De l'autre côté du miroir



 

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 De l'autre côté du miroir

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Lucifel J. Sveinsson

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Date d'arrivée à Cloverfield: 4 Octobre 1940.

MessageSujet: De l'autre côté du miroir   Mar 20 Aoû - 16:42


    Un étirement paresseux, un bâillement de chat. Lucifel Sveinsson, petit souverain de Cloverfield, s'était levé d'excellente humeur ce matin-là. Pour ses sujets, cet état de fait était aussi bénéfique que catastrophique, sa bonne humeur prenant de nombreuses formes – tantôt douces, tantôt cruelles. Le Prince roula hors de son lit et s'habilla seul. Quand Ezekiel entra pour le réveiller et le préparer, en plateau de petit déjeuner en main, le garçon était déjà en train de nouer un ruban vert autour de son col de chemise. Alors Lucifel le dépassa sans un mot à son égard, fredonnant un air enjoué, et s'en fut en gambadant dans le couloir, frais comme un gardon. Il se présenta au petit déjeuner avec les autres orphelins du commun ; il était assez rare de le voir au réfectoire aussi tôt. Habituellement, seuls les plus matinaux de l'Aristocratie – comme Alexiel, Andreas ou Leonild – étaient présent. Lucifel, lui, était plutôt connu pour traîner au lit et ne pas se montrer avant dix heures du matin, la frimousse encore enfarinée. A son entrée dans le réfectoire, un murmure empressé saisi la foule de ses sujets et tous se hâtèrent de se lever en signe de respect jusqu'à ce que leur monarque fut assis et que des valets remontent des cuisines pour lui servir de la nourriture décente. La salle à manger était toujours plus silencieuse quand le Prince était là, surtout quand sa présence n'était guère prévue comme ici. Coupés dans leur élan, méfiants et craignant un mauvais coup, les orphelins s'étaient rassis et mangeaient en silence. Seuls les tintements des couverts l'égayaient, ainsi que le fredonnement joyeux de Lucifel qui n'avait cessé et qui contribuait à sa façon à alourdir l'atmosphère. Le Prince chantait beaucoup mais ce n'était pas nécessairement – même rarement ? – de bonne augure. Quand la cloche sonna pour annoncer la fin du petit déjeuner et la demi-heure de battement avant le début du travail communautaire, les orphelins vidèrent la salle sans un mot, pressés de s'éloigner du Roitelet. Lucifel prit le temps de finir de manger, vida d'un trait la fin de son grand verre de lait, et fila sans débarrasser, laissant cela au soin des valets ou des responsables de la cuisine.

    Se présenta alors son plus lourd dilemme quotidien : que faire ? Il hésitait entre s'amuser dans la salle de jeux – comme il le faisait très souvent, cette pièce étant celle où l'on était sûr de le trouver à quatre-vingt pour cent – et sortir dans le parc pour se prélasser dans l'herbe. Un saut dans la cour intérieure l'informa qu'il faisait beau. Il y avait un peu de vent  et le soleil dardait des rayons d'une irrésistible tiédeur. La cloche retentit à nouveau ; le travail communautaire obligatoire commençait. Finalement, Lucifel se sentait bien de faire le tour des postes de travail pour vérifier les totems avant de se lancer dans ses activités oisives. Étant dans la cour, l'Islandais commença par l'atelier, siège des réparateurs, des cordonniers et des menuisiers. Il se planta pensivement devant chacun des trois panneaux de bois plantés de rangées de clous où étaient suspendus les totems. Sa présence immédiate inquiétait les travailleurs qui tâchaient de s'activer, le nez penché sur leurs affaires en cours. L'une des petites plaques de bois clair retint l'attention de Lucifel sur le panneau des réparateurs : le chat. Si ses souvenirs étaient exacts, il s'agissait du totem de Josué Starvinski. Le garçon fit un pas de côté et demanda d'une voix traînante : « Où est Josué ? » Sa requête jeta un froid et ses camarades se serraient presque signés en hommage à leur camarade bientôt condamné – si le Prince posait cette question, c'était forcément pour le retrouver et lui faire sa fête. Josué avait-il contrarié le Prince lors de la recherche de la Fièvre ? Finalement, ce fut le responsable des réparateurs qui répondit d'une petite voix : « Au grenier, Votre Majesté. Il répare un trou dans le toit. » Lucifel fit la moue. « Ah. » Puis il tourna les talons sans rajouter un mot. Les autres relâchèrent leur souffle, navrés pour le petit Français. Le grenier était bien trop loin et Lucifel avait la flemme de monter jusque là. Aussi si contenta-t-il d'aller dans l'ancien bureau du directeur où se tenait Albert. Sans lui adresser la parole, Lucifel se jucha sur le bureau en merisier – posant impunément une fesse sur les papiers que consultaient le Baron – et s'empara du microphone. Il appuya sur le bouton qui diffusait une brève mélodie annonçant le message à venir puis activa le micro. Lucifel intima brièvement : « Starvinski. Verger rouge. Maintenant. » Il éteignit le microphone, le remit en place et fila sans refermer la porte – et sans entendre le grognement agacé d'Albert.

    Le Prince se hâta de rejoindre le verger rouge niché dans un coin du grand parc herbeux. Il en franchit la grille rouillée et grinçante ornée de sobre ferronneries et se vautra son un cerisier penché. Sur le ventre, il n'avait qu'à tendre la main pour cueillir les cerises qui poussaient sur les branches traînant sur le sol. Les fruits étaient rares mais juteux et sucrés, de taille moyenne, bien rouges, presque noirs même. L'herbe était fraîche et l'air tiède et agréablement brassé. Le garçon posa sa joue contre le sol, les yeux mi-clos, balançant tranquillement ses jambes. Il fut alerté peu de temps après par le portail qui grinça à nouveau. Alors il se redressa et lança un grand sourire à Josué qui venait d'entrer. « Hæ ! », claironna-t-il avant d'ajouter : « Ça veut dire salut là d'où je viens. » Il était rare que Lucifel traduise des baragouinages en Islandais. Habituellement, il s’accommodait bien du fait que personne ne comprenne rien à ce qu'il raconte, c'était même plutôt amusant de voir leurs mines déconfites.

    Lucifel tapota le carré d'herbe à côté de lui à l'ombre pour inciter Josué à s'asseoir près de lui, souriant d'un air aussi engageant que possible pour l'apprivoiser, avec toute la meilleure volonté du monde.

_________________

    And Evil takes a human form in Lucifel Sveinsson. Don't be fooled because he may seem like your typical selfish back-stabbing creepy little fuck, but in reality, he is so much more than that.


    Raise your hand if you have ever felt personally victimised by Lucifel Sveinsson.


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Josué Starvinski

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MessageSujet: Re: De l'autre côté du miroir   Dim 8 Sep - 16:32



C’était la seconde fuite cette semaine. Josué, perché sur une malle, tâchait de couvrir l’éventrement du toit à l’aide d’une planche de bois qu’il striait de clous. Il était plus doué en matière de mécanique, lorsqu’il s’agissait de remettre en marche de petits rouages sur des objets spécifiques. L’arrangement des toits et des plafonds n’était pas son fort. Sa méthode était donc non seulement peu orthodoxe mais tout à fait précaire, car il ne faisait que limiter les dégâts. Néanmoins, aucun autre réparateur ne l’avait encore repris sur ce point, et il en déduit bientôt qu’aucun d’entre eux ne pouvait offrir de meilleure alternative.

Josué avait mal dormi, cette nuit-là. Son cauchemar avait été encore plus intense qu’à l’ordinaire. Josué faisait quasiment un cauchemar par nuit. Loin était le temps où il redoutait le sommeil, temple des songes hantés, tentant de se pincer la peau des joues afin de ne pas sombrer. Les cauchemars s’étaient mués en habitude, une routine qu’il ne craignait même plus. Comme tout le reste. Il aurait même été parfaitement perturbé de se réveiller après une nuit sans mauvais rêve. Le fait que Josué ne s’effrayât plus à l’idée de faire des cauchemars tenait peut-être aussi son origine dans ce fait-ci : quel songe, aussi noir soit-il, pouvait être pire que la réalité ?

Ce cauchemar s’était achevé par un sentiment singulier cependant. Une forme de soulagement. En se réveillant, Josué n’était jamais soulagé. Il était toujours surpris. Même après tant de jou… de moi… de… oh, il n’aurait su dire, le temps n’existait plus.  Jours, années, siècles peut-être. Ainsi, même après tant de… temps, Josué était surpris que ce fût déjà le matin, déjà l’heure de se lever et de trainer sa carcasse maigre dans les couloirs lugubres de l’Orphelinat. Il se surprenait parfois à souhaiter être enterré vivant afin de bénéficier d’un peu plus de repos. C’était bien entendu dans ses instants les plus inconscients.
Josué avait été soulagé d’être éveillé. De s’être extrait de ce rêve bizarre, sans violence et sans Sycophante, mais qui a lui seul révélait des monstres enfouis dans les abysses. Non les abysses de Cloverfield, non, c’était les propres abysses de Josué. On aurait juré d’ailleurs, à voir son visage déconfit, comme pris de vertige, qu’il craignait d’y tomber comme dans un gouffre sans fond. Josué avait rêvé des adultes. De Lui. Le directeur et son sourire trop grand, trop près. Cela faisait si longtemps ! Josué pensait avoir oublié ce sourire, et tout le visage, et puis tout tout tout. Un point germa entre ses côtes, comme un doigt puissant appuyant sur sa trachée. Sa respiration devint plus rauque et plus rapide. Il commençait à faire de l’asthme.

Josué ne comprenait pas le sens de ce rêve. Ce n’était pas tant le rêve lui-même qui le perturbait, c’était l’idée d’en rêver. Pourquoi ? Pourquoi faire resurgir ça, maintenant ?  Pourquoi raviver des souvenirs éteints dont personne n’a besoin, qui ne réchauffent ni n’éclairent quoi que ce fût ? Il ne parvenait pas à chasser les vagues images, sensations et interrogations qui lui assaillaient l’esprit tandis qu’il s’employait à arranger l’état de la toiture. Il n’entendait guère les voix basses des autres enfants. Il n’entendait même pas son propre estomac. Josué n’avait pas mangé, ce matin.

La voix trafiquée du Prince faillit le faire chanceler de son perchoir de fortune. Aussitôt, un silence de mort, aussi lourd qu’une ancre, envahit le grenier. Josué regarda ses camarades autour de lui, tâchant de ne pas s’alarmer à la vue de leur regard alerte, entre stupéfaction et compassion. On aurait tout aussi bien pu le condamner à mort, ce regard n’aurait pas été différent. Sans un mot – ni de sa part, ni de celle des autres – Josué descendit lentement de la malle et quitta le grenier, le cœur légèrement affolé.
Il n’avait pas de raison de s’inquiéter. Le Prince n’était jamais été plus gentil que depuis l’épisode de la Fièvre. Il était même extraordinairement tendre à son égard. Cette attention soudaine n’était-elle qu’une manigance ? Avait-elle pour objectif d’endormir sa méfiance pour mieux le blesser ensuite, voire l’abattre ? Le Prince s’était-il lassé de sa compagnie au point de vouloir changer la donne – et ainsi redonner de nouvelles bases à leurs rapports – ? Josué avait tout oublié de son rêve, la situation présente était bien plus angoissante que n’importe quel épisode passé. Les questions étaient comme des mouches sanguinaires grisées par l’odeur d’une charogne. Elle voletaient autour de lui et faisaient bourdonner ses tympans.

Il tenait dans sa main un marteau. Il n’aurait su dire si c’était par simple oubli ou par instinct de conservation. Se dirigeant d’un pas mécanique vers le Verger Rouge, Josué tâcha d’ignorer les regards pesants et compassés que les orphelins, figés dans leurs mouvements, lui adressaient. Pourtant, il ne put s’empêcher de remarquer que d’autres types de regards le fixaient aussi. Ce furent ceux qui le troublèrent le plus, car il parut y discerner une sorte de rancune, entre amertume et envie vaguement teintées de mépris, qu’il ne comprit pas.

Le Verger était un peu éloigné du reste du parc et, bizarrement, ce fait rassura Josué. Il craignait moins de se retrouver seul avec Lucifel que de supporter ces paires d’yeux agglutinées sur lui. A l’inverse de son Prince, Josué n’était pas un garçon qui appréciait être au centre des attentions.
Lucifel l’attendait. L’allure rigide de Josué contrastait étrangement avec celle, sereine et détendue, de l’autre garçon. Ses doigts étaient un peu rouges au bout des doigts, et le petit français devina que Lucifel avait pris le temps de déguster quelques cerises. Un plaisir que Josué, lui, n’osait s’offrir.

Il serait difficile d’expliquer simplement quel dilemme occupait l’esprit – voire le corps tout entier – de Josué Starvinski, tandis qu’il contemplait la silhouette chétive et pâle, singulièrement proche de la sienne, de son souverain. Il aurait voulu fuir, s’échapper, refermer le portail qu’il venait d’entendre claquer derrière lui dans un grincement sinistre. Ne plus sentir les prunelles sombres du Prince plongées dans les siennes. Retrouver son existence maussade, dans l’ombre et le silence. Mais c’était Lui qui décidait. C’était Lucifel.
Et il y avait quelque chose de curieusement et furieusement confortable dans le fait de se laisser porter par cette soumission. De ne pas avoir à choisir, à décider, à réfléchir. Il y avait quelque chose d’agréable – mot banni pourtant – dans l’idée d’avoir été élu par le Prince. D'en être proche, tout près. D'attirer son intérêt. Quelque chose de chaud dans ces prunelles et dans cette voix un peu suave, de séduisant dans ce geste courtois qui l’invitait à prendre place, là, juste à côté de Lucifel Sveinsson. Josué rougissait malgré lui, perturbé, confus, maladroit. Il s’assit avec raideur, étendant ses jambes dans l’herbe. L’une était toujours bandée et diminuée par sa blessure. Il n’osa pas regarder Lucifel.

Josué se mit à arracher des brins d’herbe frénétiquement. Il y eut un silence un peu long.

– Les autres se demandent ce que tu me veux. Ils… Ils doivent se dire que tu veux me punir.

Oui, Josué peinait bien à dissimuler les craintes que lui inspirait cet entrevue privilégié. Il n’était pas très adroit à ce sujet. Puis, lancé par un soudain entrain, il se tourna vers Lucifel et dit avec un petit sourire :

– Chez moi, on dit « sâlû ». En juif, je veux dire en hébreu, tu dis « shalom ». Mais je ne parle pas beaucoup hébreu, et ici personne ne comprend.

Josué aperçut soudain une cerise qui était tombée d’une branche basse. Elle gisait sur le sol, brune et brillante, gorgée de jus. Elle était tellement appétissante que Josué crut sentir sa langue pétiller dans sa bouche. Le cœur battant, il la saisit d’un geste vif et la fourra dans sa bouche, jetant de petits regards furtifs et fuyants en direction de Lucifel. En d’autres circonstances, il ne se serait jamais permis une telle liberté. Et maintenant, c’était comme s’il tentait de voir jusqu’où le mènerait cette soudaine proximité avec le Prince de Cloverfield.


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