Plus on est de fous, plus on rit ♪



 

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 Plus on est de fous, plus on rit ♪

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Hashberry Hole

Fou du Prince et de la Princesse
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♣ Fou du Prince et de la Princesse ♣


Rang : Lower Class
Totem : Rossignol
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Pseudo : Pan

Once upon a time
Âge du personnage: 11 ans
Date d'arrivée à Cloverfield: 25 juin 1938

MessageSujet: Plus on est de fous, plus on rit ♪   Mar 15 Oct - 18:30



Hashberry s’ennuyait profondément. Il avait boudé Lucifel lorsque celui-ci avait décliné son invitation au jeu du travestissement, une distraction d’ordinaire à son goût mais qui aujourd’hui connaissait une entrave : Lucifel était occupé. Son statut de Prince ne requérait pas tant d’exigences, mais il y en avait certaines que Lucifel se devait de respecter. Ainsi, cette matinée serait dévouée à l’élaboration de stratégies, de réflexions, de conversations complexes auxquelles le Rossignol n’entendait bien – et grand bien lui fît. Alors voilà, Hashberry avait boudé, croisant les bras et tordant ses lèvres laiteuses en une moue sévère. Mais Lucifel avait simplement ri et s’en était allé en lui suggérant de s’affairer à ses poupées.

Hashberry demeura un instant assis sur le grand lit du Prince – un lieu qu’il ne connaissait que trop bien malgré que son rôle, à l’origine, ne s’y prêtât guère – puis il poussa un grognement en plissant les yeux, à la manière d’un petit lionceau colérique. Se levant, il balaya la vaste chambre, riche et douillette comme il l’aimait, du regard avant de s’avancer vers le miroir. Amusé par son propre reflet, il se mit à se faire des grimaces, riant aux éclats devant son visage difforme. Puis il attrapa une brosse à cheveux et fit mine de lisser sa chevelure en imitant les manières d’Alix. On ne saurait dire combien de temps cette occupation accaparât son intérêt, car Hashberry pouvait s’adonner aux jeux les plus fades durant des heures et pour autant s’ennuyer des plus captivants divertissements en quelques secondes.
Ce ne fut donc qu’au terme d’un temps non défini que le petit Fou consentit à s’extraire de sa propre contemplation, afin de s’adonner à une activité plus utile : se vêtir.

Il ne portait alors qu’un dessous et une chemise. Lucifel ne lui avait même pas noué son nœud ! Et par ailleurs, aucun valet n’accepterait de remplir cette tâche, il n’était que Fou, il était leur égal. C’est pour cette raison que Hashberry n’appréciait guère les valets – à part Malice peut-être, qui était certainement le seul à savoir s’adapter à sa logique et partager cet esprit épicurien qui les caractérisait – ils n’étaient ni impressionnants, ni drôles, ni bénéfiques.  Juste là. Avec lui.

Hashberry commençait à rosir sous l’irritation que lui provoquait son entreprise. Il avait toujours du mal à s’habiller. Il parvint à enfiler ses chaussettes, à refermer ses culottes, et même à boutonner son chemiser jusqu’au col. Quant au reste… le nœud pendouillait autour de son cou, les lacets de ses souliers trainaient comme des vers de terre léthargiques – ah, ça, il aimait bien – sans parler de ces insupportables bretelles. Non, décidément, il n’y arrivait pas.
Il se mit à taper du pied sur le sol en poussant un cri suraigu. Mais comme personne n’était là pour l’entendre, lui-même ne tarda pas à réaliser l’inefficacité d’une telle action, et il entreprit d’en considérer une autre. Ce fut ainsi qu’il s’éclipsa de la chambre princière, à la recherche d’un garçon – forcément un garçon – passablement en mesure de l’aider. Le servir.

Il descendit prudemment les escaliers, écartant les jambes de façon assez grotesque afin de ne pas trébucher sur ses lacets. Cette allure lui donnait encore plus l’air d’un pantin. Surtout qu’il s’était mis à fredonner dès qu’il avait quitté la pièce.
Au rez-de-chaussée, aucun orphelin ne semblait à son goût. Quelques-uns le regardaient avec étonnement, d’autres ne le voyaient même pas, beaucoup paraissaient nerveux ou suspicieux, tâchant de laisser une distance sécuritaire entre eux et lui. Hashberry ne faisait pas attention à tout cela. Il s’était arrêté au pied de l’escalier, une jambe encore pliée sur la dernière marche, contemplant de ses yeux charbon l’agitation ambiante qui ne savait l’atteindre. On aurait dit un petit rapace. Le rossignol était-il donc un rapace ?

Oh ! Lui, là ! Le petit aux épaules rentrées, à peine plus grand que lui. Ce corps gracile qui retenait des secousses. Ce visage fermé, tiré, joli.  Ce magnifique regard gorgé de frayeur soumise. Hashberry passa sa langue sur ses lèvres.
Mais le garçon s’en allait, vers le couloir, vers le lointain. Il se dirigeait vers le Grand Salon. Pour le nettoyer, forcément. Ses bras maigres étaient chargés de serpillères et de seaux, trop lourds pour lui. Il tanguait. Hashberry le suivit en trottinant, léger comme le vent. Le garçon avait disparu, ce qui fit battre son cœur plus vite. Il se croyait déjà dans un jeu.
Ah, le voilà. Dans un coin de la pièce, pas loin des rideaux. C’était vide. Le garçon avait abandonné sa serpillère sale, aussi sale que l’étaient ses vêtements grisâtres. Il ne le voyait pas. Il semblait un peu ailleurs. Hashberry avait envie de le faire revenir. Le faire être avec lui.

Il s’avança toujours en sautillant et se colla dos au mur, tout près du garçon, provoquant ainsi un léger sursaut.

– Tu es un rang 7 ?

L’autre acquiesça. Hashberry lui sourit vaguement et, lui agrippant brutalement le bras, il ajouta :

– Lâche le balai. Dis-moi comment tu t’appelles.

Il approcha brutalement son visage de sa figure et souffla précipitamment :

– Je suis le Fou, moi, je suis le Fou !

Ses doigts tenaillaient fermement le bras du pauvre enfant.




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Daniel Holbrook

Balais & Serpillières
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Rang : 7
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MessageSujet: Re: Plus on est de fous, plus on rit ♪   Mer 16 Oct - 11:29

« Tu feras le ménage dans le Grand Salon. » lui avait-on annoncé distraitement lors de la répartition des tâches de ce matin là. « Il n'y a personne de disponible alors tu le feras seul. Ne sois pas une honte. »

Daniel avait baissé les yeux, il avait hoché tout doucement de la tête. Il avait l'habitude, d'être assigné, seul, à droite ou à gauche. Il aurait pu en être fier, si cela avait été une marque de confiance. Ce n'était pas le cas, il le savait. C'était juste l'ultime et dernière preuve en date de sa faiblesse et de son inutilité. Il n'y avait rien de plus plaisant que de le sermonner, rien de plus plaisant, en fait, que de le mettre en difficulté. Blotti dans son pull élimé, Danny avait sous les yeux des cernes plus grosses que des coups de poing. Il semblait avoir été passé à tabac par le sommeil, comme si Morphée, soucieux de le torturer un peu plus, s'était installé à cheval sur sa poitrine pour  massacrer consciencieusement ses lambeaux de repos. Dans les faits, il avait cauchemardé toute la nuit. Valentine, à ses côtés, dormait paisiblement et il n'avait pas osé la réveiller. Il avait fixé toute la nuit le plafond en écoutant, frissonnant, les Remords cavaler dans le couloir, peuplant le silence de rires maléfiques. Il n'avait, au final, pas fermé l’œil de la nuit. Cela ne l'avait pas empêché de se lever le lendemain matin. Tout ira bien, se répétait-il en s'habillant, les paupières lourdes de sommeil. Tout ira bien.
Dans le fond, il se disait qu'effectivement, rien ne pouvait mal se passer. Faire le ménage dans le Grand Salon, même seul, ne présentait ni danger, ni difficultés. Même lui, avec son habilité coutumière, pouvait s'en tirer. Il avait ramassé le lourd matériel et avait tangué au plus vite vers la salle, aussitôt qu'il fut libre, pressé d'en finir avec ses corvées quotidiennes. Sans être particulièrement paresseux, Daniel préférait les rêves au travail. Autant en finir rapidement.

Il avait frotté avec acharnement quelques tâches sur le parquet avant de se saisir de son balais pour dépoussiérer l'endroit. Même en le faisant chaque jour, la pièce semblait se salir à nouveau immédiatement, pour le plus grand désespoir des petits nettoyeurs. Il fallait croire que les Remords salissaient sciemment l'Orphelinat la nuit ; Daniel ne voyait pas d'autres raisons à l'état de la pièce. Même la Royauté ne pouvait pas causer autant de saleté en une seule nuit. Il s'était frotté doucement le nez en se redressant, jetant un regard absent par la fenêtre. Il n'avait pas entendu la porte grincer.

L'apparition aussi subite qu'indésirable d'Hashberry épouvanta Daniel. Son estomac lui sembla se tordre et se nouer, et tenta presque de s'enfuir, alors qu'il le fixait avec des yeux larges comme des soucoupes de tasse de thé. Il se sentait piégé, animal et proie, acculé. Bien sûr, Hashberry n'était que de la Lower Class. Bien sûr. Mais il était Fou et cela changeait tout aux yeux de Daniel. La Folie était un danger. Le danger était une chose qu'il fallait éviter. Malheureusement pour lui, l'enfant était déjà trop près. Il n'avait plus moyen de se défiler.

Silencieusement, il avait dégluti. Il avait tenté de se faire tout petit, de retenir son souffle, de ne pas faire de bruit. Tout pour que l'autre ne reste pas, tout pour qu'il emmène sa décadence avec lui, loin, là-bas. Mais l'autre s'attardait. Mais l'autre n'avait pas l'air d'être prêt à s'en aller. Il posait des questions, l'attrapait, serrait son bras. Le cœur de Danny battait à s'en briser contre ses côtes, comme un gros moineau qui aurait tout fait pour se tirer de là. Mais le cœur de Danny n'était pas un oiseau ; il n'avait pas d'autre choix que de rester là. Tant qu'il avait pu répondre par geste, il l'avait fait mais, loin de tenter de lui faciliter la vie, Hashberry tentait de le faire parler, de lui arracher sa voix, ses mots, ses phrases. Daniel ne voulait pas. Daniel n'avait pas le choix. Les Fous étaient de la Lower Class. Les Fous lui étaient supérieurs. Il fallait obéir. Il avait lâché docilement son balai tout en craignant que l'autre ne s'en saisisse pour le frapper avec. Pour se protéger, il avait appuyé presque instinctivement son pied sur le manche. Il avait inspiré tout doucement. Il avait ouvert la bouche pour répondre, tout bas, la voix tremblante, le mot piteux :

« Je m'appelle Daniel Holbrook » bégaya-t-il à mi-voix. « Je sais qui vous êtes Monsieur le Fou, je vous ai vu avec le Prince. »
Daniel avait frotté nerveusement ses genoux l'un contre l'autre tout en tordant ses mains qui n'avait à présent plus rien à tenir. La poigne d'Hashberry le blessait mais il savait vaine toute tentative d'évasion. S'il avait tiré trop fort, l'autre aurait pu se plaindre et il ne voulait pas donner aux Aristocrates la moindre raison de le punir. Ils en trouvaient déjà suffisament seuls ; il n'avait pas besoin de les aider.

Voir le visage du Fou si près du sien l'angoissait terriblement. Il lui semblait qu'il était trop près, qu'il pouvait le mordre, le dévorer. Il lui faisait presque plus peur qu'un monstre. Un monstre, après tout, était monstrueux, n'avait pas d'autre choix que de l'être. Les Enfants, par contre... Les Enfants devenaient des monstres. Peut-être en serait-il un aussi, finalement.

Il avait dégluti une nouvelle fois et sa voix, fluette, s'était élevé :

« Je peux faire quelque chose pour vous ? Vos lacets sont défaits je pourrais... »

C'était évidemment hors de ses attributions mais, plus que tout, Daniel souhaitait sauver sa peau. Peu importe ce qu'il faudrait faire pour cela, peu importe ses mains qui tremblaient, peu importe ses yeux qui semblaient prêt à se remplir de larmes terrifiée. Peu importe.
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Hashberry Hole

Fou du Prince et de la Princesse
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♣ Fou du Prince et de la Princesse ♣


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MessageSujet: Re: Plus on est de fous, plus on rit ♪   Lun 11 Nov - 19:30


– Je sais qui vous êtes Monsieur le Fou, je vous ai vu avec le Prince.

Hashberry se mit à rire mollement à l’énonciation de cette phrase, émettant des « Ha ha ha » lents, bizarres et dissonants. Puis son rire s’embrasa et ses « ha » devinrent puissants et comme désaccordés, forts, aigus, puis graves, sourds, remontant dans les hauteurs. De véritables montagnes russes sonores du plus étrange effet.
En vérité, Hashberry était simplement excité d’avoir été appelé « Monsieur le Fou ».

Un curieux sentiment, qu’il se représentait comme deux épées en affrontement, naquit en lui-même. Il ne savait pas quoi ressentir à l’égard de Daniel, cela l’échauffait, l’agitait, il était tout confus en même temps d’être de plus en plus survolté. Il aimait la terreur tacite qui frémissait dans les prunelles sombres de Daniel. En même temps, il voulait le rassurer, le calmer, le laisser pleurer en lui caressant les cheveux. Ou plus exactement, il voulait être celui qui le ferait. Il ne voulait pas laisser l’occasion à un autre de le faire. Il voulait que Daniel soit à lui.
Après tout, ce n’est pas parce qu’on est soi-même une poupée qu’on est dispensé du plaisir de jouer avec d’autres poupées. Le monde, pour Hashberry Hole, était un immense et futile jeu, qu’importe qu’il fût le jouet, ou le joueur.

Séduit par la proposition de Daniel, Hashberry le fixa un moment avant d’avancer soudainement son pied vers l’enfant. Tendant sa jambe malingre, enveloppée d’une chaussette blanchâtre bien trop grande, il esquissa un petit sourire et attendit que Daniel se baissât.
Tandis que le garçon entreprenait de lacer ses chaussures, le Rossignol se mit à fredonner distraitement, contemplant alternativement la fenêtre lumineuse et le crâne brun de Daniel. Il voyait ses petits doigts trembler en formant des boucles appliquées. Hashberry éprouva une satisfaction vive.

Lorsque le premier soulier fut lacé, le Fou tendit son autre jambe. Il cessa de chanter.

-  Daniel. Tu sais, mon nom est Hole. HOLE. Comme HOLEbrook. Je ne sais pas si tu avais fait attention, Daniel ?

Il prit un air légèrement impérieux, levant le menton en pinçant des lèvres, comme le ferait un noble savant ayant tout juste mis au jour une vérité subtile que toute l’assemblée avait manquée.

– Cela étant, – Hashberry n’avait aucune véritable idée de ce que cette expression voulait dire ; comme la plupart d’entre elles, il se contentait de les déclamer lorsqu’il se sentait intelligent – ce n’est pas le seul point commun que vous avons. As-tu remarqué que nous deux, nous avons les yeux noirs ? Daniel ?

Tout en parlant, il se concentrait sur son air supérieur et observait en même temps les gestes mi-hésitants mi-consciencieux du garçon. Lorsque Daniel se releva, il lui saisit la main et souffla :

– Nous pourrions être frères. Comment est ta mère ? La mienne a les yeux noirs.

Hashberry ne parlait jamais de sa mère au passé. Il n’avait ni conscience de sa mort, ni vraiment conscience du temps et des catégories qui le divisaient – passé, présent, futur. L’existence figée et détraquée de Cloverfield n’avait fait que creuser cette inaptitude. Hashberry n’était aucunement dans le déni, dans le refus d’admettre quoi que ce fût. Il n’avait simplement pas conscience.

– Daniel. As-tu déjà un frère ? Je pourrais être ton grand frère.

Il ne venait même pas à l’esprit de Hashberry que l’enfant pût être plus âgé que lui. Hashberry ne considérait pas les âges ou même les tailles. Mya, qui n’avait que huit ans, était son égal. Il ne sentait aucun écart générationnel entre eux. Alexiel, qui n’avait qu’un an de plus, lui apparaissait quasiment comme un adulte. Quant à Daniel, sa débilité, sa faiblesse, en faisait un être minuscule, naissant. Un cadet.

Hashberry attrapa les épaules du garçon et le plaqua contre lui. Il susurra dans son oreille :

– Si tu es mon frère, je te protègerai.


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