Le jeu en vaut la chandelle



 

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 Le jeu en vaut la chandelle

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Josué Starvinski

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Rang : 7
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Once upon a time
Âge du personnage: 10 ans
Date d'arrivée à Cloverfield: 25 dec 1940

MessageSujet: Le jeu en vaut la chandelle   Mer 13 Nov - 23:08






Lorsque Josué ouvrit les yeux, tous ses sens lui parurent étouffés et ardents. Ses prunelles le brûlaient, sa peau était luisante de sueur, sa bouche atrocement aride. Même son souffle semblait chaud et sec. Il crut tout d’abord qu’il était si bouillant à cause du mauvais rêve qui venait d’habiter son sommeil, mais il comprit que ce devait être tout l’inverse. L’atmosphère était si étouffante qu’on se serait cru dans une fournaise. Ça avait dû lui échauffer la cervelle.
Cela évoqua immédiatement à son esprit la vie dans le camp, où les enfants se battaient pour obtenir leur maigre ration d’eau. Où tous se laissaient tomber sur les couchettes, le parquet parfois, écrasés par la chaleur et l’épuisement. Il eut encore plus de mal à respirer.

Il avait rêvé de Lucifel. Encore. C’était déjà la troisième fois cette semaine. Cette énonciation n’était bien sûr qu’approximative, car Josué peinait bien à définir clairement les semaines. Les jours se succédaient sans raison ni logique, il était particulièrement difficile pour lui de leur donner un ordre précis. Il avait fini par s’accoutumer aux caprices de ces jours absurdes et lunatiques. Cette nuit-là était semblable à une nuit de canicule en plein Midi, la prochaine serait peut-être une nuit d’hiver glacé. Se redressant hâtivement, il ôta sa chemise, les gestes brusques et fébriles. Son maillot délavé lui collait à la peau. Efflanqué et blême, Josué donnait encore plus l’impression d’être souffrant lorsqu’un hâle de moiteur envahissait son teint. Ses yeux trop pâles brillaient dans la nuit.
Il entendit une sorte de grognement dans la couchette d’en-dessous – Josué dormait presque exclusivement en hauteur – et, se penchant légèrement, il aperçut la silhouette sombre de Poppy, avec ses longs cheveux qui lui recouvraient le visage.

Il se laissa retomber mollement sur son oreiller miteux et quasiment vide de tout contenu. Apercevant une araignée courir le long du mur, il l’écrasa d’un mouvement vif et s’essuya les mains sur la couverture élimée.
Dans son rêve, Lucifel portait un uniforme nazi. Il était plus grand que lui, car il avait des échasses, à l’extrémité desquelles se trouvaient des pics acérés qu’il enfonçait dans la terre à chaque pas. Lucifel ne cessait de rire, et son rire finissait toujours par se muer en croassement de corbeau. Josué avait peur, mais Lucifel refusait qu’il s’écarte de lui. Il finissait d’ailleurs par le porter afin de le placer sur une estrade, à la vue de tous les orphelins. Chacun d’eux était rasé, cerné et émacié. Chacun d’eux était vêtu d’une sorte de pyjama flasque et rayé, très sale, et une étoile de David était cousue sur leur front. Ils ressemblaient à Isaac, mais les traits de leurs visages étaient floutés, comme des esprits fantomatiques ou des images de télévision mal retransmises.
Lucifel, sans cesser de croasser, lui ôtait ses habits, jusqu’à le mettre complètement nu. Puis, il le drapait d’une grande veste militaire et le coiffait d’une casquette trop ample, que Josué savait être un uniforme allemand. Il lui donnait une médaille et lui baisait la joue, en le serrant trop fort. Puis il ordonnait à l’assemblée d’applaudir, ce que les orphelins, soumis, faisaient sans broncher. Josué sentait le son de leurs claquements se mêler au rire criard de Lucifel, le bruit devenait envahissant, assourdissant, il pénétrait ses oreilles jusqu’au fond de son crâne. Tout son corps vibrait au son des applaudissements insupportables qui lui fonçaient dessus, comme mille autres flèches aiguisées. Il voyait alors les fronts cousus des orphelins saigner autour de l’étoile, leurs yeux devenaient des orbites vides, leurs corps se ratatinaient, leur peau devenait grisâtre. Ils se changeaient en Remords. Les acclamations ne tarissaient pas. Elles faisaient trembler l’estrade. Elles lui donnaient envie de vomir.

Un violent frisson secoua le corps souffreteux de la Grenouille. Le souvenir de son cauchemar était encore vivace, intense. Il aurait voulu allumer la lumière afin de ne pas demeurer ainsi dans l’obscurité, car comme beaucoup d’autres enfants, les ténèbres alimentaient l’effroi de Josué. Il aurait voulu, aussi, se glisser sous ses couvertures, fragile cocon le préservant des ombres de la nuit. Mais la chaleur suffocante l’en empêchait. Sa respiration était déjà rauque et sifflante.

Soudain, un son faible et un peu piteux se fit entendre. Josué tendit l’oreille, craignant d’avoir été abusé par son imagination échaudée. Mais il revint. C’était un gémissement, une plainte sourde, un peu lointaine. Josué se redressa à nouveau, crispant ses doigts contre les barreaux de son lit. Le lit d’à côté, double lui aussi, était celui de Valentine. Les rideaux minces qui barraient la fenêtre laissaient entrevoir la lueur de la Lune, et Josué put reconnaitre malgré la clarté vaguement bleutée, le roux des cheveux de la jeune fille. Si Valentine était là, Josué savait qui se trouvait en-dessous. Celui qui avait toujours le regard fuyant, toujours la mine basse. Celui dont le sommeil était toujours, toujours agité.
Josué se rallongea de nouveau et se mit sur le côté, le nez au mur, tournant le dos à l’autre lit. Les geignements de Daniel ne s’arrêtaient pas. Au contraire. Ils prenaient en intensité, s’accompagnaient de soupirs, de petites exclamations craintives. Même de mots mal articulés. Josué plaqua ses paumes contre ses oreilles. Il n’aimait pas entendre les lamentations de Daniel. Il n’aimait pas savoir qu’un autre enfant, là, était en proie à des songes effroyables.

Josué n’était pas particulièrement altruiste. Il ne s’occupait pas des plus jeunes, comme Levy le faisait. Il n’était pas protecteur, réconfortant, partageur. Il était farouche et fermé. C’est pour ça qu’initialement, son totem avait été le Chat. A présent, il n’était plus que Grenouille. Lucifel l’avait décidé. Tout cela pour dire que bien qu’il ne fût pas le plus endurci des orphelins de Cloverfield, Josué Starvinski demeurait un gamin sauvage et fuyant, évitant le plus possible toute forme d’approche, de contact, de proximité. Il fuyait sans cesse. Comme il tâchait de fuir, en cet instant, les gémissements éplorés, chargés de frayeur, de Daniel Holbrook.
Mais malgré l’insistance avec laquelle il appuyait sur ses tympans, les gémissements filtraient ses doigts raides et s’insinuaient dans sa tête. Il ne le supportait pas. Les traits de son visage étaient contractés, ses paupières crispées, ses dents serrées. A s’en faire péter la  mâchoire.

Ta gueule ! Ta gueule ! Mourrait-il d’envie de crier. Arrête de gémir, et arrête d’avoir peur ! Ne sois pas si faible ! Arrête de pleurer. Arrête !
Il remarqua alors comme son torse se soulevait, vite et fort, comme il tremblait. Son souffle laborieux grinçait entre ses dents. Il ne le supportait pas.


Très brutalement, Josué descendit alors de son lit, dévalant l’échelle avec empressement, revêtant sa chemise de pyjama au passage. Il se précipita au chevet de Daniel. Le garçon était extrêmement rigide sur son lit. Sa couverture râpeuse remontait jusqu’à son menton tremblotant, tandis que des spasmes agitaient ses paupières closes. Ses cheveux raides et trop longs étaient éparpillés sur son oreiller, comme s’il avait bougé la tête dans tous les sens.
Josué l’observa un moment sans rien faire, contemplant l’épouvante qui secouait l’intérieur de son camarade. Rang 7, comme lui. Daniel lui ressemblait. Ils auraient pu être frères, avec leur teint blafard, leurs cheveux corbeau, leur silhouette grêle et leur inclination à la terreur. Josué se demanda si, comme lui, Daniel voyait parfois des choses qui n’existent pas.
Mais Josué était déjà sur le point de devenir le frère de quelqu’un. Et celui-ci n’avait rien à voir avec Daniel.

Le garçon eut une sorte de hoquet étouffé, et cette fois-ci, la Grenouille ressentit un élan d’empathie. Il était très désagréable. Josué avait assez de sa propre douleur. Mais Daniel lui en infligeait en rabiot. En trop. Il devait le rassurer, le préserver, poser des barrières. Pour empêcher que le bruit de ses cauchemars n’atteignît son propre sommeil.
C’est pour cela que Josué posa sa main frêle contre l’épaule – non moins frêle – de Daniel, avant de la secouer avec un peu de brusquerie.

– Daniel, chuchota-t-il. Daniel, il faut te réveiller. S’il te plait, réveille-toi.

Le garçon ouvrit les yeux, le regard encore fou et hagard. Josué savait qu’il mettrait du temps à émerger de son songe. C’était comme ça, pour lui aussi.

– Tu faisais un cauchemar. C’est fini.

C’était étrange, comme cette phrase sonnait bizarrement. Comme un piano désaccordé. Une fausse note. Comme un mensonge.


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