Reijo Steadworthy - "Il y a trois sortes de gens, les morts et les vivants, et ceux qui sont en Mer..."



 

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 Reijo Steadworthy - "Il y a trois sortes de gens, les morts et les vivants, et ceux qui sont en Mer..."

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Reijo Steadworthy

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Rang : Cinq
Totem : Mésange Bleue
Messages : 11
Age : 22
Pseudo : Graphitea

Once upon a time
Âge du personnage: Onze ans
Date d'arrivée à Cloverfield: 17 Mars 1941

MessageSujet: Reijo Steadworthy - "Il y a trois sortes de gens, les morts et les vivants, et ceux qui sont en Mer..."   Sam 16 Nov - 6:06



One day, I shall fall.

"Feat. Deidara - Naruto Shippuden"

▬ âge : Onze ans.
▬ date de naissance : 12 Septembre 1931
▬ catégorie : Orphan
▬ rang : Cinq.
▬ date d'arrivée à Cloverfield : 17 Mars 1941
▬ péché mortel : Instabilité.
▬ totem : Mésange bleue


Si rien n'est plus comme avant
"Can I ever learn to love myself?
Will I ever cure my loneliness?"


Reijo est un frêle garçon de onze ans dont les longs cheveux blonds et lisses lui arrivent au milieu des omoplates. Son visage est assez fin et ses longs cils lui font des yeux de biche, sentiment accentué par leur forme légèrement oblongue. Il est de ce fait facilement confondu avec une fille notamment à cause son physique plutôt efféminé, ainsi que de sa crinière héritée de sa mère qu'il arbore fièrement, refusant des coiffeurs le moindre coup de ciseau.
Mais si ce sont ses longs cheveux dorés qui le rendent reconnaissable de loin, ce qui vous marquera chez Reijo sont sans doute aucun ses prunelles dépareillées, la droite étant d'un bleu glacial tandis que la gauche se pare d'un marron doux aux reflets verts. Le garçon sait jouer de cette particularité et garde les deux yeux ouverts en fixant son interlocuteur s'il souhaite avoir un effet déstabilisant et donc un ascendant psychologique sur ce dernier. De même, il ferme un œil sur les deux pour mettre les gens à l'aise (s'il montre le marron chaud) ou pour leur faire sentir son dédain et qu'ils ne sont pas les bienvenus (s'il montre le bleu froid).  Le contour de ses yeux  est très fragile, et par conséquent toujours rouge. Le moindre souffle de vent fait couler des larmes sur ses joues, et cela n'arrange pas le garçon qui n'aspire qu'à cacher la moindre de ses faiblesses même infimes, se montrant un brin cynique à l'occasion pour tenter de masquer ses fissures à l'âme.
De son passé d'enfant heureux, il ne lui reste qu'une longue écharpe rouge vif qu'il aime plus que tout et qu'il porte de jour comme de nuit, en été comme en hiver de peur de se la faire chaparder par un autre orphelin et un manteau de bure marron élimé dont les poches profondes recèlent de secrets futiles et de trésors sans valeur parmi lesquels on trouve une boussole de fer-blanc ayant autrefois appartenu à son père. Reijo a bien vite appris la règle de l'orphelinat : dominer ou se faire discret et invisible pour survivre aux puissants. L'ombre ne le dérange pas, et le timide introverti s'y glisse à merveille. Bouche cousue, expression indéchiffrable et regard à l'affût, il est chasseur d'informations, vautour terne et effacé pour ne pas devenir proie des aigles de la Royauté.

Droitier, il ne se sert de sa main gauche que pour toucher des objets particuliers (sa boussole, son écharpe, ses cheveux, les agrumes et les feuilles oranges entre autres) auxquels il apporte de l'importance, la gardant habituellement dans sa poche ce qui donne l'impression erronée qu'il est manchot. Néanmoins, s'il doit s'en servir dans les tâches quotidiennes, il porte un gant systématiquement à cette main, la main par laquelle il tenait celle de sa mère. Et ce n'est qu'un des multiples codes complexes qu'il a avec lui-même, tels que le fait d'éviter de dire certains mots ou noms à voix haute de peur de briser leur magie et le pouvoir qu'ils contiennent, de murmurer des pactes avec son corps en lui offrant la possibilité d'un contrecoup pour le remercier de sa diligence... Si on le force à dire ou faire quelque chose qu'il préfère cacher par pudeur, il aura l'impression d'avoir été trahi, ou bien que la chose en question aura perdu de la valeur. Si Reijo se confie à vous sur un sujet qui lui tient à cœur, ne le trahissez pas et ne dites rien à personne. L'enfant est fragile et un souffle accidentel suffirait à le blesser plus profondément que vous ne pourriez même l'imaginer, car même s'il cachera sa peine, il ne vous pardonnera pas votre cécité.
Son pêché mortel, l'instabilité émotionnelle, n'est pas anodin. En effet, le garçon est cyclothymique pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Ajoutez à cela une paranoïa manifeste couplée de troubles alimentaires et vous comprendrez pourquoi l'existence même lui semble être naturellement compliquée. On peut facilement considérer comme étant maniaque, il déteste voir sa routine et ses codes être dérangés par des imprévus, surtout que les imprévus en question ne sont jamais de très bon augure à Cloverfield... Ces handicaps ont une répercussion marquée sur son quotidien, à commencer par la manière dont il s'alimente, sa paranoïa le poussant à croire que tout ce qui lui est présenté en guise de nourriture est potentiellement empoisonné, il observe les rangs supérieurs manger dans le but de déterminer ce qui est sécurisé, et attend habituellement que les autres rangs cinq aient commencé à manger pour faire de même. Le moindre doute, et il filera aux toilettes pour se faire vomir le plus silencieusement possible... Mais peut-on réellement lui en vouloir pour cette crainte macabre lorsqu'elle se trouva confirmée ? Elle l'a alors très vraisemblablement sauvée des griffes des sœurs Hingley à son insu, en leur temps.
De plus, Reijo ne mange pas de viande, ni de chair en règle générale par dégoût, et ce depuis qu'il a vu les restes encore chauds de sa mère se faire déchiqueter par des rats. Les viandes sont pour lui le réveil d'un cruel souvenir, et il est heureux de leur rareté à table. Il sera capable de pleurer devant un appétissant rôti, restant par la suite maussade tout au long de la journée s'il est bien luné, ou de la semaine dans le pire des cas.
Mais sa vraie peur, c'est qu'on leur serve en réalité de la chair humaine. Qui sait où disparaissent tous les condamnés ? Et de quelle atrocité ne serait pas capable la monarchie pour s'attirer les bonnes grâces de sa population, friande de chair ? Le fait même d'en trouver sur la table en-dessous des rangs trois lui semble suspect, et alors que les autres orphelins profitent de cette rare opportunité, il les observe, les côtes saillantes et l'œil vif, regard asymétrique dont la lumière est teintée de clairvoyance ou de folie, selon le point de vue que vous portez sur la situation. Il mange donc essentiellement du pain et des légumes, et parfois du fromage si les autres en ont ingurgité en quantités suffisantes avant lui, mais la plupart du temps il n'en reste plus au moment où il est certain que le danger est passé.


Sa paranoïa et sa nervosité se ressentent bien entendu dans son physique cacochyme, et certains automatismes en ont profité pour se frayer un chemin dans la charpente fragile du jeune garçon.  Il lui arrive ainsi de s'arracher les cheveux semi-machinalement lorsqu'il s'ennuie ou qu'il est stressé, ce qui est bien évidemment fréquent. Il se retient pourtant en présence des autres et prend tout de même soin à ne pas altérer l'aspect général de sa chevelure en n'arrachant ses cheveux un à un, et pour ce faire il utilise sa main droite.
En revanche, il lui arrive d'enlever son gant pour le faire de la main gauche d'un geste conscient et délibéré, auquel cas il peut les déposer dans des endroits spéciaux pour lui comme pour marquer son territoire en quelque sorte, s'approprier les lieux dans l'espoir de se sentir même infinitésimalement plus chez lui dans ce monde froid. Ce sera souvent un endroit neutre et peu fréquenté par les autres orphelins, tels que le rebord d'un ruisseau, ou l'ombrage d'un arbre... Il peut même offrir à d'autres enfants qu'il aime bien, mais pas sans raison. Il s'en servira pour sceller un pacte, un accord, une promesse. Voilà encore quelques codes de Reijo.

En dépit de sa capacité affutée d'observation, l'enfant considère son sens principal comme étant l'odorat dont il est secrètement fier ; il peut faire soudainement confiance à quelqu'un rien qu'à son empreinte olfactive, sans rationalité aucune. Il se drogue aux odeurs de fleurs, de sous-bois humides, d'arbres et de plantes en général, mais aussi de certains autres orphelins. Il les met mal à l'aise avec son regard asymétrique et sa phrase "tu sens bon" qui sonne comme étrangement perturbante. Parmi ses odeurs favorites, celles des agrumes, des oranges, pamplemousses et autres mandarines ramenées par son père à la période de Noël où il aimait alors se lover au coin du feu en y jetant les pelures dans les braises pour répandre leur senteur dans le petit salon. Cette odeur flotte dans sa mémoire, fragrance des temps joyeux qu'il ne humera plus dans cette époque où les agrumes sont encore des présents rares destinés uniquement aux enfants sages et aimés.
Peut-être est-ce pour cela que sa couleur préférée est l'orange ? Quoi qu'il en soit, il se plaît à ramasser les feuilles les plus vives en automne, sa saison favorite pour cette raison, avec sa main gauche dénudée pour souligner leur importance. Cette réminiscence de candeur enfantine reste pourtant ombragée par la méfiance qui lui permet de survivre dans cet orphelinat hostile doublée d'une pudeur probablement superflue mais qui lui reste centrale. C'est pourquoi vous ne verrez pas Reijo ramasser de feuilles au sol, ou même s'y intéresser en particulier. Il ne fait pas ça devant les autres enfants, et s'il en repère lorsqu'il n'est pas seul, il reviendra les chercher plus tard et avec la discrétion d'un animal traqué. "Je cache ce que je souhaite" est l'un de ses adages.
Bien qu'il n'en ait que très peu l'occasion depuis son entrée dans l'orphelinat, il aime pour se détendre marcher les yeux fermés en humant les senteurs du monde lorsqu'il est seul, et utiliser ses autres sens que sa vue plus généralement, pour frôler l'écorce rugueuse d'un vieux centenaire de plus près ou encore s'abandonner à l'écoute des murmures du vent dans les roseaux. Il rêve de courir les paupières closes dans un champ avec une personne de confiance qui lui tienne la main pour le guider, mais il ne veut pas avouer cette envie à qui que ce soit. Et il sait qu'il doit rester alerte, un seul faux-pas le plongeant directement à la merci des prédateurs variés que sont les rangs et classes supérieurs ainsi que les monstres nouvellement apparus.

Une dernière chose reste à savoir sur l'enfant. Dans sa tête, il estime constamment la probabilité qu'une action se produise, tout en sachant pertinemment l'aspect absurde de ce comportement sachant que soit l'évènement se produit, soit il ne se produit pas, il ne peut s'empêcher de chiffrer, d'évaluer et de calculer avec le plus de précision possible la vraisemblance des évènements. Les courbes et autres pourcentages abstraits se croisent sans relâche dans son crâne. Ne parvenant pas à se défaire de cette habitude, il s'y est donc accoutumé. Reijo ne croit pas au hasard, et les statistiques l'aident à appréhender le monde absurde qui l'entoure en dernier bastion contre sa chute pourtant inexorable dans la folie.


Je serais un mort-vivant
"If this is how we think we make amends
We're in for a race that never ends"

Un simple petit questionnaire pour mieux connaître votre personnage et son sentiment sur la vie à l'orphelinat.

  • Que pensez-vous de la Royauté ? La royauté ne m'inspire pas confiance. Ils nous regardent de haut, méprisant ce que nous sommes, reniant nos individualités en nous fondant dans une masse informe et grouillante. Ils n'ont pas tort, nous sommes ainsi. Mais un détail leur a néanmoins échappé dans leur lit douillet. Ils sont le cœur de cette abomination et l'apogée de l'infamie. Ils se croient différents mais en réalité, ils sont inférieurs à un septième rang. Ils se prennent pour des adultes, et c'est ce qu'ils sont devenus, du moins en partie. Ce sont des personnes ternes et sans rêves dont la seule aspiration est le pouvoir. Sauf qu'ils n'ont pas la sagesse, ni la douceur des vrais adultes. Néanmoins, je reconnais que la ruse dont ils ont usé pour s'octroyer le pouvoir reste impressionnante à l'instar de l'organisation qu'ils ont mis en place, et je sais qu'ils ne doivent pas être sous-estimés, ils sont indéniablement très intelligents et savent tirer le meilleur parti des situations critiques.

  • Que pensez-vous de l'Aristocratie ? Les chiens les plus fidèles de la Royauté. Des pions qui ont l'erreur de se croire réellement privilégiés pour certains, et des opportunistes pour d'autres selon les cas. Ils ne sont que des jouets mis au rebut au bon gré de la Royauté et font toutes les corvées dites "nobles" qui leur sont données en remuant la queue, sans se rendre compte qu'ils ne sont que des pantins désarticulés. Ils nous méprisent et mon sentiment est réciproque. Je leur offrirais mes regards les plus froids et déstabilisants de la force de mes yeux. On ne peut pas punir un regard. Et en plus, ils ne sentent pas bon.

  • Quel est votre sentiment sur Le Sycophante et les Remords ? Eux sont les vrais mystères, ceux dont on doit se méfier. Apparus sans raison aucune de nulle part, ce sont ceux qui imposent réellement la terreur ici, et qui donnent au Prince sa seule légitimité par la même occasion, en l'appuyant. Pour être plus précis, je ne suis pas réellement terrifié par les Remords, ils sont bien entendus dangereux et à craindre, mais si on est assez dégourdi pour ne pas se trouver sur leur chemin, on s'en sort plutôt bien. En revanche, pour ce qui est du Sycophante et de ses multiples formes, ou quelque soit le nom avec lesquels on les appelle... Ils me font peur, mon instinct me hurle de courir à chaque fois que je les vois et mon sang se glace en me donnant des frissons rien qu'en y pensant ; je connais assez bien mon instinct pour savoir que je dois être inquiet lorsqu'il me signale un danger. Et le danger est imminent. Chacun d'entre eux a une odeur qui lui est propre, mais un effluve leur est commun. Ils sentent la Mort.

  • Quel est l'investissement de votre personnage dans la course aux privilèges ? L'intérêt de Reijo est faible, pour ne pas dire inexistant à l'égard de cette course qu'il perçoit comme une mascarade, rationnalisant en pourcentages ses probabilités de monter significativement en grade, il en a bien vite abandonné l'idée pour employer son énergie à d'autres tâches. Comme tout autre, il aimerait bien passer dans les rangs supérieurs pour jouir d'une meilleure qualité de vie, mais il sait que l'ombre est sa plus grande alliée et rester au rang cinq s'il peut demeurer invisible ne le rebute pas outre mesure. C'est pourquoi Reijo ne fera jamais de zèle dans la délation et l'humiliation de son prochain, tant que celui-là ne l'entrave pas. Seule la rancune le pousserait à de telles bassesses. Il sera néanmoins appliqué à sa tâche quotidienne qu'il effectuera consciencieusement dans l'espoir secret que sa diligence soit un jour récompensée d'une promotion comprenant un rang ou deux. Après tout, il n'est qu'un enfant et le propre des enfants n'est-il pas de rêver ?


Comme ceux qui sont en Mer...
"Guided by giant little invisible hands of Fate
He prayed some far dreamer would take him away"

Jolie petite histoire. Raconte nous son passé, son vécu, son enfance. Tous les moments importants de sa vie nous intéressent.

Le soleil las de l'hiver approchant était déjà sur son déclin et quelques nuages venaient obscurcir sa course postprandiale dans le ciel finlandais. Mais rien n'était plus lumineux que les cheveux blonds, et pour le moment trempés de sueur, de Vihelimiina qui ne relâchait pas ses efforts en dépit de la douleur et de l'épuisement intenses. Allongée sur le lit recouvert d'un tissu de bure, la jeune femme s'apprêtait à enfanter pour la première fois, et la peur dégoulinait de ses yeux d'un bleu pur, suintant de sa nuque jusqu'au lit. Des râles de souffrance s'exhalaient de sa poitrine, traduisant la douleur qui affluait en elle sans jamais repartir, toujours plus marquée. La main de Braden contre sa joue, son regard marron inquiet et enfin, la délivrance, la fin du supplice.
Ce fut en ce froid mardi, le 12 Septembre de l'an 1931, que Reijo vit le jour à Helsinki. D'un père marchand qui battait les mers nordiques en quête de bonnes affaires et d'aventures loin de son Angleterre natale et d'une mère finlandaise qui avait trouvé en cet homme altier un mari.
Ce fut elle qui choisit le prénom de leur premier enfant, d'origine finlandaise pour marquer sa naissance dans le pays du Soleil de Minuit. Braden souhaitant ramener sa famille dans sa contrée natale, Reijo quitta la Finlande à bord du navire de son père lorsqu'il avait trois ans ; il était alors accompagné de sa mère, enceinte d'un autre enfant, qui deviendrait son petit frère, Keith. Leur retour en Finlande n'était pas prévu, mais Vilhelimiina ne pouvant se résoudre à quitter sa patrie à jamais, ils auraient dû y revenir un jour. Pourtant, le Destin leur réservait quelques malices, et à l'insu de tous lorsque les côtes finlandaises s'effacèrent de l'horizon, ce fut le glas de la petite enfance pour Reijo, qui partait pour ne plus jamais revoir ces terres de glace et de neige qui l'avaient vu venir au monde.
La personne la plus importante dans la vie de Reijo était alors, comme pour beaucoup d'enfants de cet âge, sa mère. Créature sculpturale et svelte dont la chevelure cascadait en rayonnements lumineux de part et d'autre de son visage, Vihelimiina était simplement la grâce incarnée, chacun de ses mouvements étaient d'une fluidité merveilleuse qui donnait une impression aérienne à tout son être, comme si une aura flavescente en émanait. Même son surnom, Helmi qui signifie Perle dans sa langue natale, la caractérisait parfaitement. Car elle était belle comme l'un ces bijoux marins en effet, polie et luisante, dame à la peau nacrée et aux yeux pleins d'immensité céleste où l'amour maternel brasillait quand son regard se posait sur son fils. Pour lui, elle se faisait douceur, affection et refuge. Des mains fines et des bras rassurants. Reijo voulait lui ressembler de toute sa jeune âme, soupirant de dépit à ses yeux pers quand il aurait aimé les avoir tous deux azurés à l'instar de sa créatrice et bien qu'il ait su s'en faire un atout par la suite, cette aspiration ne le quitterait jamais tout à fait. Car sa mère, Reijo l'aimait comme on aime les rivières, les constellations, les forêts et les flocons, d'un amour pur et indéniable qui ne pourrait pas disparaitre dans un souffle de vent. Cette relation était d'autant plus intime et fusionnelle que son père partait des mois durant en mer du fait de sa profession. C'est pourquoi il fut grandement perturbé par la naissance de son frère, qui rompit pour le bambin l'équilibre qu'il avait cru éternel entre sa mère et lui. Keith était parfait, il le sut lorsqu'il vit les prunelles turquoises du nouveau-né. Aussitôt, la peur de se retrouver déchu de sa place, délaissé au profit du nouvel arrivant le submergea.
"Maman. Si tu l'as fait lui, c'est parce que tu ne veux plus de moi ?"
- Non mon ange, c'est parce que vous êtes tous les deux des trésors plus précieux que tous ceux que papa ramène de par delà les mers et que j'ai assez d'amour dans mon cœur pour prendre soin de vous.
- Mais maman, si tu l'aimes maintenant alors qu'il n'y avait que moi avant, ça veut dire que tu m'aimes moins ?
- Non sweetheart, mon cœur est comme une source pour vous, tu pourrais y boire infiniment mais l'eau sera toujours abondante et claire."
Mais Vihelimiina resta toujours attentive et sensible à la moindre de ses inquiétudes, responsabilisant l'enfant en douceur pour lui faire prendre conscience de l'importance qu'il avait à ses yeux.
"Tu sais, mon Reijo, papa est loin, tu es l'homme de la maison maintenant, il faut m'aider à prendre soin de Keith parce qu'il est trop petit pour comprendre, mais toi je sais que tu es assez fort pour m'aider. Viens que je te reboutonne ta veste et que je te mette tes gants, on va aller acheter de quoi faire des pullat, d'accord mon cœur ?
- Oui maman, je vais t'aider pour Keith. Tu peux me faire mes lacets ?
- Essaye d'abord, je t'ai montré comment faire hier, et si tu n'y arrives pas, je te les ferai."
Une autre fois, il lui avait également demandé "C'est parce que j'ai des yeux bizarres que tu as voulu avoir un autre enfant ? J'étais un peu raté ?"
Elle l'avait alors regardé droit dans les yeux avec calme et tendresse, s'agenouillant devant lui pour lui prendre les mains et lui dit avec toute la douceur du monde "Mon ange, tu es mon premier enfant et mon amour pour toi sera aussi éternel que le soleil. Des fois tu ne le verras peut-être plus parce qu'il fera nuit, mais regarde la lune et souviens-toi que sa lumière est le reflet de celle de l'astre du jour. Parfois, tu oublieras de regarder mon amour pour toi, mais sache que dans mon cœur, je t'aime. Et tes yeux sont très biens, mon Reijo. Tu as un œil de terre et un œil de ciel, ça veut dire que tu te suffis à toi-même et qu'à l'intérieur tu as un équilibre."
Un équilibre. Il n'oublierait jamais cette image qui le réconforterait pour toujours. Il n'avait besoin de personne. Il avait un équilibre en lui. Reijo était le Monde. En Equilibre.
Certaines paroles sont si simples à dire et peuvent pourtant faire tellement de bien à une vie. Depuis ce jour-là, Reijo n'a plus ressenti d'animosité pour son frère car il n'était plus inquiet d'être éclipsé par Keith. Il le protégerait pour être un garçon courageux et sa maman serait fière et lui, ils seraient amis quand son frère apprendrait à parler et ils pourraient jouer dans la neige de la cour ensemble. Et maman les aimerait toujours, et quand papa reviendrait, ils mangeraient des piparkakkujas tous ensemble au coin du feu.
***
Les années passèrent comme un ruban de satin soyeux pour les deux garçons, au rythme des rires dans la petite cour de la maison Londonienne, des cours en uniforme d'écoliers, des devoirs au coin du feu, des plaisanteries sur l'accent finlandais doux d'Helmi qui se faisait un point d'honneur à parler l'anglais aussi bien que ses enfants. Le chien errant de la rue qui jouait avec eux. Les odeurs de pain de la boulangerie attenante, les doigts engourdis par le vent froid, l'eau glacée du puits, les feuilles dorées de l'automne, les jours de pluie monotones qu'Helmi leur rendait beau. Et enfin, l'hiver. Ils aimaient tous l'Hiver, car c'était en cette froide saison que la neige venait border de sa main blanche les habitations anglaises blotties les unes contre les autres comme des lapins dans leur terrier. La saison où les batailles de boules de neige arrachaient rires et cris de colère aux enfants, et le plaisir de revenir à la maison pour faire sécher les uniformes trempés au coin du feu en se mettant à moitié nu, et de s'accroupir si près de la cheminée que la peau frissonnante en devenait vite cuisante. L'hiver, c'est la saison du bois qui brûle, des flammes des dansent, des braises qui flamboient, du feu qui crépite et des yeux douloureux de s'y être perdus si longtemps. L'hiver, c'est Noël et Noël, c'est papa qui rentre pour des semaines entières, et qui ramène de l'autre bout du monde des choses jolies qui ne ressemblent à rien à ce qui se trouve ici. Il lui avait une fois offert une boussole pour qu'il devienne un grand voyageur comme lui un jour, et avait fait présent d'une boîte à musique mécanique à Keith pour le bercer. Papa, c'est celui qui ramène des agrumes, des oranges et mandarines de si loin qu'on ne sait pas si les pays d'où viennent ces fruits existent vraiment. Et manger lentement ces saveurs acidulées en en savourant chaque quartier, le regard dans les flammes, jetant la peau sur les braises pour l'entendre sécher et répandre l'odeur dans toute la petite pièce... Cette senteur envoûtait Reijo, l'entraînant dans un état second. Il gardait parfois les peaux aussi, fourrées dans ses poches pour en avoir toujours le parfum sur ses mains. Il sentirait toujours un peu la mandarine, Reijo.
Des souvenirs épars et désordonnés, bribes éparpillées comme un puzzle de mille pièces sur un tapis qui ne signifiaient rien seules, mais qui ensemble constituaient un tout, et ce tout, c'était son enfance. Ces souvenirs. Tous perdus dans le ressac.
Dans l'hiver qui courait de 1938 à 1939, Braden ne revint pas à la maison. Les lettres qu'il envoyait avec régularité s'étaient taries au fil de l'automne, mais son retour prévu à la mi-décembre qui ne s'effectua jamais fut comme une gifle violente assenée aux trois membres de la famille. On savait ce qu'était la signification la plus commune d'un marin qui ne revenait pas en ce temps. Mais Helmi ne pleura pas. Pas devant ses fils. Elle leur expliqua simplement d'une voix blanche que papa ne reviendrait surement jamais et que la Mer l'avait appelée à lui pour rejoindre l'éternité.
Les temps devinrent plus durs, car sans les richesses ramenées par delà les landes aqueuses par Braden, Vihelimiina dut travailler davantage à la petite boulangerie d'à côté de la maison, se levant à quatre heures moins le quart du matin pour préparer les fourneaux et pétrir les premières miches de pain, venant en aide au vieux boulanger boiteux. Les deux garçons n'eurent d'autre choix que de rester en étude jusqu'à dix-huit heures pour la retrouver à la maison à leur retour. Le foyer qu'ils partageaient était plus silencieux, et froid, car l'absence définitive de Braden se sentait. Avant, il était loin, mais il était là, toujours sur son bateau à voyager avec une promesse de retour. Disparue dans un naufrage, happée par les vagues. Une promesse qui s'efface inexorablement comme des mots tracés dans le sable à la marée montante. L'enfance glissait lentement de leurs doigts déjà moins potelés et de leurs joues moins rebondies.
Les années moins heureuses et plus mornes vinrent. Les premières heures sombres qui en précéderaient bien d'autres. Seule Vihelimiina éclairait encore leurs visages blafards de timides sourires, elle était l'aube et la lumière qui rendait la vie possible, plus que supportable et par moments même, agréable. L'odeur du pain tiède et de la farine tamisée accompagnait ses mains douces et son sourire calme. Une perle de bonté.
Et puis la guerre vint. L'Europe avait pourtant juré solennellement de ne plus retomber dans le piège de la violence, mais les hommes oublient leurs pactes si vite... La France fut bientôt défaite par l'Allemagne Nazie qui déploya son ombre noire sur les terres vaincues, si bien qu'en 1940, le Royaume-Uni répondit à la menace constamment grandissante par une mobilisation massive de tous les hommes en âge de se battre. Mais pendant que les soldats vont en guerre, ceux laissés derrière ne connurent pas la vie facile. Le sentiment de peur et de méfiance s'accrut, les rationnements laissaient le ventre à moitié vide et l'insécurité régnait.
Même la plus brillante des étoiles ne peut lutter contre un chaos universel ; pire, sa lumière attire les égarés.
Un soir de mars où Vihelimiina marchait dans la rue avec ses deux fils, Keith à sa gauche et Reijo à droite, elle se fit apostropher par deux hommes dans la rue. Ce n'était pas une ruelle sombre et étroite pourtant, quelques réverbères crachotaient même leur lumière maladive sur les trottoirs enneigés.
"Hey, toi avec les mioches ! T'as sûrement de quoi bouffer, tu sens le pain ! Donne et on ne te fera pas d'ennuis ! la héla le premier, affublé d'un sourire malsain.
- Ou peut-être qu'on t'en fera, tu dois bien avoir autre chose à donner de toute façon..." renchérit l'autre d'un air graveleux.
Sans répondre, ni les regarder pour n'écouter que son instinct qui l'incitait à courir, la gracieuse femme pressa le pas en serrant la paume de ses fils. En cette triste époque où les hommes avaient été recrutés pour aller sur les fronts de guerre, ceux-là ne pouvaient être que de déserteurs, fuyant  une lutte à armes égales pour ne s'attaquer qu'à des proies plus faibles qu'eux, leurs rires gras et chargés témoignant de leur possible ébriété. Et ce soir, la proie était Vihelimiina. Elle entendait leurs pas derrière les siens, et son esprit s'affolait pour trouver un endroit sûr où se terrer tout en ayant bien conscience qu'elle ne pourrait les distancer avec deux enfants ; si elle avait su... Mais au prochain embranchement n'y avait-il pas quelque sorte de bistrot miteux  qui n'était jamais fermé ? Le lieu n'était guère recommandable, mais cela lui permettrait au moins de dissuader ses poursuivants pour qu'ils aillent errer ailleurs.
Lueur d'espoir qui s'éteignit comme une chandelle laissée dans un courant d'air lorsqu'un troisième larron, apparemment de mèche avec les deux précédents, lui barra le passage.
"Bon, maintenant on va arrêter de jouer et tu vas nous donner de la bouffe maintenant !" siffla-t-il sur un ton menaçant.
Elle savait que nier était inutile, la vérité n'intéressait pas ces gens-là. Gardant son calme en dépit de la peur qui lui rongeait les entrailles, Helmi laissa sa voix sonner comme le clairon, d'un ton sans appel.
"Non.
- Espèce de garce, tu vas voir qu'on va te calmer !" vociféra celui dont l'aspect était le plus menaçant, en esquissant un mouvement de sa démarche chaloupée mais non moins agile.
Et puis tout alla très vite, comme si le temps s'était soudainement emballé sans raison aucune et fonçait à l'aveuglette vers le dénouement fatidique. Un de ceux qui étaient derrière Vihelimiina lui arracha Reijo, le jetant à terre si rudement qu'il fallait perdre connaissance, les limbes de l'inconscience le menaçaient, il ne voyait plus très bien, il entendit vaguement sa mère crier son nom au loin, la neige si froide contre sa joue et dont l'humidité s'imprimait déjà dans ses vêtements. Ils avaient Keith, croyait-il voir, et une lame près du visage de son frère, la seule chose encore nette et scintillante dans ce monde flou et sa mère qui courait vers l'homme pour libérer son enfant, le temps qui se mettait à suinter si lentement tout à coup, arrêtant brusquement sa course à l'instar d'Helmi quand le poignard la transperça en plein plexus solaire. Regard bordé de larmes, se troublant bien vite, elle essayait encore désespérément d'atteindre son fils, un cri désynchronisé déchira l'obscurité et... Néant.

Ce fut Keith qui le réveilla, en bougeant. Il s'était blotti contre son aîné et tremblait spasmodiquement. Reijo se releva péniblement, les tempes si douloureuses qu'il lui semblait qu'un prédateur les eut broyées entre ses mâchoires. Confus et pantelant, l'enfant chancela maladroitement sur ses jambes frêles aux genoux écorchés par sa précédente chute. Il voyait encore un peu flou et il avait froid. Le vent glacial de la nuit qui l'avait couvert de givre durant son inconscience aiguisa quelque peu ses sens, aussi gourds que ses doigts. Il lui semblait entendre des grattements et des couinements. Encore vacillant, Reijo tendit alors une main qui se voulait encourageante à Keith et regarda son cadet.
Ce dernier avait les yeux auréolés de rouge. Bien trop rouges. Et au fond de ses prunelles froides, une terreur indicible luisait. Ces yeux n'étaient pas et ne seraient plus jamais ceux d'un enfant. L'aîné ne comprit pas tout de suite. Puis il remarqua que Keith ne lui portait aucune espèce d'attention et, toujours prostré dans la neige boueuse, il fixait un point derrière lui. Reijo fit lentement volte-face, et ce qu'il vit, aucun enfant n'aurait pu le supporter.
La neige nacrée avait pour parure le carmin, par légères touches incarnates tavelant presqu'avec timidité les flocons les plus éloignés ; puis venait l'auréole rougeoyante, corolle épaisse et unie qui se finissait en teintes cramoisies en son calice. Et au centre de la macabre rosace, gisait Vihelimiina. Ou du moins ce qui restait de la créature angélique qui leur avait donnée la vie. Sa carcasse n'était plus que chair exposée et sanguinolente. Les couinements qu'il avait cru entendre auparavant provenaient des rats immondes qui, par la période de disette générale, avaient flairé le sang et la mort si vite qu'ils étaient arrivés lorsqu'elle était encore tiède. Peut-être encore vivante. Reijo ne put pleurer, ni même détourner les yeux. Pétrifié d'horreur, l'enfant qui avait une mère encore quelques heures auparavant, figé dans le cauchemar entraîné par une Faux qui avait oublié les deux frères sur son chemin, car même elle les avait délaissés. Perdu alors que son monde entier s'effondrait devant son regard asymétrique, impuissant. "On dirait du myky" sentit-il vaguement sa conscience lointaine lui souffler, ces boulettes de pain et de sang dont ils avaient autrefois festoyé. Et en cette nuit, c'était sa mère qui était la triste pitance. Il aurait peut-être pu ne jamais se réveiller sans Keith, prisonnier de l'hypothermie et alors les rongeurs n'auraient certainement pas hésité à faire d'eux des proies semblables.
Une éternité sembla se passer en silence. Puis enfin, Reijo eut la force de détourner le regard et de redresser Keith, apathique. Il voulait emmener son petit frère loin de là, du charnier de leur vie lacérée. Une couleur attira alors son attention au sol. A quelques mètres d'eux avait chu l'écharpe de laine rouge qu'Helmi portait en cette funeste soirée, et dont elle avait fini le tricot dans la semaine. Tout autour, la neige était immaculée, pas la moindre trace de pas ou de patte ne la souillait, et surtout, pas la moindre goutte de sang. Seule l'écharpe était rouge. Reijo s'en approcha en silence, faisant preuve d'une circonspection animale, humant tête basse les relents susceptibles de s'en exsuder. Puis il la ramassa avec un air qui devait être indéchiffrable, tout simplement parce qu'il ne pensait pas, ou plus précisément, parce qu'il ne savait pas ce à quoi il pensait, le monde lui semblait à la fois si proche et douloureux et si lointain, la réalité ne pouvait pas changer avec tant de brutalité, le cosmos n'avait pas le droit, pas le droit... Des bribes éparses de phrases incohérentes dont même la structure grammaticale faisait défaut s'élançaient sans relâche à l'assaut de son esprit. Ce fut mû par un automatisme similaire à de l'instinct aveugle qu'il ramassa mécaniquement Keith au sol et le soutint de son épaule droite, tenant l'écharpe dans sa poigne gauche. Les deux frères s'enfoncèrent dans la nuit, et quand l'aube vint enfin, ils ne la virent pas.
Dès lors, Keith ne parla plus. Et Reijo ne put plus jamais manger de viande ou tout autre type de chair.
Trois jours durant, les deux frères restèrent terrés dans leur maison, bougeant à peine, ne s'alimentant pas, partageant leur peine en silence. Les dernières images revenaient inéluctablement hanter Reijo. Les lambeaux de chair et le sang, tellement de sang... Lorsqu'il s'assoupissait, son sommeil était agité et de courte durée, hurlements cauchemardesques et rats grouillants lui arrachaient sa résilience. Et sa faiblesse, sa faiblesse de rien n'avoir pu faire. La culpabilité est la plus insidieuse des armes car elle blesse sans jamais faillir son malheureux porteur qui ne peut pourtant s'en défaire. Oh que Reijo s'en voulait, sans même en être bien conscient, mais il brûlait de l'intérieur, se consumant à chaque instant en cherchant vainement à se raccrocher au temps qui lui filait entre les doigts, dans un espoir aveugle de pouvoir le tisser à rebours pour remonter son cours. Mais personne ne peut changer le sens d'une rivière. Et inexorablement, ils allèrent se jeter dans la mer comme autant de gouttes de chagrin, bercés par les flots spumescents.
Le corps de Vihelimiina avait été retrouvé dans la journée, et son identification n'ayant tardé, ce fut au crépuscule du troisième jour qu'un agent de l'ordre grisonnant vint frapper à leur porte. La maison fut réquisitionnée pour des besoins de guerre leur dit-on, et comme les deux frères ne soufflèrent mot, on décida que ces jeunes enfants devenus inopportuns devaient partir pour "un endroit qui leur serait adapté" à l'instant. Le policier les fourra dans un fiacre oscillant sur ses roues voilées qu'un hongre cacochyme traînait avec peine, et ils prient la route pour un des rares orphelinats à ne pas être encore bondés. Un orphelinat qui répondait au doux nom de Cloverfield. Nous étions le dix-sept mars 1941, et l'Hiver agonisait au rythme de la lente fonte des neiges qui dégouttait ses larmes d'eau sur le monde qui semblait pleurer, de concert avec Keith et Reijo. Et tout comme eux, il pleurait en silence.
Le cocher les déposa à l'arrêt de bus abîmé par les intempéries et érodé par le temps. Un sentier devant eux, et des bagages bien maigres qui se résumaient à une petite valise pour chacun. Ils n'avaient guère le choix désormais, mais ne l'avaient-ils jamais eu en tout premier lieu ?
Alors ils suivirent le chemin, et arrivèrent à l'orphelinat de Cloverfield.
***
Il sembla qu'ils se firent à la vie de ce lieu d'accueil. Personne ne le savait en fait, alors on présuma qu'ils s'étaient adaptés. Mais en réalité, Reijo, bien que laconique et sachant feindre l'enjouement en face d'adultes développa bien vite une impression de culpabilité quant à la fin de Vihelimiina qui le suivait comme une ombre, se déposant là où se portait son regard. Il ne pleura pas ailleurs que dans le noir de sa chambre, en silence comme savent le faire les enfants qui veulent garder leur malheur secret. Ses tics et ses manies suivirent et sans se faire remarquer du fait de son introversion, puis les troubles du comportement et de la nourriture s'installèrent pour ne plus le quitter. Partout, il voyait la trahison et la mort. Chaque bout de lard était chair humaine et chaque mets était poison. Il ne mangeait que très peu, et lorsque les adultes l'y contraignaient, il filait bien vite aux toilettes et s'enfonçant deux doigts de sa main droite au fond de la gorge, s'empressait de régurgiter l'ensemble, et tant pis pour les douleurs atroces provenant de son système digestif n'approuvant pas qu'on lui fît une telle violence. Le seul qui apaisait sa peine était son petit frère qu'il chérissait pour être encore à ses côtés. Il se levait plus tôt que Keith pour l'aider à s'habiller, lui débarbouiller la frimousse et lui remonter sa boite à musique mécanique, seul souvenir de la vie d'avant que Reijo avait fourré dans la valise de son cadet muet, lui-même n'ayant gardé que l'écharpe rouge autour de son cou et la petite boussole offerte une éternité de joie auparavant par Braden. Keith attirait davantage l'attention des adultes, ne serait-ce que par son éternel mutisme. Tout en conservant une alimentation normale au contraire de son aîné, il avait cessé de communiquer et passait le plus clair de son temps à suivre Reijo comme son ombre en lui lançant des regards déchirants, seuls fenêtres de lumière dans l'enfant noir. Mais l'aîné sans relâche s'échinait à faire ramener un semblant de vigueur dans ce mort-vivant si désuet, lui parlant des heures durant dans l'espoir d'une réponse qui ne venait pas, cueillant pour lui les premiers brins de fleurs printanières, l'enlaçant plus que nécessaire. Reijo qui avait un cœur pour deux. Reijo qui lui aurait donné son cœur pour lui rendre la voix. Parfois même, il lui chantait des chansons finlandaises alors qu'ils étaient seuls de sa tessiture mal assurée d'enfant du Nord dans la vaine espérance que son frère le rejoigne dans la mélodie, et il lui racontait son espoir insensé mais qu'il efforçait de rendre réel pour eux deux, en lui contant avec une maladresse enfantine le retour triomphal de leur père, qui n'était pas mort mais devenu un roi dans un de ces pays lointains où poussent les mandarines et qui prendrait la mer pour les chercher, il viendrait les retrouver un jour, les sortir de là et ils vivraient sur un bateau, ils construiraient un temple pour maman comme pour les dieux des temps anciens et la vie serait à nouveau belle parce qu'ils iraient déposer des cadeaux tous les jours pour elle..
Keith devint bien vite le protégé des sœurs Hingley qui en prient le plus grand soin de lui à leur façon lorsque l'épidémie d'origine indéfinie frappa l'orphelinat de plein fouet. Reijo restait alors à son chevet dans un fol espoir que son frère d'antan lui revienne, toujours en actionnant la petite boîte à musique qui jouait le même refrain. Il y était parfois chassé par Lillian Hingley sous divers prétextes, ou lorsque venait l'heure des cours, mais toujours il revenait. Loyal jusqu'à la fin. Pourtant, sa dévotion ne changea rien et l'état physique de Keith empira au fil des jours alors que l'enfant devenait rachitique. Il toussait, vomissait, crachait du sang, se couvrait d'ecchymoses au moindre contact et maigrissait à une vitesse alarmante. Un jour de fin avril, Reijo fut appelé à l'infirmerie. Son frère avait parlé à Lillian. Simplement quelques mots, mais il était enfin sorti de son état de choc dont les évènements datant de plusieurs mois l'y avaient plongé. "Je veux maman. Je veux Reijo."
L'enfant aux yeux dépareillés vint et prit la main frêle de son cadet dans la sienne. Le benjamin prit alors la parole pour la première fois depuis longtemps. Sa voix était blanche et mal assurée, comme si le fait même de parler lui coûtait un effort. Ses yeux bleus étaient couverts du voile de la fièvre et d'autre chose qui venait pour ne plus repartir.
"Je vais rejoindre maman et papa je crois. Je ne sais pas pourquoi je pars, mais toi tu as toujours été là pour quand moi j'étais pas bien..."
Son regard déjà lointain s'embruma de larmes de détresse.
"Mon meilleur frère, je suis désolé de ne pas avoir parlé, mais je ne pouvais pas..."
Les larmes coulaient comme sur un miroir. Avec une douceur infinie et les yeux aussi salins que ceux de son petit frère, Reijo l'embrassa de son étreinte dérisoire, des milliers de mots au bord des lèvres, mais pas un seul qui voulait en franchir la barrière pour se glisser dans l'oreille de Keith. Même Lillian qui surveillait de loin ne s'approcha pas et eut la délicatesse de détourner les yeux. Ce moment était leur à eux deux, et ce serait celui qui marquerait leurs âmes jusque dans l'au-delà, car c'était le dernier. La respiration de Keith se fit plus lente jusqu'à ce que son souffle s'efface progressivement et que sa chair devienne froide. Et à l'orée de la Mort, son âme déjà désincarnée souffla une dernière note derrière elle que son aîné seul entendit. "Reijo..." Et ce fut tout. Keith n'était plus.
Reijo devint plus méfiant, froid et renfermé encore, mais personne ne lui en tenait désormais rigueur. Il n'avait confiance en personne, ratait les cours pour s'installer près de la rivière et y passait des heures à regarder l'eau. L'eau qui unissait le ciel et la terre, et qui permettait l'équilibre. Keith avait été son eau et avait instauré une balance en lui. Il était le pur, le timide, le doux. L'aîné se mirait alors dans le courant et en fermant son œil noisette pouvait imaginer que son reflet était alors ce à quoi son frère aurait ressemblé dans si peu d'années. Créature céleste chryséléphantine à l'instar de leur mère. Oh, que n'aurait-il pas donné pour les revoir en ce monde qui lui paraissait désormais gris et désolé. Il devint à moitié sauvage, n'adressant la parole aux autres qu'en cas de nécessité et évitant leur présence, s'esbignant à chaque pas entendu, hanté par un passé plus heureux et des regrets qui ne s'évanouissaient pas quand fuyait le jour. L'enfant s'inventait un monde, et espérait encore le retour de son père, qui n'était bien entendu qu'une question de temps...
Temps qui passa sans aucun signe de Braden. Les autres mourraient, mais peu lui importait. L'attitude des sœurs Hingley devenait chaque jour de plus en plus curieuse et malsaine, mais peu lui importait. Rien ne comptait à présent. Reijo n'était plus de ce monde, et bien que son corps reste chaud, l'esprit s'envolait vers d'autres lieux, dans d'autres cieux au côté de ceux qu'il aspirait à retrouver, les jours défilant sans emprise sur lui, ne voyait pas les jours s'allonger et l'été approcher. L'écoulement du temps coulait comme une ondée qui ne s'arrêtait pas.
Jusqu'à ce vingt-sept juin 1941.
Le réveil fut étrange, car ponctué de cris de joie d'enfants allègres. Les adultes disparus de façon impromptue, Cloverfield s'émancipa pour bien vite s'organiser à l'avantage des orphelins les plus rusés et habiles, qui eurent néanmoins la présence d'esprit de répartir intelligemment les corvées. Puis virent les classes et les rangs. Dans l'espace de deux semaines, le paradis promis était devenu une monarchie aux aspects despotiques, et les adultes abhorrés un souvenir dont on ne savait que penser quant à la situation actuelle, car si les sœurs Hingley avaient été bien entendu diabolisées lorsque que leur rôle macabre entra en lumière dans l'épidémie mystérieuse et les morts des enfants, qu'en était-il de la vieille Martha et du brave quoiqu'un peu simplet Gregory ?
Reijo, que les évènements avaient fait sortir de sa torpeur, restait sur ses gardes, mangeant rarement et dormant peu car son instinct fou lui soufflait de ne faire confiance à personne. Ce fut l'œil vif et les sens alertes qu'il assista avec une curiosité masquée d'indifférence au couronnement des nouveaux monarques. Peut-être aurait-il pu les rejoindre en haut de l'échelle grâce à ses capacités d’observation et d'analyse qui auraient fait de lui un excellent rang plus élevé, mais plusieurs obstacles s'opposèrent à sa montée en grade, à commencer par son manque d'ambition et sa préférence à rester tapi dans l'ombre. Il n'avait jamais dû adresser plus de deux ou trois fois la parole à Lucifel dans l'ancien temps, et le prince n'avait probablement aucun souvenir, ou si vague, de cet enfant atypique. Mais par-dessus le reste, Reijo était incontrôlable, paranoïaque, irrationnel lorsque sans raison il se mettait à placer sa confiance en quelqu'un d'une façon qui pouvait sembler totalement aléatoire, parmi d'autres aspects de sa personnalité qui restaient encore infantiles. Sa fidélité manquait cruellement de diligence envers les puissants. Instable, c'était ce que Reijo était devenu. Instable et par conséquent dangereux. La place qui lui échut fut donc tout naturellement en bas de l'échelle, en extérieur comme il y passait déjà le plus clair de son temps, et en solitaire. Il devint cueilleur, travail qui lui seyait parfaitement. L'aristocratie savait attribuer intelligemment les rôles après tout, car il fallait que le peuple soit content, distrait, repu et terrifié pour en avoir un contrôle optimal. Mais il manquait encore la peur.
La Terreur vint seulement deux semaines après l'instauration de l'aristocratie. Des créatures cauchemardesques dignes des contes noirs se coulèrent parmi les enfants, Regrets et délations qui s'incarnaient maintenant. Ceux qui tentèrent de fuir l'orphelinat se rendirent promptement compte de l'impossibilité de la tâche, et braver les nouveaux arrivants relevait de la folie pure. Le Sycophante, ses alter egos et acolytes renforçant les lois implantées de leur seule présence, et les punitions pouvaient désormais observer une issue plus que brutale.
Les lieux avaient changé, le temps avait muté et les alentours s'étaient pervertis. Cloverfield n'était plus qu'un royaume esclavagiste, antichambre de l'enfer pour les âmes qui s'étaient égarées dans ses couloirs.

Et au milieu de ces âmes, il était un enfant blond aux yeux d'équilibre, poupée de chiffon aux géantes mains malingres du Destin. Un jeune mort-vivant qui regardait vers une Mer invisible à tous sans pouvoir guérir sa solitude, priant qu'un lointain rêveur l'emmène loin de la désolation. Un enfant du Nord qui attendait une marée sur laquelle voguerait son père, et qui ne viendrait pas.


Graphitea

"Where I am I'll wait for you, as faithful as the Tide"
▬ âge : Dix-neuf années.
▬ sexe : Blood once a month. :')
▬ double compte : Nope
▬ Comment avez vous connu le forum ? Un Tarsal m'y a SAUVAGEMENT traînée avec amour. (Communément, on appelle ça du chantage je crois en fait. :calim: )
▬ Qu'en pensez vous ? Voyez vous des améliorations à apporter ? Non, c'est très bien. éè
▬ autre chose ? Paradoxal ~


Remise
Une petite section supplémentaire de notes sur l'entourage de Reijo et autres pistes à creuser pour moi-même...

- Il a très peu connu son père car il était marchand. Braden a disparu en 1939, peut-être attaqué par des pirates ou bien pris dans un naufrage, personne ne sait. [Contexte historique : Peut-être que la guerre a affecté ça, les nazis qui essayent d'isoler l'Angleterre.] Il attend son retour dans un espoir aveugle qu'il l'arrache de l'orphelinat où il croupit. Il rêve beaucoup de lui et s'il fait des cauchemars, il sera triste toute la journée. (Marche également dans l'autre sens.) => Au fond de lui, il est certain qu'il vit.
[Possibilités : Son père est vivant, mais quand il a appris que sa femme était morte, il a cru que ses fils aussi et il a émigré définitivement aux USA pour refaire sa vie. OU il a sombré dans l'alcool OU il est vraiment et simplement mort dans un naufrage.]

- La boite à musique de Keith lui a été confisquée par les classes supérieures au début du règne de la Royauté. Il veut la récupérer à tout prix.

=> Totem de Keith : Mésange charbonnière


--------
Autres : Braden a connu la Première Guerre Mondiale théoriquement, à creuser.

Edmund (boulanger) : homme d'une soixantaine d'années grisonnant qui aimait la famille : Aime Helmi comme sa fille morte en couches avec son enfant et les deux frères comme ses trois garçons qui sont tous partis à la Grande Guerre et y sont tous morts. Sa solitude l'a rendu tendre au lieu de aigri. Il n'a plus de descendance et c'est pourquoi il chérit tant Reijo, Keith et Helmi qui lui redonnent un peu de joie de vivre. C'est aussi pour ça qu'il a accepté d'apprendre le métier et d'engager Helmi. Il passe Noël avec eux, Braden l'aime bien aussi, cet homme triste. (Il a fait la guerre vers la fin, où même les plus jeunes et les plus âgés étaient convoqués. Depuis il boite de la jambe droite et a perdu deux doigts au même côté car un obus a explosé près de lui, c'est pour cela qu'il ne peut plus pétrir le pain comme avant.)

"Reijo, il donne son cœur comme on donne un biscuit en période de famine. C'est rare, mais quand ça arrive, il le donne en entier, et jusque à la dernière miette sans possibilité de retour."

Theme songs :
Braden à Vihelimiina : Northern Lights
Reijo et Keith : Les matins d'Hiver
Reijo : A la gueule des Noyés


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Dov Tzirel

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Date d'arrivée à Cloverfield: 1940

MessageSujet: Re: Reijo Steadworthy - "Il y a trois sortes de gens, les morts et les vivants, et ceux qui sont en Mer..."   Lun 18 Nov - 14:12

J'ASSUME TOTALEMENT CE CHANTAGE AFFECTIF SALE FRAGMENT D'ARC-EN-CIEL COSMIQUE. Et je ne le regrette en rien, s'il a fallut en exercer pour que naisse ce troublant petit Reijo. 8D
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Reijo Steadworthy

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MessageSujet: Re: Reijo Steadworthy - "Il y a trois sortes de gens, les morts et les vivants, et ceux qui sont en Mer..."   Lun 18 Nov - 18:37

D'ailleurs, va chercher l'origine du nom et le caractère associé, j'y ai pris un soin tout particulier. (Indice : KOSKENKORVA. AHAHAH.) Tiens et pour la peine, j'ai mis un rang adéquat. (SOUFFRE.) (PLUS QUE CA, HAN.)

Et n'empêche, ta phrase est louche, je me suis tellement habituée à tes doubles sens que ça devient terriblement automatique. 8D ET JE PROTESTE JE SUIS PAS COSMIQUE ET PAS UN ARC-EN-CIEL. éè Va dilapider tes compliments ailleurs, sinon je vais me sentir obligée de relancer la bataille. Et de gagner, ouioui. :calim:

Oh et par contre. Je n'ai aucune chance de trouver un avatar adapté à ma création je crois, parce que pour trouver un môme aux cheveux blonds et longs euh.... Et ce sans compter les yeux pers. :')
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Reijo Steadworthy

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MessageSujet: Re: Reijo Steadworthy - "Il y a trois sortes de gens, les morts et les vivants, et ceux qui sont en Mer..."   Lun 23 Déc - 19:04

Fiche terminée, désolée pour le temps qu'il m'a fallu ! ^^'
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Albert Gillespie

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MessageSujet: Re: Reijo Steadworthy - "Il y a trois sortes de gens, les morts et les vivants, et ceux qui sont en Mer..."   Lun 6 Jan - 2:10

J'ai honte et je suis navrée à un point que tu peux pas imaginer, j'étais persuadée que tu n'avais pas fini ta fiche, va savoir pourquoi. Tu peux me lancer des cailloux ou ce que tu veux, j'ai vraiment été ultra nulle T__T

Dans tous les cas je te souhaite la bienvenue et je m'excuse encore très très très fort.

Tu es donc validé(e)~

Si le cœur t'en dis, tu peux poster une fiche de relations pour Reijo ici, demander un rp et poster sa participation au couronnement de la nouvelle princesse ! N'oublie pas d'envoyer la (les) bêtises/hontes de ton personnage au Sycophante~ !
N'oublie pas de poster les formulaires correspondants dans le bottin des avatar, les postes à pourvoir et la liste des totems pour réserver ton avatar, ton travail à Cloverfield et ton totem !

Bon jeu ♥
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MessageSujet: Re: Reijo Steadworthy - "Il y a trois sortes de gens, les morts et les vivants, et ceux qui sont en Mer..."   

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Reijo Steadworthy - "Il y a trois sortes de gens, les morts et les vivants, et ceux qui sont en Mer..."

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