Au fond du gouffre



 

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 Au fond du gouffre

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Alexiel Hargreaves

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MessageSujet: Au fond du gouffre   Dim 13 Oct - 22:29




Alexiel Hargreaves était énervé. C’était là un fait plutôt commun qui n’aurait en d’autres circonstances pas nécessité qu’on s’y intéressât outre mesure. Mais cette colère contenue devait bientôt être à l’origine d’une situation inédite et compromettante qui n’arrangerait rien à son irritation. Toutefois Alexiel, malgré son discernement quasi indéfectible, ne se doutait pas des tourments qui s’apprêtaient à l’accabler.

Pour l’heure, il se dirigeait de son pas vif et raide en direction du cimetière. Il n'y avait dans ce projet aucune raison précise et définie, plutôt la recherche simple de calme, de solitude. Alexiel ne craignait pas les cimetières. Là où les orphelins voyaient d’ordinaire un lieu lugubre chargé d’épouvante, le Duc considérait l’endroit comme un havre paisible, un refuge, préservé du bruit et de l’agitation. Les morts ne l’empêchaient pas de penser. Ils ne l’agaçaient pas.
Pendant un long moment, il se contenta de sillonner les allées sinueuses et chaotiques qui entouraient les tombes improvisées. Certaines étaient outrageusement rudimentaires… Comme celle-ci, dans laquelle reposait une petite fille d’à peine sept ans. Catherine. Alexiel plissa les yeux en scrutant l’inscription sommaire qui décorait sa sépulture rustique. Catherine… Le visage d’une fillette aux cheveux blonds et emmêlés s’imposa à son esprit. Il ne lui avait quasiment jamais parlé, mais il se souvenait de sa voix plaintive lorsque, étendue sans force au creux de sa couche, ses entrailles malades la faisaient souffrir. Il se souvenait de sa petite silhouette cireuse, deux lits après le sien, qui s'agitait sous les draps à la nuit tombée. Il se souvenait de la phrase, presque sentencieuse, de l’infirmière Hingley lorsqu’elle avait annoncé « La pauvre Catherine nous a quitté ». Il revoyait nettement ce visage, ce sourire fragile, sur le point de se faner. Il s’en souvenait d’autant plus qu’à l’époque, le Duc avait ses deux yeux.

Ce souvenir abstrait en entrainant un autre, bien plus concret celui-là, il se mit à déglutir avec difficulté. Un picotement acerbe vint assaillir son œil droit, ou plutôt l’orbite vide et noire qui l’avait remplacé. Alexiel savait que c’était purement psychologique, ce qui était d’autant plus difficile à supporter. Parce qu’Alexiel n'admettait pas que les illusions de l’esprit eussent un quelconque effet sur sa personne.
Il commençait à suer, contrarié et perturbé par cette douleur soudaine et ces effluves de souvenirs venus frapper sa mémoire sans qu’il s’y attendît. Ôtant son haut-de-forme noir, le jeune Duc repoussa une mèche de cheveux raide et grisée de son front et plaqua une main fébrile contre son bandeau.

Lui s’était habitué au trou, au manque, à cette crevasse sordide qui avait succédé à la perte. Il avait toujours su ce qu’on lui avait fait. Même au moment où on était en train de lui faire. Il le savait déjà. Aujourd’hui cette absence, qu’il jugeait finalement assez futile, n’était plus douloureuse. Elle ajoutait même quelque chose à cette aura influente et prédominante qu’il inspirait chez les orphelins. Pour un peu, il aurait admis que ça ne faisait qu’alimenter sa noble allure.
Non, c’était l’affront, l’offense, qu’il ne tolérait pas. Qu’il ne digérait pas. D’un pas lourd, mécanique, presque inconsciemment même, Alexiel s’avança vers les tombes des sœurs Hingley. Il lui semblait que jamais il n’avait tant haï. La haine était un sentiment trop fort, trop investi pour qu’il s’autorisât à l’éprouver. Le mépris, plus mesuré, plus froid, lui convenait davantage. Pourtant c’était bien une haine brûlante, inébranlable, qu’il ressentait à l’égard de ses bourreaux. La douleur physique ne serait jamais pire que l’impuissance à laquelle on l’avait réduite. Il remit son couvre-chef.

Ce fut alors que quelque chose se déclencha dans le cœur d’Alexiel Hargreaves, d’ordinaire si maitre de lui. Comme si l’on eût actionné quelque mécanisme secret, sa mâchoire s’ouvrit en deux pour lâcher un cri déchiré, son regard glacé se chargea de violence, son corps s’agita avec hargne en faisant mouvoir sa cape sombre autour de lui. Il donna de violents coups de pied contre la croix délabrée qui surplombait la tombe des Hingley, puis les piétina, un filet de salive écumant à ses lèvres. Il se mit même à arracher la terre sèche qui recouvrait leurs caveaux en poussant des grognements frénétiques.
En reculant cependant, Alexiel s’empêtra dans sa cape et son talon heurta une pierre qui le fit trébucher, chuter, et précipiter dans… une tombe. Vide.

Un peu sonné, le Duc resta un instant assis sur les fesses, regardant autour de lui d’un air décontenancé, un peu absent. Il s’était écorché le genou en tombant. Grommelant quelques jurons, il se releva avec agacement, replaçant sa cape sur ses épaules, et tâcha d’évaluer la situation. Il comprit tout de suite qu’il serait vain d’essayer de remonter. Le trou était profond. Il venait d’être creusé, probablement à la suite d’un décès tout récent. Alexiel se demanda même s’ils ne projetaient pas d’empiler plusieurs cercueils dans le même trou.
En se déplaçant afin de trouver une quelconque issue à ce fâcheux incident, le Duc remarqua qu’une douleur lancinante accompagnait son pas. Sa cheville lui faisait atrocement mal. Alexiel, les sourcils froncés et les lèvres serrées, tâcha de remuer son pied en l’air, mais à peine l’eût-il agité que tous ses nerfs semblaient se déchirer de l’intérieur. Refoulant des larmes de souffrance superflues, il reposa à moitié son pied au sol et releva la tête vers l’extérieur. La cavité était non seulement profonde mais sombre et terreuse, un environnement très peu à sa convenance. Et par le plus heureux des hasards, il se trouvait dans le lieu le moins fréquenté, exception faite du Puits de la Perte, de tout l’orphelinat.

Réprimant la honte qui lui tenaillait la gorge, le Duc consentit néanmoins à crier :

– Hé ! Y a-t-il quelqu’un par ici ?





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MessageSujet: Re: Au fond du gouffre   Mar 15 Oct - 16:18

« Au fond du trou »

Le cimetière, un endroit que la plupart des enfants de Cloverfield évitait, pour ne pas dire la quasi totalité d'entre eux et pour cause, cet endroit était l'un des plus sinistres qui soit, bien que les demeures des enfants du Sycophante ne soient pas en reste, loin de là. Seule l'ignorance, la stupidité ou l'arrogance pouvaient pousser l'un des orphelins à se rendre seul au cimetière car tous connaissaient les risques qu'il y avait à se déplacer de manière isolée dans l'enceinte de l'établissement. De nombreuses tombes plus ou moins grossièrement faites parsemaient les zones qui avaient servies depuis la disparition des adultes tandis que les zones plus anciennes étant bien mieux ordonnées malgré un entretien qui laissait à désirer depuis plusieurs mois déjà. Le cimetière avait des allures de film d'horreur, il ne manquait plus que la nuit ne tombe avec une nappe de brouillard et le cadre serait parfait pour y disposer des créatures surnaturelles, comme s'il n'y en avait pas déjà assez dans le quotidien des enfants. Seth était un brave garçon. Bien que naïf et crédule, il n'en demeurait pas moins sage et consciencieux, laissant la bravoure aux plus âgés en préférant se cacher au plus petit signe de danger. La peur du noir et du Sycophante suffisait à le faire se terrer comme un petit animal, tremblant sous sa couette et étouffant des gémissements craintifs. Mais en journée, l'enfant remplissait son devoir de cueilleur avec assiduité, accomplissant un travail exemplaire qui lui valait parfois quelques compliments. Lorsque arrivait les quartiers libres, le petit chétif en profitait pour rendre visite à ceux qu'il appréciait le plus, mais également, au moins une fois par mois, à ceux qui n'étaient plus là pour jouer avec lui.

C'est ainsi qu'alors même que Alexiel poussait son premier cri de rage face à une tombe que la petite tête de Seth se relevait d'en face d'une autre, toute différente, celle d'une fillette qui avait été son amie durant quelques semaines avant de décéder brusquement. Il cligna de ses grands yeux verts, puis décida d'aller voir discrètement ce qui se passait. Est-ce qu'un monstre se trouvait dans le cimetière ? Est-ce qu'il y avait un autre enfant ? Est-ce qu'il était attaqué ? Se sachant incapable de lutter face à tout ce qui n'était pas humain - et même face à plus grand que lui de toute façon - il pourrait toujours aller appeler Poppy ou Albert à la rescousse, mais cela risquait d'être trop tard de toute façon. Le temps qu'il arrive dans la zone, plus personne n'était en vue et l'enfant faillit repartir en sens inverse, lorsqu'une voix lui sembla venir d'une des tombes déjà creusées qui attendaient les prochaines victimes du Sycophante. Prenant le peu de courage qu'il possédait à deux mains, il s'approcha plus encore... Et c'est à cet instant précis que Alexiel pu voir une petite tête apparaitre au-dessus du trou. Des cheveux châtains arrivant aux épaules, des traits fins, délicats, ainsi que de grands yeux verts qui le fixait, l'enfant aurait presque pu ressembler à une fillette au vu de la voix toute douce qui s'échappa d'entre ses lèvres.

- Oui moi je suis là ! Attends je vais t'aider.

L'idée même que cet enfant soit tombé ne l'effleura qu'à moitié, car peut-être qu'il avait voulu descendre voir quelque chose, à moins qu'on ne l'ai même carrément poussé dans le trou, ce qui ferait qu'il devait faire attention à son tour pour éviter de finir de la même façon. Seth se releva et partit en courant chercher une des cordes dans le petit cabanon de fossoyeur du cimetière, là où se trouvaient les pelles, pioches et cordes qui servaient pour creuser les tombes et y faire descendre les cercueils. Il revint les bras chargés d'un des cordages démesurément grand pour lui, avisant une des grandes statues qui devait faire au moins quatre mètres et noua solidement la corde autour de son socle, revenant pour faire descendre le reste dans le trou.

- Vas-y remonte ! C'est bien accroché t'en fait pas !

Et juste au cas où, le petit garçon entreprit de tirer un peu sur la corde pour diminuer la tension, bien qu'à la base il ait espéré être capable de la faire remonter, ce qui lui était parfaitement impossible au vu de son gabarit de petit poussin.
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Alexiel Hargreaves

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MessageSujet: Re: Au fond du gouffre   Sam 19 Oct - 20:01




Il fallut un concentré de patience extraordinaire à Alexiel pour ne pas se plaquer la paume contre le front, lorsqu’il aperçut le minois juvénile d’un petit garçon tout juste sorti du berceau. Déjà que l’idée même d’appeler au secours – non, le simple fait d’être secouru – était en soi difficile, si en plus il devait pour cela admettre l’aide d’un nourrisson… Cette journée commençait si mal qu’Alexiel espérait presque que la nuit tombât, là tout de suite, afin de mettre un terme à ses mésaventures d’un hasard de plus en plus douteux. L’infortune s’abattrait-elle sur sa haute personne ?
Fort heureusement, le Duc n’était pas de ceux qui croient au destin ou à la damnation. Il ne voyait en ceci qu’une suite d’évènements fâcheux. Mais cela ne l’empêchait pas de les trouver parfaitement irritants. Le visage rond de ce minuscule marmot, avec ses immenses yeux verts luisant d’innocence et son petit sourire candide, le mettait d’ores et déjà mal à l’aise. Parce qu’Alexiel Hargreaves n’aimait pas les enfants. Il avait déjà du mal à se trouver en compagnie de ceux de son âge, alors imaginez, devant un bambin qui comptait probablement encore sur ses doigts…

En étant tout à fait honnête, Alexiel n’aurait pu que constater à quel point toutefois, l’enfant fut d’une réactivité exemplaire. Il consentit donc à ne pas s’indigner devant le manque d’égard que lui témoigna ce même enfant, apparemment peu conscient du fait qu’il s’adressait au second plus éminent personnage de l’orphelinat.
Tant pis, même Alexiel en cet instant n’était pas en disposition de s’attarder sur ce type de détails. Ainsi prisonnier de cette macabre crevasse – il s’en trouvait d’ailleurs de plus en plus nerveux – il se contentait de se dresser sur la pointe des pieds – ou plutôt d’un seul, du fait que l’autre était sérieusement amoché – afin d’apercevoir ce que manigançait le petit.

Brusquement, le Duc vit apparaitre une corde épaisse dans son caveau, qu’il empoigna fébrilement tout en cherchant toujours à découvrir ce que l’autre trafiquait. Il n’entendait tout de même pas tirer lui-même sur la corde… ?


– Vas-y remonte ! C'est bien accroché t'en fait pas !

Alexiel pinça des lèvres.

– Je ne m’en fais pas ! répliqua-t-il sèchement en tâchant de s’en auto-persuader.

Peu habitué aux prouesses athlétiques, Alexiel détestait formellement la position dans laquelle il se trouvait. Ses doigts osseux crispés contre la corde rêche, ses jambes dressées contre les parois effritées du trou, tout son corps cambré comme celui d’un singe en ascension ; il est heureux que la Mangouste n’eût en cet instant une vision extérieure de lui-même, ou bien le rouge lui serait monté aux joues aussi vivement qu’un jet de peinture sur une toile…
L’effort physique l’essoufflait, et sa bouche entrouverte lâchait des expressions plaintives et suffocantes à chaque progression. L’entreprise ne devait pas être si longue en vérité, mais elle parut interminable au Duc. D’autant plus que la douleur lancinante qui tiraillait sa cheville n’arrangeait rien à la situation.
Agrippant le sol terreux jusqu’aux ongles, il parvint finalement à s’extraire de son piège, s’appuyant péniblement sur la silhouette frêle du petit. Il reprit son souffle un instant, l’œil fermé et tous ses traits crispés. Il avait eu peur. Il n’avait plus l’habitude.

Reprenant contenance, il s’écarta de l’enfant en relevant le menton, retrouvant son port digne et son expression glacée. Une sensation déplaisante avait pris place en son cœur durci. Une sorte de vulnérabilité narquoise. L’enfant le fixait d’un air terriblement innocent, manifestement peu conscient de la supériorité qu’il dégageait en cet instant. Il l’avait sauvé. Lui, minuscule avorton, orphelin parmi les autres, probablement aussi ingénieux que la vieille chèvre de l’étable.
Quelle humiliation.

Alexiel tapota ses mains fines souillées de terre et s’assura que son bandeau était bien en place sur son œil manquant. L’enfant le regardait toujours. Attendait-il quelque chose ?

– Quel est ton nom, enfant ?

Alexiel se plaisait à nommer les plus petits que lui « enfant » ou « petit garçon » comme pour leur rappeler qu’ils n’étaient pas de la même espèce. L’enfance était pour lui une tare, une infirmité qu’il se devait de dissimuler de quelque façon que ce fût.
Le prénom du gamin évoqua quelque chose d’un peu floue à sa mémoire. Seth, Seth… Ah. Oui.

– Tu es le protégé d’Albert, c’est bien cela ?

Il se souvenait à présent. Le petit poussin. Que pouvait donc lui trouver le Baron ? Albert avait toujours eu ce côté un peu mielleux, auprès duquel Alexiel paraissait encore plus acariâtre. Cela lui ressemblait bien tiens, de prendre sous son aile de merle un petit poussin encore incapable de prendre son envol. Niaiseries.

– Je suis le Duc. ajouta-t-il toujours aussi froidement. Il aimait à se présenter par son titre avant son nom, assuré de l’incidence que le premier avait en comparaison du second. Alexiel Hargreaves. Je suis donc au-dessus d’Albert.

Il entendait faire comprendre à son minuscule sauveur que la proximité qui le liait à Albert ne serait pas effective à son sujet. Albert n’avait pas d’influence sur lui, grand bien lui fît, et le petit Seth Elder devait en être bien conscient. L’innocence infantile était une chose devenue si étrangère à Alexiel qu’il n’imaginait même pas que Seth pût s’en moquer éperdument.

Un élancement dans son pied lui provoqua un rictus.
Et puis, un peu précipitamment, il ajouta avec un mouvement de tête entre agacement et résignation :

– Bien, je suppose que tu vas vouloir quelque chose en échange.


Oui. Alexiel Hargreaves désirait ardemment s’acquitter de cette dette au plus vite.



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MessageSujet: Re: Au fond du gouffre   Mar 22 Oct - 19:04

« Drôle de discussion »

La remontée avait été aussi difficile pour le Duc coincé dans son trou que pour le petit poussin qui s'était évertué à tirer sur la corde pour l'empêcher de bouger ou de glisser au vu de l'humidité de celle-ci, au point que les paumes de ses mains s'étaient rougies et irritées sous l'effort, sans pour autant s'en retrouver abimées fort heureusement. Le fait que Alexiel lui ait répondu abruptement ne l'avait pas affecté plus que cela, mettant cela sur le compte de l'escalade improvisée qui devait certainement coûter à son ainé. Ce ne fut qu'une fois que celui-ci apparu au bord du trou qu'il pu l'agripper à un bras et l'aider à s'extirper hors du trou boueux, le soutenant alors qu'il se redressait sur ses jambes et qu'un boitement significatif apparaissait au niveau d'une de ses chevilles. C'était donc ça, le grand s'était blessé en tombant et il n'avait pas pu remonter tout seul. Lorsque Alexiel s'écarta de lui en le toisant avec un certain dédain, il ne reçu en retour que le regard innocent du cadet qui clignait des yeux, attendant de voir comment il allait.

- Je m'appelle Seth.

Il eut un sourire quand le brun su remettre son prénom, visiblement très heureux avec cette seule petite marque d'intérêt, hochant vivement la tête à plusieurs reprises. Il était rare que les Nobles se mêlent aux autres enfants et Albert était connu pour être l'une de ces exceptions qui rendaient le quotidien des plus jeunes parfois un peu plus léger, enfin surtout celui du poussin qui s'efforçait toujours de cueillir quelques baies sauvages lors de son temps de repos pour les offrir au noble qui était toujours si gentil avec lui. L'énonciation du titre du grand fit cependant disparaitre le sourire innocent, le remplaçant par une forme de crainte respectueuse à son égard.

- Le Duc Hargr... Har... Le Duc Alexiel.

Finit par répéter d'un air penaud le petit garçon qui rentra légèrement la tête dans les épaules, visiblement désolé de ne pas parvenir à prononcer correctement le nom de famille qui lui semblait un peu trop compliqué. Il baissa la tête et ne pu ainsi pas voir le rictus qui s'imprima brièvement sur les traits de son ainé, ne remarquant que le mouvement au niveau de la cheville sans comprendre que les deux étaient liés. Il releva la tête en l'entendant parler puis la secoua vivement en signe de négation.

- Hein ? Oh non ! Non, non, non, je veux rien du tout... J'ai entendu crier alors je suis venu vous aider, je voulais pas qu'un monstre arrive pour vous dévorer, mais j'ai pas fait ça pour quelque chose. Je vais heu... je vais partir maintenant, la nuit va bientôt tomber et... et c'est dangereux ici en plus.

Et le voilà qui essaye déjà de s'en aller, contournant le Duc en gardant la tête rentrée entre les épaules comme un gamin s'attendant à recevoir une correction, bien qu'il n'ait absolument pas mérité une telle chose.
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Alexiel Hargreaves

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MessageSujet: Re: Au fond du gouffre   Jeu 14 Nov - 20:06


Alexiel se sentit légèrement blêmir à la dernière remarque du bambin. Je voulais pas qu’un monstre arrive pour vous dévorer.
C’est ce qui expliqua son absence de réaction lorsque Seth s’éloigna, jetant un dernier regard furtif au Duc avant de lui tourner le dos. Alexiel regarda sa minuscule silhouette devenir encore plus minuscule. Placide, absent, comme débranché. Ses mains graciles agrippaient le tissu de ses culottes, d’un bleu sombre et égal. Alexiel parvenait miraculeusement à se vêtir de la plus élégante façon, malgré le manque de moyens – et de personnel qualifié – dont il disposait en ce lieu. Il y mettait un soin particulier.

– Les monstres ne peuvent pas me dévorer, je suis Duc ! brailla-t-il à l’adresse du petit garçon.

Il déglutit, les lèvres serrées et la bouche pâteuse. Il ne pouvait s’empêcher de songer à l’éventualité qu’il eût pu demeurer seul et piégé dans le trou. Jusqu’à ce que la nuit tombât. Jusqu’à ce que les Remords sortissent de leur cachette. Et alors, alors…
Alexiel réprima un brusque frisson. Ses paupières papillonnèrent nerveusement. Puis il secoua la tête, l’expression fâchée, comme s’il se sermonnait intérieurement de succomber à de tels effrois, dignes d’un enfant de trois ans. Il était plus vaillant que cela, allons ! Il n’avait pas peur. Il n’avait vraiment pas peur.

Une faible bourrasque agita soudainement ses cheveux, murmurant à ses oreilles ce qui ressemblait à une complainte. Alexiel se retourna et balaya du regard le cimetière, vaguement plongé dans la brume. Les croix qui surmontaient les sépultures étaient tordues, incomplètes, défoncées parfois. Tout était hasardeux et chaotique. Cela ne faisait que renforcer l’aspect macabre de l’endroit.
Alexiel déglutit une nouvelle fois.


Il avait envie de rentrer, maintenant. Il avait la chair de poule – il avait froid, seulement froid, d’accord ? – et la péripétie fort désagréable qu’il venait de subir nécessitait d’être compensée par un renouveau de confort et de plaisance. Il irait au fumoir, par exemple. D’ailleurs, il y allait de ce pas et… AOUTCH !
Une exclamation étouffée s’échappa des lèvres du Duc. Comment se faisait-il qu’il n’allât pas mieux ? Il s’était simplement, légèrement, superficiellement tordu la cheville, non ? Non ?
Ignorant les bouffées de chaleur qui remontaient jusqu’à ses joues, Alexiel ôta sa cape en la jetant au sol, et posa son pied sur une grosse pierre. Prudemment, il retroussa sa chaussette de laine noire, laissant apparaitre sa cheville contusionnée.

Il déglutit pour la troisième fois à la vue de ladite cheville, bien plus amochée qu’il ne l’avait escompté. Une teinte violacée avait envahi sa peau. Grincement de dents. Merde. Merde, merde, merde !
Se redressant sans bouger sa jambe, la Mangouste regarda autour de lui à la recherche d’il ne savait trop quoi. Quelqu’un, ou même quelque chose, susceptible d’arranger cette situation qui semblait empirer de minute en minute.

Mais il n’y avait rien. Rien à part… La microscopique silhouette de Seth Elder, certes lointaine mais seule en ce paysage morbide. Il n’avait guère le choix. Décidément. Son cœur se contractait à chaque nouvelle humiliation. Il fallut un effort considérable à Alexiel pour se décider à rappeler l’enfant. Il se répétait en lui-même que tout ceci n’était que logique, mathématique. Il améliorait, restaurait une situation critique.
Et d’ailleurs, Seth ne lui rendrait pas service. Il répondrait à un ordre.

Ragaillardi par ces conclusions, le Duc héla le nom du Poussin, lui faisant signe de le rejoindre. Remontant sa chaussette de peur d’être découvert en tel état de faiblesse, il tâcha de se tenir le plus naturellement possible tandis que le petit bonhomme accourait vers lui, l’expression craintive et intriguée.

– Heum. Il se trouve que j’ai été blessé lors de ma chute. Je ne… Je ne suis pas bien en mesure de marcher. Va chercher ma canne, dans ma chambre. Sais-tu où se trouve le dortoir des Aristocrates ? Ecoute-moi attentivement. Tu dois trouver un valet et lui demander de te remettre ma canne. Ne le laisse pas venir lui-même. Ne demande ni à Hashberry le Fou, ni à Malice. Essaye Clarence. Tu as compris ?

Alexiel n’aurait pu marcher sans appui. Il avait assez de jugeote pour savoir cela. Il avait également assez d’orgueil pour refuser la simple idée de se soutenir à l’aide d’un bâton, d’une pelle, ou tout autre instrument enclin à révéler son état.

– Trouve aussi des compresses, et de l’eau. Débrouille-toi. Ne dis à personne pourquoi tu en as besoin. Pas même à Eleveira. Je t’attends.

Desserrant légèrement le col de sa chemise, car il peinait de plus en plus à inspirer, Alexiel s’assit finalement sur la pierre. Il lui était trop douloureux de demeurer debout. Sa cheville le lança au moment où il reposa son pied à terre, et il ne put retenir une expression de douleur.
Il considéra l’enfant qui lui faisait face, plongé dans un silence respectueux.

– Eh bien, qu’attends-tu ? Vas-y !


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