C'est ton sourire qui fait tanguer le monde ; Valentine



 

Partagez | .
 

 C'est ton sourire qui fait tanguer le monde ; Valentine

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Daniel Holbrook

Balais & Serpillières
avatar
♣ Balais & Serpillières ♣


Rang : 7
Totem : Limace
Messages : 5
Age : 24
Pseudo : Nynh

MessageSujet: C'est ton sourire qui fait tanguer le monde ; Valentine   Lun 14 Oct - 17:02

Daniel Holbrook avait toujours été un enfant craintif.

Il se levait le matin avec la crainte au ventre, s'apeurait de l'ombre de ses vêtements, lorsqu'il se déshabillait, ou du contact de la main d'un autre enfant, lorsqu'il marchait un peu trop près du centre du couloir. Il piaulait d'effroi lorsqu'on le surprenait, tremblait de tous ses membres lorsqu'on le saisissait. Il suffisait qu'il voit le bout d'un montre pour qu'il se réfugie dans un placard, l'ombre d'un Aristocrate, pour qu'il ne fuit. Daniel Holbrook était un peureux, un lâche, un couard ; c'est ce qu'il avait toujours été. Jamais ô grand jamais il n'avait été à même de changer, jamais, même, en fait, avait-il pensé à changer. Il était juste comme ça et, à Cloverfield, les choses ne changeait jamais : les gens non plus. Les gens, de toute façon, ne s’attendaient plus à grand chose de sa part. A un cri ou à des claquements de dents, oui. A un acte de bravoure ? Certainement pas. Lui même, de toute façon, ne s'y attendait vraiment pas.

Ce matin-là, pourtant, il s'était levé d'une humeur radieuse.

Il lui avait semblé, tout le long de la mâtiné, que rien ne pouvait l'atteindre. Il avait enfilé d'un geste tranquille son short marron et avait passé ses chaussettes raides de crasse et mille fois reprisées avant de mettre son fidèle (et unique) pull en laine. Ses cheveux rebiquaient sans cesse et il les avait aplati en appuyant le plus fort possible ses mains sur le sommet de son crâne. Ça n'avait marché qu'à moitié mais il s'était estimé satisfait. Après avoir servi de paravent à sa sœur le temps qu'elle se change, il s'était ensuite dirigé vers le réfectoire. Oh, évidemment, il savait bien qu'il ne mangerait pas immédiatement, mais il avait envie de passer du temps avec sa sœur et lui tenir compagnie dans la file était probablement un des moments les plus agréables de la journée. Il conversait à mi-voix avec elle, des sourires plein la voix, heureux et soulagé de la sentir à portée de main. Peu importait, les chuchotis désapprobateurs, peu importait, les bousculades, peu importait, les vengeances sournoises des autres rangs sept. Peu importait. C'était sa sœur. C'était la seule personne au monde qui lui importait. La seule qu'il désirait si fort protéger. Quand ce fut au tour des rangs six, il s'effaça avec un sourire en lui promettant de la rejoindre ensuite.

Il mangea en tout et pour tout deux quignons de pain rassi et un quart de pomme. Ce n'était pas énorme, mais ça lui suffisait à être calé jusqu'au repas. Danny n'avait jamais beaucoup mangé, même chez sa grand-mère. Il s'était toujours contenté de peu parce qu'il avait toujours pensé mériter peu. Cela lui suffisait. Lorsque l'heure du travail arriva, il embrassa doucement sa sœur sur la joue en lui proposant d'aller jouer un peu dans le jardin, après leurs travaux communautaires obligatoires de l'après-midi. Leurs complicités enfantines lui manquait cruellement. Ils n'avaient pas l'âge de s'inquiéter de la sorte. Pas l'âge d'abandonner leurs costumes d'enfants.

Sans attendre sa réponse, il avait décampé après avoir embrassé sa joue avec tendresse.

Il savait qu'elle viendrait ; Valentine était merveilleuse, Valentine était fabuleuse, Valentine était droite, forte, courageuse, elle ne dérogeait jamais, elle tenait toujours ses promesses. Daniel l'admirait immensément pour cela. Il essayait toujours, et plus encore maintenant à Cloverfield, de calquer sa ligne de conduite pour elle. Enfant, il se demandait toujours « Et dans cette situation, qu'aurait fait, Papa ? » mais Papa était une notion éthérée et floue, à présent, et Valentine était un modèle tellement plus fiable, tellement plus palpable, tellement plus vivant. Valentine respirait à ses côtés. Valentine était admirable. Il l'aimait énormément.

Tout la mâtinée, il avait été affecté à la salle de jeu. Bien que dans une salle éclairée et lumineuse, la tâche était ardue. Il fallait chasser les orphelins en présence, éviter les coups de pieds furieux de l'Enfance, détourner les yeux pour ne pas s'effrayer. Nettoyer la salle de jeu, c'était aussi trier les jouets, les répartir dans les caisses, poncer le parquet pour éviter que quelqu'un ne se blesse – et le Prince, plus particulièrement, tout était à destination du Prince de toute façon – le cirer en prenant garde de ne pas tout tâcher. Il avait frictionné avec acharnement, avait tenté d'ignorer les railleries et regards torves de son partenaire de corvée. Le monde parfait selon Daniel était celui où tous les gens qui pourraient attenter à son intégrité l'ignorerait, tout bonnement. Ça n'arrivait jamais, évidemment, mais il le souhaitait ardemment. Bravement, il avait souri au moqueur. Son sourire ne s'était jamais fendu, jamais fissuré, jamais brisé. Il avait relevé le menton, n'avait pas battu d'un cil. La suite de sa journée avait été égale à elle-même. Il avait entraperçu Valentine à midi, mais les rangs sept l'en avaient écarté et il s'était lové dans un coin du réfectoire pour échapper aux quolibets. Puis, il avait compté les heures. Il avait béni le fait de n'avoir à subir aucun meeting et s'était échappé dès son travail fini.

Il était seize heures quinze. Il espérait qu'elle ne l'aurait pas attendu trop longtemps.

Il avait couru à toutes jambes à travers les couloirs pour rejoindre l'extérieur, un sourire sur les lèvres, la joie au cœur, éperdument. Il avait hâte de la voir, il avait hâte, hâte, hâte, vraiment. Il s'était laissé dans les herbes folles non loin de la porte d'entrée, guettant entre les écarts des plantes la venue de sa sœur. Il aurait aimé la surprendre, lui sauter au cou, l'embrasser et lui faire des câlins. Elle lui avait manqué, et c'était un peu ridicule, mais Valentine lui manquait toujours et il n'attendait jamais rien avec plus d'impatience que leurs entrevues. Quand elle était là, le ciel semblait se dégager et le soleil paraissait sourire. Il se sentait bien.

Dès qu'il avait aperçu l'ombre de sa sœur, il lui avait sauté au cou, piaillant joyeusement de la trouver là. Sa journée avait été bonne et il se sentait heureux. Il voulait le lui communiquer. Sans tarder, il avait écrasé un baiser affectueux sur sa joue, collé contre elle avec bonheur.

« Valentine ! Tu m'as manqué. Tu as passé une bonne journée ? Tu veux jouer à quoi ? Tu es fatiguée ? Viens, viens ! On va s'allonger dans l'herbe. Et puis je te décrirais les nuages. Et on chassera les insectes. » Il parlait à toute vitesse, ne laissait pas un seul instant à sa sœur pour en caser une. « Je t'aime, Valentine, je t'aime, je t'aime, je t'aime. »

Son sourire était immense, son affection, débordante. Il suffisait que tout aille bien pour changer son caractère du tout au tout, d'un seul petit éclair de bonheur pour que tout s'éclaire. Sans attendre, il avait saisi la main de sa sœur pour la serrer, fort.

« Tu es jolie, aujourd'hui, Valentine. Encore plus que d'habitude ! On dirait une sucette. Tu sais, les toutes rouges avec une spirale blanche ? Une sucette juste comme ça. »

Il avait éclaté de rire doucement et s'était jeté à plat ventre dans l'herbe avec un gloussement de bonheur pur. Ils étaient rares, ces instants de quiétude, inexistants, presque, ces moments d'insouciances. Allongé sur le dos, ses yeux brillaient. Il avait tendu les mains vers elle avant de proposer, doucement :

« Attrape mes mains, je vais te guider. »

Je serais toujours là, avait-il eu envie d'ajouter. Ca n'aurait pas été utile ; elle le savait déjà.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

C'est ton sourire qui fait tanguer le monde ; Valentine

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» [Clip] Mysa - Qu'est-ce qui fait tourner le monde
» Vittorio Grigolo
» Il fait chaud sur la plage.
» Oh Elijah ! Ca fait un bail qu'on t'avait pas vu !
» Heureux qui comme Régis a fait un beau voyage.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Unlucky Cloverfield :: • Au bout du chemin se trouve Cloverfield. :: Le parc.-