est l'investissement de votre personnage dans la course aux privilèges ? Nul. Rien. Hashberry est très bien où il est. Il n’aspire à aucune autre situation, aucun autre rôle. Le sien est somme toute très confortable. Il est aussi à l’aise dans sa condition que l’est le Prince dans la sienne. De toutes façons, Hashberry serait bien incapable de faire quoi que ce soit d’autre.







Now more than ever seems it rich to die.
"L'enfant et les sortilèges"



Je m’excuse pour la longueur. Je me suis un peu emporté. Par ailleurs j’ai conscience que mon histoire est spéciale voire tordue, alors j’espère simplement qu’elle vous saura vous convaincre.


Sir Microft Hole était un homme distingué. Un homme juste, généreux, aux valeurs dignes de celle de la bonne société britannique. Sir Hole était respecté et estimé de tous ses amis, qui ne pouvaient que constater avec approbation à quel point aucune entrave n’avait perturbé le chemin de vie d’un homme de si haute considération. Pourtant, comme chacun d’entre eux, Sir Hole avait des secrets. Seulement, il s’employait scrupuleusement à garder ces secrets cachés à la vue de tous, de manière à ce que personne ne pût même soupçonner qu’il en eût.  

Seule son épouse, à laquelle ces secrets n’avaient pu être épargnés, connaissaient leur existence. Ces secrets se nommaient respectivement Chiara Giglioni et Hashberry Hole, et ils demeuraient présentement bouclés dans le grenier obscur du manoir familial.


♠    ♠    ♠



Diliing Diliing Diliing !

Entendant le son distinctif de la cloche, Sir Microft Hole reposa le journal qu’il tenait entre les mains et jeta un regard perplexe en direction du plafond.

– Tu comptes y aller ?

Lâchant un soupir, il se tourna vers sa femme. Elle le lorgnait furtivement tandis qu’elle entreprenait de compléter un bouquet de lys au sein d’un vase aux ornements chinois. Sir Hole se leva.

– Je ne vais pas les laisser mourir de faim.

 – Elle a déjà mangé. Deux fois.

Sir Hole sentait l’exaspération contenue dans la voix de son épouse. Ses lèvres pincées tremblotaient légèrement et elle ne cessait de remettre en place les mêmes tiges. Elle ne semblait pas s’en rendre compte.

 – C’est peut-être pour Hashberry.

 – Je te prierais de ne pas prononcer ce nom ridicule en ma présence, Microft.

Un silence pesant s’abattit sur le salon, uniquement troublé par le vague tintement que faisaient les boucles d’oreille de Mrs Hole lorsqu’elle remuait la tête. Sir Hole demeurait figé dans sa position, manifestement hésitant quant à ce qu’il advenait de faire à présent. Après un regard brûlant, Mrs Hole quitta la pièce d’un pas rigide. Second soupir. La porte se rouvrit :

  – Sache que je supporte cette situation et toutes ses conséquences avec de plus en plus de difficulté. J’en n’en peux plus, Microft. Je ne le supporte plus. Je n’en ai pas la force.

La porte se referma. Troisième soupir. Sir Hole se dirigea d’un pas lourd en direction du grenier.


♠    ♠    ♠


Toc, Toc, Toc.


– Oui ! Entre, mon chéri !

Sir Hole pénétra dans la pièce ombragée et lugubre qu’il avait aménagée, vaguement éclairée de quelques chandelles. Chiara était, comme à l’ordinaire, enfouie dans les draps épais de son vaste lit à baldaquin, en habit de nuit malgré l’heure avancée de la journée. Un large sourire éventra son visage à la vue du Lord.

– Nous n’attendions plus que toi !

Il y avait quelque chose d’étrange dans le ton jovial de la jeune femme. Quelque chose de dérangeant, d’instable.

  – Où est-il ?

– Hashberry !

Une petite tête pâle émergea de l’obscurité. Un tout petit garçon venait d’apparaitre. Ses cheveux étaient d’une telle blondeur qu’ils paraissaient presque blancs. Quant à son teint, il était si diaphane qu’on l’aurait cru saupoudré de farine. On distinguait même quelques minuscules vaisseaux par endroits, près des paupières. Cela contrastait fort avec ces pupilles sombres comme la nuit, dénué de toute nuance, de toute teinte, en dehors de ce noir opaque et glacé. Pourtant, les yeux de Hashberry semblaient toujours étinceler d’un éclat vif, vibrant, qui lui donnait cet air fiévreux. Un peu délirant.

– Comment ça va, bonhomme ? dit Sir Hole en se baissant légèrement, l’expression tendre et bienveillante.

Il ne s’attendait certes pas à une réponse, puisque Hashberry ne parlait pas. Mais il savait, d’après cette figure intelligente, cette malice dans le regard, que le petit garçon de cinq ans alors l’entendait. Il entendait tout, il voyait tout. Il ne prenait simplement pas la peine de répondre. Ni même de réagir.

– Nous étions sur le point de jouer aux amoureux, reprit Chiara. Veux-tu te joindre à nous ?

Sir Hole s’approcha de la jeune femme, toujours au creux de sa couche, et s’assit après d’elle. Il avait l’air préoccupé.

– Chiara, tu ne devrais pas faire cela. Ce n’est pas… Ce n’est pas sain.

L’expression de Chiara changea aussitôt. Son sourire se mua en une moue mauvaise, dédaigneuse, et elle cracha avec hargne :

– C’est mon fils. Je fais ce que je veux.

Reprenant son air doucereux, elle ajouta à l’adresse de ce dernier :

– Viens, Hash. Viens, mon amour. Mon bébé. Mon garçon à moi.

Mal à l’aise, Sir Hole se releva et observa sa progéniture s’approcher de sa mère pour l’enlacer. L’enfant  non plus n’était pas vêtu. Il s’assit à côté de la jeune femme et joua avec ses longues boucles blondes. Blondes comme lui.

– Que voulais-tu ? s’enquit Sir Hole avec une sorte de hâte, comme s’il s’empressait de quitter l’endroit.

– J’ai une requête.

– Une ?

– Une requête !

L’accent de Chiara était prononcé, mais elle parlait un anglais parfait. Sir Hole lui fit signe de poursuivre.

– Je veux être sûre que, si quelque chose devait m’arriver, Hashberry ne soit pas envoyé dans un orphelinat. Ou à l’hospice. Soit tu le confieras aux filles, à Sophie par exemple, soit tu le garderas. Je veux des papiers. Je veux voir la preuve. Ne me roule pas, Microft.

Elle avait dit tout cela sans cesser de caresser le front bombé de Hashberry, qui suçait son pouce avec nonchalance, manifestement peu inquiété de son avenir.

– Les filles ? Je ne peux pas laisser mon fils dans les mains de ces…

– Ces ? Ces quoi ? Ces putes, c’est ça ? Tu penses que les prostitués sont forcément de mauvaises mères ? C’est cela, Microft ? Et moi, je suis quoi ? Si tu craignais pour ton bastardo , il fallait y penser avant de m’engrosser !

A présent hystérique, Chiara se jeta sur l’homme et le rua de coups et de griffures. Sir Hole poussait des grognements de douleur tout en tâchant de repousser son assaillante. Et Hashberry observait la scène avec cet air distant qu’il ne semblait pas quitter.

– Calme-toi ! CALME-TOI ! Je n’ai pas dit cela ! Je vais faire… Je VAIS faire ce papier.

Chiara stoppa son geste et se réinstalla dans ses coussins, apparemment tout à fait sereine.

– Tu es un amour, Microft. J’attends cela pour demain. Je ne veux pas que les choses tardent trop. Compris ? Tu peux y aller. Embrasse ta femme pour moi. Viens, Hashberry, c’est l’heure.

Les yeux gourmands, Hashberry délaissa son pouce et vint se lover au creux de sa mère, qui découvrait à présent sa poitrine. Hashberry enfouit l’un des mamelons dans sa bouche tandis que Chiara lui fredonnait une berceuse avec tendresse. Il y avait quelque chose de si bizarre dans cette vision que Sir Hole, pourtant accoutumé à ce genre de loufoqueries, sentit un frisson courir le long de son échine. Il s’éclipsa sans bruit, laissant la jeune femme à ses affaires, à ses folies.


Lorqu’il eut dévalé la dernière marche, il trouva son épouse Millicent, raide comme un piquet et pâle comme un linge, qui l’attendait sur le pas de la porte.

– Microft. Les voisins. Les voisins vont finir par nous entendre, si ce n’est pas déjà fait. Microft. Ils vont se poser des questions. Nous sommes au XXème siècle, ce genre de choses… Cela ne se fait plus, Microft. C’est puni par la loi. C’est… C’est même invraisemblable que nous n’ayons pas été découverts jusqu’alors ! Et si… Si un jour quelqu’un venait à…  Et si la police… Qu’est-ce que tu vas leur expliquer, Microft ? Tu vas leur dire la vérité ?

Excédé, confus, Sir Hole passa devant elle pour rejoindre la salle à manger en grommelant un « Eh bien oui, peut-être ! ». Mrs Hole le suivit et répondit d’une voix aigüe évoquant celle d’une poule courroucée :

– Comment ? Tu es sûr de cela, Microft ? Tu vas dire : « Oh ce n’est rien ! Seulement ma maitresse et son rejeton, mon bâtard donc, que j’ai pris le soin d’enfermer chez moi, sans que personne ne le sache, afin qu’il ne soit pas élevé dans un bordel ! Lieu que j’ai moi-même fréquenté, c’est d’ailleurs en son sein que j’ai sauté ladite…

– Cela suffit ! beugla Sir Hole.

Millicent Hole sursauta, peu habituée au ton furieux qu’employait son époux. Elle s’assit à la table, la démarche lente et mécanique, et plongea son visage au creux de ses mains. Sir Hole rejeta ses cheveux en arrière, lissa ses moustaches grises et émit le quatrième soupir de la journée.

– Je ne sais pas ce que je dirai, Millicent. Je ne raconterai certes pas cela. J’inventerai quelque chose. De toutes façons, il n’y a pas de raison qu’on découvre la vérité. Et ce n’était pas ma maitresse, c’était… C’était son métier. C’est différent. Nous vivons une période très troublée, Millicent. Tu n’as pas conscience des soucis que cela m’inflige. Sais-tu que l’Europe est sur le point d’éclater ? Au Parlement, on ne parle que de ce… ce Hitler, de l’Italie, de cette crise qui n’en finit plus… J’ai… J’ai connu un moment d’égarement et… Je n’avais pas prévu ce qui adviendrait. Ces choses-là ne sont pas censées arriver. Et ensuite… Mais enfin, Millie, qu’aurais-tu fait à ma place ? Je ne pouvais pas la laisser là-bas, dans ce lieu… ce lieu débauché, alors qu’elle portait mon enfant !

– Elle ne le porte plus, que je sache.

Sir Hole s’assit en face de sa femme et sortit de sa poche sa pipe en bois. Il fumait presque à chaque fois qu’il rendait visite à Chiara.

– Elle refuse de s’en séparer. Elle dit que si elle doit retourner là-bas, elle l’emmène aussi. Et cela, je ne peux m’y résoudre. Je ne peux concevoir que mon fils soit élevé dans un tel endroit. Il est déjà assez perturbé…

Millicent lança un vif regard en direction de son mari. Il n’admettait que rarement l’instabilité de son illégitime, interdisant ou contournant généralement sa simple évocation. Cet effort apaisa quelque peu le courroux de Mrs Hole.

– Je comprends, Microft. Mais comprends-moi à ton tour. Je t’ai pardonné, mais la situation est telle qu’elle me rappelle sans cesse cette humiliation. Cette fille est… c’est une succube, elle cherche sans cesse à nous pomper. Elle… Elle te dévore petit à petit. Je crois qu’elle est folle, tu sais. Elle n’est pas bien. Et puis, ce rapport qu’elle a avec son fils. Ce qu’elle fait avec lui… Mon Dieu, ce n’est pas normal, Microft. Elle n’est pas normale.

– Je sais.

Sir Hole inspira une bouffée de tabac.

– Mais je me retrouve sans issue. Je ne sais pas quoi faire. Je me sens responsable d’elle, responsable de sa situation. De lui. C’est… C’est mon fils, tout de même.

– Ce n’est pas le mien. Et j’ai accepté qu’il porte ton nom – bien qu’il ne soit déclaré –, qu’il vive sous notre toit. Je n’accepterai pas que tu le traites comme tu traites nos enfants. Je ne saurai tolérer qu’il soit pareil à eux, à nous. Nous sommes déjà bien heureux de leur offrir le grenier. Il faudrait songer à trouver une solution plus… adéquate. Il en va de notre bien-être. De notre sécurité. Cet enfant est une erreur. C’est une tare. C’est pour cela qu’il est défaillant et bizarre. Comme s’il n’avait pas d’âme. Il a été envoyé par Dieu dans le but de te rappeler ta faute. C’est l’incarnation de ton péché. Il ne doit être rien d’autre à tes yeux. Le comprends-tu ?

Sir Hole acquiesça sans rien ajouter. Ce n’était certainement pas le moment d’évoquer la requête avancée par Chiara.


Le lendemain, comme prévu, le Lord vint soumettre les divers documents attestant de son engagement à la vue de son ancienne maitresse. Il remarqua qu’elle toussait plus souvent qu’à l’ordinaire, mais en vue du caractère emporté de la jeune femme, il ne se permit aucune remarque. Après tout, à force de ne pas voir le jour, tous deux ne devaient pas être de la meilleure santé. Sir Hole avait tout de même fait poser une petite lucarne sur une des façades du toit. Hashberry y restait prostré des heures, sans bouger ne serait-ce qu’un cil.

Ce jour-là cependant, il ne se trouvait pas devant la fenêtre mais devant le grand lit défait, dans lequel sa mère reposait toujours. Elle semblait extatique et excitée, comme à l’aube d’un grand évènement. Faisant signe à Sir Hole de la rejoindre, elle lui fit une place près d’elle en lui désignant la petite silhouette tout de blanc vêtu, statique au pied du lit. Elle hocha la tête et pour la première fois en cinq ans, Microft Hole entendit la voix de celui qu’il avait engendré. Et quelle voix.

Hashberry avait une voix si pure qu’elle ne semblait pas humaine. C’était un timbre divin, céleste, échappant aux lois du monde physique. Il avait l’air d’un angelot. Sa voix traversait les murs comme s’ils fussent faits de coton. Sa voix pénétrait le cœur de l’homme aussi sûrement qu’une flèche dorée. Une voix d’ange, une voix de démon. Des larmes rares s’écoulèrent des yeux de Sir Hole tandis qu’il sentait vibrer en lui la voix de Hashberry.

Lorsqu’il eut fini, Chiara se mit à frapper des mains frénétiquement, ouvrant grand les bras pour y accueillir son petit prodige.

– Tu as vu comme il chante bien, mon bébé ? Oh, qu’il est beau, qu’il est doué ! C’est un ange, c’est mon ange à moi…

Elle se mit à le baiser de toutes parts, déclenchant de délicats éclats de rire chez le petit garçon.

– Depuis quand sait-il chanter de la sorte ? Par quel miracle…

Hole était si troublé que sa voix à lui s’éteignit dans un souffle. Il embrassa le front de son jeune fils et quitta la pièce, le visage comme béni par la grâce d’un chérubin.



♠    ♠    ♠



Les jours suivants, sir Hole ne connut d’autre préoccupation que le souvenir de la voix de Hashberry. Cette voix s’imposait à lui à toute heure, distrayant toute pensée et pénétrant tout songe. Il ne se souciait plus des jeux morbides auxquels d’adonnait sa protégée à l’égard de son fils. Lorsqu’elle l’habillait en monsieur et prétendait qu’il fût son mari ou son amant, évoquant des choses qu’un enfant si jeune ne peut encore connaitre. Lorsqu’elle l’encourageait à capturer les insectes dispersés dans les recoins du grenier pour les épingler sur les murs afin d’agrémenter leur « collection ». Lorsqu’elle proposait d’être sa muse, invitant l’enfant de cinq ans à peindre les courbes de son corps dénudé. Ces habitudes étranges qui d’ordinaire tourmentaient tant l’âme de Sir Hole paraissaient dérisoires à présent. Elles n’assaillaient maintenant plus que celle de son épouse, que l’attitude légère et insidieuse de Chiara outrait jusqu’au bord de la syncope.

Hashberry grandissait. Il grandissait peu et mal, car sa faible constitution n’en permettait pas autrement. Mais il allait avoir sept ans. Il ne parlait toujours pas, ne se nourrissait quasiment que de lait maternel, il était sale et dépendant, mais il chantait, oh il chantait divinement ! Chaque soir à présent, Sir Hole se rendait au grenier et exigeait d’entendre son fils chanter. Et chaque soir, il croyait voir une apparition. Il demanda même à Chiara d’emmener Hashberry à l’église, où il pourrait être enfant de cœur, ou simplement à la chorale. Mais la jeune femme gardait jalousement son bien. Elle ne concéda jamais à laisser son enfant sortir du grenier. Il était sa poupée, sa petite chose, sa création. Elle seule pouvait l’approcher, le toucher, l’habiller, le maquiller, le mouvoir, le guider, le contrôler. Elle organisait de petits spectacles dont il était la vedette, cousant ses costumes et s’offrant toujours le rôle de la Belle à convoiter. Hashberry la suivait dans toutes ses lubies. Il ne vivait que pour sa mère. Que par sa mère. Elle était son seul monde, sa seule réalité.



♠    ♠    ♠



Cela faisait une semaine que Microft Hole était en déplacement. Il s’apprêtait aujourd’hui à passer la porte de son foyer et attendait avec une impatience contenue de voir apparaitre la frimousse de ses deux bambins. Marta et Timothy, respectivement âgés de dix et six ans, avaient hérité de la carrure solide de leur père ainsi que de ses yeux bleus. Ils possédaient tous deux, en revanche, la chevelure châtain de leur mère. Ils ne ressemblaient guère à leur frère ignoré, dont le visage entier évoquait celui de sa mère. Même sa peau lisse et blafarde tenait d’elle.

Ce ne fut que le soir venu que, à la suite d’émues retrouvailles, Sir Hole consentit à se rendre au grenier afin de rendre visite à la partie dissimulée de sa famille. Il frappa plusieurs fois, mais seul un silence peu conventionnel lui répondit. Ils devaient être en train de dormir. Après tout, Chiara n’était pas du genre à imposer à son bambin des horaires de sommeil fixes. Tous deux dormaient quand ils le souhaitaient. Collant son oreille contre la porte, il crut percevoir des murmures. Manifestement, ils ne voulaient pas être dérangés. Soit, Microft Hole n’était pas homme qui appréciait s’imposer. Il déserta les lieux et partir se coucher. Si Chiara avait besoin de lui, il ne doutait pas qu’elle n’hésiterait guère à employer sa clochette.
Sir Hole regagna le grenier seulement deux jours plus tard. Et cela se passa dans des circonstances qu’il n’avait pas du tout anticipées. Ce fut la femme de chambre, Miss Poppyfield, qui l’alerta de la situation.

– Oh, Monsieur, Monsieur… C’est abominable. Il doit y avoir un… un animal mort ou un amas de pourriture quelque part là-haut. L’odeur est insoutenable. Je suis désolée, Monsieur, mais je ne peux rester à l’étage. C’est que cela vous prend à la gorge, Monsieur ! Aucune autre domestique ne veut s’occuper des dernières chambres. J’ai déposé hier de l’eau devant la porte, comme les autres jours, mais vous constaterez vous-même que tous les bols sont restés sur le tapis, Monsieur. Je parle du grenier, Monsieur. M’est avis que vous devriez jeter un œil, le petit n’a, une fois de plus, certainement pas pris la peine de faire ses besoins dans le pot de chambre. Je ne sais plus quoi faire et j…

– Merci Anna, je m’en occupe.

L’allure hâtive, sir Hole gravit les escaliers prestement et, dès qu’il eût accédé à l’étage inférieur au grenier, une senteur pestilentielle imprégna ses narines. C’était si intense qu’il en eut un vertige. Poussant un juron, il se rua contre la porte du grenier et frappa à la porte bruyamment :

 – Chiara ! Chiara, ouvre-moi ! Qu’est-ce qui se passe là-dedans ?! Vous ne pouvez pas vivre ainsi ! Je… cela se sent d’ici ! C’est insoutenable ! Chiara ! Ouvre !!

Il tambourinait avec force, mais ne recevait toujours aucune réponse. Il finit par forcer la porte d’un puissant coup de pied. Les relents nauséabonds qui se dégageaient de la pièce lui saisirent la gorge. Plaquant sa manche contre son visage, les yeux plissés, Hole tâcha de distinguer les contours de la pièce pratiquement plongée dans les ténèbres. Les stores avaient été baissés et seule deux chandelles brûlaient encore sur la table de chevet. Peu à peu, Hole discerna la silhouette chétive et repliée de Hashberry, accroupi par terre et traçant de vastes courbes sur une toile à l’aide d’une pastelle. Il n semblait pas du tout troublé par l’arrivée brutale de son géniteur. Il fredonnait tout doucement.

 – Hashberry ! Hashberry, mon petit. Où est ta mère?

Hashberry ne se détourna pas de son dessin. Il semblait tout à fait imperméable à l’angoisse de son père. Ce dernier s’approcha précipitamment de lui et, secouant ses épaules maigres, répéta la question.  L’enfant le regarda longuement de ses immenses yeux noirs, avant de tendre le doigt en direction du lit, soufflant dans un murmure :

– Elle dort…

Hole, ne s’attardant pas sur le fait que son fils venait de lui adresser la parole pour la première fois, se releva et s’approcha prudemment du lit. Il distinguait en effet une silhouette étendue, à moitié recouverte par les draps. Il n’osait songer au pire, mais en son for intérieur, il savait déjà ce qui se passait. Il rejeta les draps d’un coup sec. Il tomba à genoux. Hashberry chantait tout bas.



♠    ♠    ♠



Il s’avéra que cela faisait quatre jours entiers que Chiara Giglioni était morte. Hashberry, qui ne connaissait pas la mort et n’avait qu’une vague conscience du temps, l’avait simplement cru endormie. Oh, il avait bien essayé de la réveiller, mais fatigué par ses vains efforts, il s’était résigné à simplement attendre qu’elle émergeât de son sommeil. Ce fut avec horreur que Microft Hole découvrit que tout ce temps, Hashberry avait dormi auprès de sa mère, bougeant lui-même son corps tel celui d’une marionnette afin de s’offrir les habituels gestes de tendresse qu’il recevait. Qu’à défaut de recevoir le lait maternel, le petit garçon avait jeûné jusqu’à brûler de famine, et avait donc pensé à manger, un à un, les précieux composants de la « collection ». Que sans l’aide de sa mère, incapable de se débrouiller, il avait fait ses besoins dans un coin du grenier. Mais le pire, le pire parmi toutes ces immondices, c’était l’innocence avec laquelle il demandait à Sir Hole :

 – Quand Maman va-t-elle revenir ?

Lorsqu’on emporta sa mère, Hashberry devint si enragé qu’un prêtre fut appelé afin de certifier qu’il ne s’agissait pas d’un cas d’exorcisme. Mrs Hole était très croyante, à l’inverse de son mari, et qui croit en Dieu croit à l’Enfer et tous ses dérivés. Malheureusement pour elle, le petit diable était encore loin de déserter sa vie. Bien au contraire.

Sir Hole ne put se résoudre à abandonner le petit, il l’avait promis. Quant à le laisser seul dans le grenier, il n’en avait pas la force. Il se sentait coupable de la perte subie par son fils. Ce dernier, qui considérait son père davantage comme un gentil ami de sa maman, paraissait plutôt indifférent à son égard. Il ne semblait éprouver ni rancune ni attente. En revanche, il s’avérait coriace envers Mrs Hole. Instinctif, Hashberry avait très vite senti l’aversion qu’éprouvait la bonne dame à son sujet. Elle ne supportait pas sa manière de manger avec les doigts, ces regards appuyés qu’il dardait sur elle, ses fredonnements incessants qui semblaient la suivre partout. Et ce refus de se laisser couper les cheveux ! Et cette manie de chaparder au lieu de réclamer, et sa façon de peindre les murs et les meubles sans se soucier de leur valeur, et cette dictature silencieuse et latente, mais bien réelle, qu’il imposait à sa petite société. Et, et, et…
Mais ce qu’elle supportait encore moins, c’était l’admiration émue qu’éprouvait tout le beau monde à la vue de cet enfant merveilleux. Lui qui ne savait même pas parler !

Oui, certes, Hashberry ne parlait toujours pas. Il s’était replongé dans le mutisme dès la disparition de Chiara. Ce silence, que Mrs Hole interprétait comme une ultime marque d’impertinence, devenait plus intolérable chaque jour. Pourtant, Hashberry ne connaissait pas que le silence. La mort de sa mère ne fut pas une entrave à ses facultés vocales, au contraire. Dès que son père le lui demandait, il chantait un air de son invention ou un refrain appris par Chiara. Il ne tarda pas à charmer tout l’entourage du Lord. Ainsi vêtu de son délicat habit blanc, le col orné d’un nœud soyeux, Hashberry transportait les aristocrates que Hole invitait chez lui afin de présenter son – précoce – talent. Hommes d’église, vieux bourgeois, ducs, comtes, médecins, juges, même le barbier n’échappait pas à la grâce angélique du nouvel arrivant de la famille Hole. A présent que Chiara n’était plus, les excuses étaient plus aisées, plus plausibles. Il s’agissait d’un fils né malade, ayant été confié à une tante vivant à la campagne où l’air était recommandé pour les santés vacillantes comme celle du pauvre enfant. A présent qu’il était rétabli, il était revenu vivre parmi les siens. Pourtant, le peu de ressemblance physique avec sa fratrie et la distance mesquine qu’il s’employait à démontrer à l’égard de Mrs Hole ne tardèrent pas à éveiller les soupçons. Mais peut-être cela n’était-ce qu’un plan tout à fait établi de la part de l’enfant en question, qui savait quelle humiliation ces suspicions déclencheraient dans le cœur de Millicent Hole.

Afin de perfectionner les aptitudes de Hashberry, Sir Hole entreprit de lui enseigner la musique et le solfège. Et si le garçon semblait tout à fait hermétique aux lettres et aux chiffres, il en fut tout autrement pour les notes. Son talent pour le chant se mua en talent complet pour la musique et tous ses ingrédients. Hashberry apprit à lire, à déchiffrer, à reproduire, et à composer la musique avec une aisance déconcertante. Il était capable d’entendre un air joué au piano et de le restituer sans faute la minute suivante. Chaque instrument qu’il touchait devenait juste et mélodique. Lui qui était incapable de se servir de couverts et de nouer un lacet, voilà qu’il se révélait enfant prodige. Il n’y mettait quasiment pas d’effort, et on n’aurait su même dire s’il y prenait plaisir. Il faisait simplement ce qu’on lui demandait. Mrs Hole discernait très bien, en revanche, quelle satisfaction sournoise et orgueilleuse flambait dans ses pupilles lorsque l’assemblée toute entière s’extasiait devant lui…

Timothy, l’aîné des enfants, était admiratif – si ce n’est plus – à l’égard de son demi-frère. Hashberry se révélait un mystère insondable et séduisant en même temps qu’un objet de convoitise. Timothy ne désirait rien d’autre plus que d’être son ami, ce qui attisait la rage de Mrs Hole que cette simple idée révoltait. Quant à la petite Marta, elle était littéralement sous le charme de Hashberry. Oh, c’était son idole ! Et tout cela sans presque jamais prononcer le moindre mot. Sans manifester le moindre attachement, la moindre considération. Hashberry se fichait d’eux. Il ne s’occupait que de ses insectes, ses partitions, ses fantaisies... Hashberry n’avait jamais vécu dans le monde et sa brusque propulsion en son sein de l’aida pas à s’y adapter. Il préférait agrémenter son univers de ses propres lubies. Sa passion des allumettes fut la plus tenace – et la plus dangereuse. Il y eut celle des épingles, celle des masques, celle des poupées. Et toujours les insectes. Sa chambre, la plus vaste, était remplie de ses insolites petits trésors. Quant à son père, il ne s’inquiétait guère des passades de son fils, de ses caprices muets, de sa nature associable et impassible… Il ne savait voir, au contraire de sa femme, la douce fourberie qui régnait en son âme. Il ne savait comprendre cette allure trop sage et cet infime sourire, imperceptible, au bord de ses lèvres. Il ne voyait que l’enfant prodige, jamais l’enfant malade.

Ce fut ainsi que Hashberry put parcourir l’Europe, sillonnant les divers pays invitant à le produire. En ces temps troublés, la haute sphère appréciait les distractions de toute sorte. Hashberry devenait, le temps d’un séjour, l’attraction du moment. Puis il repartait, arrachant les mêmes sourires ravis de son père à chaque représentation. Mais si ces voyages n’accablèrent pas trop lourdement la santé de Hashberry, il en fut autrement pour son géniteur, qui au terme d’un voyage, succomba à une pneumonie. Hashberry se retrouva, sans en être particulièrement affecté, seul avec sa belle-mère.


♠    ♠    ♠



Du fait qu’il s’était déjà attiré les bonnes grâces de l’entourage direct et indirect de la famille Hole – y compris le personnel – Mrs Hole n’osa pas le déloger de ses privilèges. Surtout que ses frères et sœurs ne s’en étaient étrangement jamais montrés jaloux, bien au contraire. En revanche, de plus en plus excédée par les manières malvenues du garçon – il avait à présent neuf ans – elle ne parvenait à dissimuler qu’à grand-peine la haine naissante qui grouillait en elle. Elle craignait et détestait cet enfant.

Il y eut, comme dans toute situation où les choses se dégradent lentement mais sûrement, une goutte d’eau qui fit déborder le vase. Cela se passa un après-midi de juin. Lors du déjeuner. Mrs Hole provoqua Hashberry. Mais à ce jeu-là, c’était toujours lui le vainqueur.
Elle commença par lui arracher sa boîte d’allumettes des mains, lassée par le craquement régulier des brindilles contre le grattoir. Hashberry, à son âge, n’était pas supposé jouer avec le feu, mais personne ne daignait le lui interdire. On aurait dit, finalement, que tous autour de lui n’osaient pas se soulever contre sa volonté. Pourtant, c’était un garçon chétif, faible, il ressemblait à une fillette souffreteuse. Alors peut-être cela provenait-il de son talent, de sa présence irréelle, comme mystique. Ou simplement de cette expression figée, immuable et distante, qui ne le quittait point.
Ainsi Mrs Hole fit subir à Hashberry son premier affront. Il ne dit rien. Puis, au lieu de lui servir son verre de lait, Mrs Hole lui donna un verre d’eau. L’imperceptible sourire s’affaissa. Mais Hashberry ne dit rien. A la place, il repoussa doucement le verre d’eau. Il le mit juste au bord de la table. Mrs Hole s’assit en face de lui. Timothy et Marta, silencieux, baissaient la tête sur leur assiette.

– Mange.

Hashberry fixa de ses prunelles ébène les yeux pâles de Mrs Hole. Elle se forçait à ne pas ciller. Cela irrita beaucoup Hashberry. Ses joues nacrées commençaient à se teinter minutieusement de rose.

Hashberry ne mangeait pas les repas usuels. Il avait son régime spécial. En fait, tout était spécial le concernant. Il se couchait à l’heure qu’il voulait, il se lavait s’il le voulait, il choisissait ses plats, ses vêtements et toutes ses activités. Il n’allait même pas à l’école et se rendait à l’Eglise que pour recevoir les compliments attendris des fidèles et des curés. En la présence de son père, Hashberry se montrait docile et attentif. A présent que cette présence n’était plus, il prenait des airs de bombe à retardement. D’ailleurs, en tendant l’oreille, on aurait juré en cet instant percevoir un lointain « tic tac, tic tac… »

– Hashberry, mange.

Mais Hashberry ne toucherait pas à son assiette. Il ne mangeait que des mets sucrés. Des gâteaux, des biscuits, des choux à la crème. Il n’avait jamais bu un verre d’eau de sa vie. Alors ces fades haricots secs, sagement répartis dans l’assiette en faïence, n’entreraient pas sans sa bouche. Mrs Hole le savait, au fond. On n’aurait pu dire ce qu’elle attendait alors, prostrée devant cet enfant du vice. Elle le testait, elle l’éprouvait. Hashberry approcha sa petite main blanche du verre d’eau, toujours en équilibre au bord de la table vernie. Mrs Hole pinça des lèvres.

– Non. siffla-t-elle.


Le bruit du verre se brisant sur le parquet fit sursauter Timothy et Marta. Hashberry lui ne bougea pas. Mrs Hole pâlit d’un coup.


Il fut exigé que Hashberry Hole fût ramené dans ses quartiers et n’en sortît pas tant qu’il n’aurait pas mangé. Le manoir familial fut ainsi le théâtre d’une crise de nerf proche de l’hystérie, qui ne s’acheva qu’au terme de plusieurs heures. La voix mélodieuse et limpide de Hashberry s’était changée en hurlements de fureur incessants.  Ce tapage fut tout à fait insupportable au cœur de Mrs Hole. Lorsque le lendemain, ayant constaté que l’enfant n’avait pas touché à son assiette et qu’il avait employé sa nuit à maculer le mur de son propre sang sous forme de peintures sordides – Hashberry était très enclin aux saignements de nez de manière générale, mais il lui arrivait aussi de se piquer les membres à l’aide d’épingles ; personne n’avait encore su trouver l’origine d’un tel désir, mais on suggérait qu’il pût s’agir d’une fascination pour l’hémoglobine, ou encore d’une stimulation de la douleur qui lui plaisait – Mrs Hole ne put que constater qu’elle n’était pas capable de garder le jeune démon dans sa demeure.
A neuf ans, le jeune démon en question fut donc envoyé à l’orphelinat de Cloverfield. Si Hashberry fut ébranlé par ce déménagement, il ne le montra guère. Assis dans le bus entouré de ses bagages, il regardait le paysage défiler de ces mêmes yeux absents, chantonnant, chantonnant… Peu importait où il allait, de toute façon il n’y était pas.


♠    ♠    ♠



Dès les premiers jours de son séjour au sein de l’établissement, le directeur se montra particulièrement attentif à son égard. Il le guidait, le défendait, le félicitait, le rassurait, le gâtait parfois, avec de plus en plus d’insistance. Hashberry lui adressait ses sourires minutieux et courtois dont il avait tant usé auprès de son public. Lorsque sous son influence, Hashberry chanta pour le directeur, ce dernier fut entièrement séduit par son protégé. Hashberry devint son favori. Il en paya le prix.

Les premières fois furent les plus dures, les plus ébranlantes. La douleur agressait jusqu’à l’âme.  L’injure était partout, revêtant sur l’esprit bancal du garçon une couverture de honte, de confusion et d’épouvante. Hashberry ne comprenait pas ce qui se passait et n’avait d’autre choix que de laisser les paroles suaves du directeur infiltrer sa conscience. « Tu es un ange, tu n’es pas comme les autres. C’est pour cela que tu ne parles pas. Tu n’en as pas besoin. Je sais que tu comprends. Tu comprends que ce que nous vivons, c’est de l’amour. »

Ainsi se dessina les contours de l’Amour pour Hashberry, qui ne lui connaissait pas d’autre parure. Il n’avait d’autre choix que d’accéder à ces sollicitudes – ces supplications parfois – en profitant des privilèges que ce statut de favori lui donnait sur les autres orphelins. Il eut ainsi droit à ses verres de lait et ses gâteries, en échange de quelques services qui, au fil du temps, se révélèrent de moins en moins éprouvants. Une routine nouvelle enveloppa son existence. Hashberry n’en imaginait pas d’autre.

Jusqu’au jour où les adultes, Kaufman comprit, disparurent. Son monde fut à nouveau chamboulé. Je ne saurais dire si Hashberry en fut heureux ou attristé. Il semblait que même de cela, il était en dehors. Il était ailleurs. Plus haut, toujours plus haut, comme le chant des oiseaux.






Pan
"Ainsi Pan, tout ceci est ton oeuvre."

▬ âge : toujours oublié…
▬ sexe : toujours un garçon.
▬ double compte : du petit français !
▬ Comment avez vous connu le forum ? Une autre partie de moi y vivait déjà.
▬ Qu'en pensez vous ? Voyez vous des améliorations à apporter ? Je le trouve de plus en plus intéressant, la preuve ;D
▬ autre chose ? Ne meurs pas, petit forum.


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Lucifel J. Sveinsson

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MessageSujet: Re: Hashberry Hole ♠ Le Rossignol de l'Empereur   Ven 13 Sep - 0:12

Bien, j'ai été chercher tous les papiers nécessaires à la mairie, MARIONS-NOUS SUR LE CHAMP.



Cette fiche. Cette fiiiiiiche.

Accurate video is accurate.



Hashberry. Ce nom. Ce mec. Cette personnalité riche et plurielle. Sa mère. Damn. SA MERE *A* Sa belle-mère. Sa relation avec sa mère. Hashberry. Ce mec. SA RELATION AVEC SA MÈRE. SA RELATION AVEC LULU. LES INSECTES. LE LAIT. GAH. JE. I CAN'T. NOPE. CAN'T EVEN. TOO MUCH FEELS. POURQUII JE PARLE ANGLAIS EN CAPSLOCK ?





Enfin voilà, t'es validé, tu connais la marche à suivre et tu peux m'envoyer un MP si tu veux qu'Hashberry soit intégré à l'intrigue en cours (dans un autre groupe que celui de Josué).

Enfin voilà :


_________________

    And Evil takes a human form in Lucifel Sveinsson. Don't be fooled because he may seem like your typical selfish back-stabbing creepy little fuck, but in reality, he is so much more than that.


    Raise your hand if you have ever felt personally victimised by Lucifel Sveinsson.


Eat it ♥:
 
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Hashberry Hole

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MessageSujet: Re: Hashberry Hole ♠ Le Rossignol de l'Empereur   Ven 13 Sep - 12:06

Oh mon Prince j'en rougis ! Tant d'enthousiasme me remplit de joie (et de vanité bien entendu).
Je cours dénicher quelque alliance afin de ne pas perdre de temps. Je suis on ne peut plus soulagé et ravi.

Merci beaucoup :crazy 
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MessageSujet: Re: Hashberry Hole ♠ Le Rossignol de l'Empereur   

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Hashberry Hole ♠ Le Rossignol de l'Empereur

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