Nous n'avons pas peur | Poppy.



 

Partagez | .
 

 Nous n'avons pas peur | Poppy.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Valentine Holbrook

Balais & Serpillières
avatar
♣ Balais & Serpillières ♣


Rang : 6.
Totem : Hirondelle.
Messages : 10
Age : 25
Pseudo : Stonefox.

Once upon a time
Âge du personnage: 15 ans.
Date d'arrivée à Cloverfield:

MessageSujet: Nous n'avons pas peur | Poppy.   Lun 26 Aoû - 16:06


    Ce fut l'agitation du piteux dortoir dans lequel elle dormait qui la réveilla. Valentine ouvrit les yeux. Bien qu'elle fut aveugle, elle avait le réflexe de les ouvrir au matin, elle percevait d'infimes « visions » parfois, des sortes de couleurs qui entouraient certaines personnes, certains objets. Elle ne parvenait pas vraiment à l'expliquer ou à le définir, mais c'était ainsi. Aussi perçut-elle tout de suite la présence de son petit frère à côté d'elle, qui venait voir si elle dormait toujours pour la saluer. Il dégageait une chaleur d'un vert sombre et velouté qui lui évoquait un forêt profonde ou bien l'intérieur moussu d'un antique puits. Valentine lui sourit avec une grande douceur et l'étreignit. « Bonjour, Danny. Tu as bien dormi ? » Daniel lui répondit par l'affirmative, de sa voix mal assurée qui laissait penser qu'il avait fait des cauchemars. Sa sœur lui caressa doucement les cheveux et secoua la tête. « Si tu n'arrives pas à dormir, n'hésite pas à venir dans ma couchette, d'accord ? » Elle le sentit hocher la tête et elle retira sa main. Lesdites couchettes étaient très étroites et étaient superposées sur trois étages de couchage. Le sommier était en bois où il n'était pas rare de se piquer avec des échardes, simplement recouvert d'un drap élimé. Un autre drap, tout aussi rêche et décati, leur servait de couverture. Quant à l'oreiller, il était fin, plat, rude et le rembourrage épars piquait la joue et le cou. Quand ils dormaient ensemble, Valentine faisait en sorte que Danny dorme sur elle pour qu'il ait plus chaud et qu'à défaut d'être mou, son matelas – humain – soit doux. Parfois, la jeune fille se surprenait à envier les rangs supérieurs, ne serait-ce que les rangs 4 qui avaient des chambres correctes. Les rangs négligeables comme eux vivaient dans de bien tristes chambres... Valentine ne pouvait pas les voir, mais Daniel lui avait raconté que le linge de lit était jauni, fané, taché. Aux murs, la tapisserie était bien souvent abîmée voire arrachée – cela, elle avait pu le constaté en touchant les murs – en de nombreux endroits. Le plancher avait des trous – ça aussi elle l'avait constaté à ses dépends – et il y avait des dessins partout au sol et aux murs que les enfants avaient fait pour tenter d'égayer la pièce. Les nettoyeurs n'avaient jamais consigne de nettoyer les dortoirs des petits rangs, ceux relégués au fond du long couloir, mais quand Valentine avait fini son travail communautaire obligatoire, pendant les heures creuses, il n'était pas rare qu'elle monte dans les chambres pour les nettoyer, armée de son seau, de son balai et de sa brosse. Eux aussi avaient le droit à un peu de décence, non ?

    Valentine tâtonna pour attraper ses vêtements – toujours les mêmes, elle ne possédait en tout et pour tout qu'une robe, un tablier, une jupe, un chemisier, une paire de bas en laine, une paire de chaussettes, un chandail, une veste épaisse,  deux sous-vêtements et une paire de souliers – puis pour trouver le mur afin de se changer dos aux autres. Ils n'avaient guère d'intimité dans ces dortoirs mixtes et exigus et si elle ne pouvait pas les voir,  le pouvaient. Généralement, elle s'était aperçu que Danny faisait farouchement barrière de son frêle corps pour ne pas que tout le monde voit ses fesses. Elle trouvait cela mignon. Valentine enfila une culotte et demanda doucement à son frère le temps qu'il faisait. Froid et pluvieux disait-il. Bien. Normal pour un mois de Janvier, sauf qu'il aurait bien pu faire trente degrés et un grand soleil ici. Tout cela n'avait aucun sens. Valentine enfila donc ses bas de laine, sa robe et son tablier. Elle avait des manches longues et elle ne prévoyait pas de sortir, cela suffirait. Il ne faisait pas trop froid à l'intérieur, juste un peu frais. Valentine laissa Daniel brosser ses cheveux – il aimait bien le faire – et elle se dirigea avec lui vers le réfectoire. Le petit déjeuner fut bref et maigre : leurs rangs peu élevés ne leur permettaient pas de passer dans les premiers, aussi ne restait-il pas grand chose quand leur tour venait. Étant rang 6, elle partageait ses prises avait son cadet, rang 7, sous les regards désapprobateurs, voire haineux de ceux qui soutenaient mordicus le système hiérarchique. Des murmures s'échangèrent.

    La matinée, elle fut assignée à la salle d'eau et au hall d'entrée. L'après-midi, on lui confia la cuisine et les toilettes. Tout se passa plutôt bien avant qu'elle n'arrive à cette dernière pièce – où elle fut assignée seule à cause de la modeste superficie des lieux. L'odeur nauséabonde la prit au nez, violemment, et elle manqua de tomber en glissant sur quelque chose de visqueux. On avait saccagé les toilettes, pas besoin d'être voyant pour le constater. A seize heures, quand la sonnerie des hauts-parleurs annonça la fin des travaux communautaires, elle était loin d'avoir terminé – elle avait tout juste remis les lieux dans un état correct. On était jeudi, il n'y avait donc pas meeting, ce qui signifiait qu'elle avait deux heures et demi devant elle avant le dîner. Vaillamment, sans se laisser décourager, Valentine s'activa. Elle frotta, récura, gratta, lessiva... De temps en temps, un enfant entrait pour se soulager avant de repartir aussitôt. La rouquine n'y prêtait guère attention, focalisée sur son labeur. La porte grinça, elle entendit les pas de deux personnes, puis plus rien. Ni le couinement d'une des six cabines, ni le robinet des lavabos, ni une autre grincement signalant une sortie. Interloquée et pas exactement rassurée, Valentine cessa de frotter et se redressa. Elle hasarda en fronçant les sourcils : « Qui est là ? Qu'est-ce que vous voulez ? » Seuls de minces chuchotis lui répondirent, le son des chaussures arrachée et reposées délicatement sur le carrelage : on tentait de marcher discrètement. Malgré le bruit de la vie orpheline derrière la porte, plus loin dans la bâtisse, et celui, plus proche, du goutte-à-goutte de robinets qui fuyaient, Valentine l'entendait distinctement. Sa cécité faisait qu'elle avait l'ouïe fine. Vive, la jeune fille tendit la main pour essayer d’attraper la personne qui passait près d'elle mais une poigne ferme lui saisit brutalement le bras et la tira en avant d'un coup sec. Valentine poussa un hoquet de surprise en tentant de se rétablir pour ne pas tomber en avant, mais on la poussa dans le dos et elle finit à quatre pattes sur le carrelage ébréché. Une de ses mains dérapa sur le rebord du seau qui renversa l'eau grise, savonneuse et malodorante qu'elle contenait, inondant  le sol et détrempant les vêtements de la jeune fille. Les genoux et les main dans l'eau, son jupon, ses bas et ses manches déjà humides s'imbibèrent d'eau sale. Des rires mauvais résonnèrent à ses oreilles. Comme elle voulait se relever, on la tira par les chevilles ; elle s'étala sur le ventre et son menton cogna contre le sol. Valentine gémit, vautrée dans la crasse mouillée. On lui marcha sur le dos et sur les mains, elle eu mal mais elle se refusa de crier, mordant farouchement ses lèvres jusqu'à les faire blanchir. Elle reçut un coup de pied dans les côtes et elle se roula en boule pour, au moins, protéger sa tête. Les rires continuaient. Le raclement du seau, l'eau qui coule à torrent et splash ! Une belle rincée d'eau froide lui atterrit sur la tête, suivit du seau métallique qui lui fit voir quelques étoiles. Des piaillements vengeurs : « Ça t'apprendra à aider un rang 7, salope ! » Deux crachats. La porte qui claque. Des rires qui s'éloignent.

    Valentine se déplia lentement, tremblante, à genoux dans l'eau. D'une main mal assurée, elle toucha son crâne : déjà, une bosse se formait à l'endroit où le seau l'avait heurté en tombant. Ses cheveux roux et trempés pendaient tristement autour et devant son visage pâle et taché de son. Plus aucune parcelle d'elle-même n'était sèche. Elle resta un instant sans bouger, la respiration pressante, oscillant entre colère, choc et soulagement. Son menton la piquait et elle avait un goût de sang dans la bouche, elle avait du se mordre la langue, la joue ou la lèvre en tombant. Son menton devait être ouvert aussi. A peine eut-elle le temps de se remettre de ses émotions que la porte se rouvrit. Comme traversée par un courant électrique, Valentine sauta sur ses pieds et, dans une position défensive, s'écria : « Partez !! » Elle avait quelque chose de menaçant dans ses yeux d'émeraudes, à la fois étrangement vifs et sans fond, aveugles mais clairvoyants. Pourtant, elle était bien piteuse dans ses vêtements détrempés, les cheveux lourds, collés sur son front et ses joues, le menton écarlate, les lèvres ensanglantées, un bas baissé sur sa cheville, l'autre sur son genou.

    La rouquine cilla et baissa les poings. Ce n'était pas ses attaquants. C'était une personne avec une aura comme le feu qui soupire dans les braises, comme le sang séché, comme les fleurs fanées. Une aura rouge à la fois terne et éclatante. Cela dit, elle se remit en garde : nouvelle tête pouvait signifier nouveau danger. Elle gronda : « Toi aussi tu viens me prêcher l'écrasement des rangs 7 ? »

    De tout cœur, elle espérait que non.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poppy C. Songbird

Chasseur
avatar
♣ Chasseur ♣


Rang : Cinq.
Totem : Papillon de Nuit.
Messages : 106
Age : 22
Pseudo : Voodoo

Once upon a time
Âge du personnage: Quatorze ans.
Date d'arrivée à Cloverfield: 22 Décembre 10940

MessageSujet: Re: Nous n'avons pas peur | Poppy.   Ven 30 Aoû - 2:05


Elle était belle à voir là...
Avec sa dignité et ses yeux morts.


« Tu vas vraiment tuer cette bestiole... ? »

Comme s'il avait le choix... Comme si cette foutue hiérarchie lui laissait le choix de ce qu'il pouvait bien avoir envie de faire ou non. Tuer de l'élevage n'avait jamais été sa tasse de thé. Pas en leur brisant la nuque en tout cas. Mais cette tâche faisait partie de son rôle de Chasseur. Les poulets avaient du soucis à se faire. Si encore il arrivait à mettre la main sur une plume. Malgré sa vivacité, le petit sauvage peinait à attraper ces volatiles peu désireux de passer à la casserole. A l'assaut du dîner, il crapahutait au sol, tendait une main pour tout de suite voir sa proie lui échapper. En fin de compte, peut-être qu'il allait prendre plaisir à tordre le cou de ces saletés gloussantes. Ses pieds qui dérapent sur le sol terreux, un grognement suivit d'une coup de dent brusque. Il avait pu refermer la main sur un poignée de plumes, attirant l'animal en furie à lui. La poule tentant de picorer la peau blanche de son bras et c'est dans un geste sec et sans la moindre once de pitié que l'adolescent attrapa la nuque de la chose pour la briser d'un coup brusque et sans préavis. Petit silence de mort du côté des enfants plus jeunes postés près des cages. Ils étaient toujours réticents à achever ces créature aussi froidement, et l'absence totale de sentiment dans le regard rouge de Poppy avait de quoi glacer les plus petit. Il n'était pourtant pas le plus cruel ici, et de loin. Entre tuer un animal pour se nourrir et maltraiter gratuitement ses paires, il y avait un pas à faire sur l'écart de la cruauté. Ils ne comprenaient pas, pour la plupart habités par leurs pulsions de violence propres à l'enfance abandonnée. Quelque part, le coquelicot comprenait bien cette perdition. N'étaient-ils pas plus heureux ici que du temps des adultes ? Cela restait à voir. Le Sycopanthe était la plus terrifiante des mères.

Rapportant le poulet mort aux cuisines, le Papillon le laissa là, traînant sur une table sans même adresser un regard aux cuisiniers affectés à leur tache quotidienne. Il n'allait tout de même pas le plumer pour eux. En effet, il ne devait rien à personne, pas plus à la Royauté qu'aux autres orphelins. Ils étaient tous dans la même barque en route vers l'enfer après-tout. Oui... Où pourrait bien les mener cette situation ? Il n'étaient tout de même pas condamné à vivre éternellement dans cette bicoque glauque à souhait, maintenu dans un état infantile par un monstre ? Tout mais pas ça. Il ne le supporterait pas. La seule chose encore capable de le rassurer était l'espoir d'un quelconque renouveau, ou la certitude qu'ici, le mort pouvait venir les faucher. Il n'avait pas en projet de mourir de si tôt, mais si la catastrophe s’éternisait... Le jeu ne pouvait pas durer éternellement. Toutes les « bonnes » choses ont une fin. Ils l'apprendraient tous à leurs dépends. En route vers la terrasse qui s'avérait être un endroit propice au calme, il croisa sur son chemin deux autres garçons. Un peu plus jeunes certainement, quoiqu'il ne pouvait pas se fier à leur taille pour en déduire cela. Du haut de son mètre soixante cinq, il semblait plus imposant qu'un bon nombre de petits galopins malgré toute la féminité sensuelle et sauvage émanant de son être. Quelque chose le perturba, dans l'attitude de ces bambins. Non seulement ils prirent la liberté de le bousculer au passage, comme pour fuir quelque chose, mais en plus, le sourire mutin sur leurs lèvres de fouine ne rassurait pas tellement Poppy. Allons bon, encore un mauvais tour. N'avaient-ils rien d'autre de mieux à faire pendant leurs heures de travail quotidiennes ? Ce fut ensuite l'eau qui semblait provenir de sous la  porte des toilettes qui attira l'instinct affûté du coquelicot. Il y avait quelqu'un là-dedans.

Ouvrant la porte avec quelques enjambées, c'est sans surprise qu'il découvrit une nouvelle victime ans un déluge d'eau sale de papier toilette collant. Magnifique. Et elle hurlait, le bâtarde dans sa cécité ridicule. N'importe quel autre enfant malveillant aurait rit, oui. Le sauvage, pour sa part, ne cilla pas, jugeant la gamine d'un œil attentif. Elle était digne, impressionnante dans sa déchéance. Elle lui plaisait bien, cette petite furie. Peut-être parce qu'elle lui faisait résonance, comme un reflet daté dans un miroir en sépia. Un bête furieuse se débattant dans un cocon dangereux. Retirant sans hésitation le tablier qui le protégeait des éclaboussures de sang lorsqu'il devait exécuter le bétail, il s'approcha de la jeune fille sans la moindre hésitation, n'ayant que faire de ses pieds nus clapotant dans l'eau froide et viciée. Sans crainte de morsure ou de crise de nerf – il avait déjà fait subir tout cela à Elliot par le passé – il déposa le tissu sur les cheveux roux de la plus petite, constatant un décalage dans son regard. Poppy connaissait trop mal ses paires pour reconnaître en elle l'aveugle de Clover Field mais compris au vide dans ses yeux que sa vision devait être restreinte. Il frotta les cheveux trempé de l'affectée au nettoyage, presque affectueusement. D'un point de vu purement extérieur, il aurait presque passer pour une lionne faisant la toilette à son petit.

Il ne voyait pas en elle une inférieur, mais une égale, et ceux dès qu'il avait posé ses acajou sur elle. Forte dans son humiliation. Le coquelicot n'avait de respect que pour ce type de personne, principalement et malgré quelques petites exceptions. Ah oui, si elle ne le voyait pas, il devait bien annoncer sa présence, et ceux en passant outre sa réticence à ouvrir le bouche. Sa voix qu'on aurait pu imaginer rauque et agressive était en réalité douce et presque éteinte.

« Non. J'aurais peut-être dû arriver plus tôt. »


©cec
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valentine Holbrook

Balais & Serpillières
avatar
♣ Balais & Serpillières ♣


Rang : 6.
Totem : Hirondelle.
Messages : 10
Age : 25
Pseudo : Stonefox.

Once upon a time
Âge du personnage: 15 ans.
Date d'arrivée à Cloverfield:

MessageSujet: Re: Nous n'avons pas peur | Poppy.   Ven 30 Aoû - 22:58

    Elle entendit une respiration paisible et le bruit de pieds nus dans l'eau. Le fait que l'autre ne porte pas de chaussures l'intrigua et, étrangement, la détendit un peu – juste un peu. Cette absence de chaussures lui fit supposer qu'il s'agissait d'un des plus jeunes pensionnaires qui, tels des bêtes livrées à eux-même, se laissaient vivre comme des sauvageons peu au fait de la vie en société et de ses us et coutumes. En tout cas, ça écartait l'hypothèse de l'aristocratie qui, en toute circonstances, était civilisée. Sauf peut-être le Prince, mais le Prince dégageait une odeur et une aura particulière de charogne qu'elle aurait reconnue. Ce n'était pas non plus Dolores ; elle marchait pieds nus parfois, mais elle était très bruyante, contrairement à celui ou celle qui venait vers elle. Valentine le sentit tout proche et esquissa un mouvement de recul en redressant ses poings en signe de dissuasion. Quelque chose de large et léger lui tomba sur la tête et effleura sa peau. La jeune fille sursauta, parcourue d'un long frisson, les petits cheveux de sa nuque hérissés. D'une main fébrile, elle agrippa la chose et ses doigts touchèrent un tissu épais. Un tablier peut-être. Comme ceux des cuisiniers ou des chasseurs. Une main se posa sur sa tête rousse et frotta le tissu contre ses cheveux pour les sécher. Valentine battit mécaniquement des cils, surprise, et baissa son deuxième poing encore agressif. La façon que cet inconnu avait de lui frotter la tête, la pression qu'il y mettait et la nature du geste lui faisait plutôt penser à une attitude féminine. C'était une grande femme semblait-il. Mais il y en avait peu à l'orphelinat, même parmi les plus âgées, et elle douta. Valentine ouvrit la bouche pour demander à l'autre de parler mais l'inconnu le fit avant qu'elle n'ait à la faire. Sa voix était douce et éteinte, feutrée comme la caresse d'un pétale de fleur sur la joue ou sous la pulpe des doigts. Cette voix avait quelque chose de masculin et de féminin à la fois, si bien que ça ne l'avança guère. Pour le reste, elle se rappelait vaguement avoir déjà entendu cette voix parler mais... peu. Elle n'était pas en présence d'une pipelette donc. Et cet être taciturne semblait ne pas être en défaveur des rangs faibles. D'après ses dires, l'invité mystère aurait voulu intervenir avant qu'elle ne se fasse agresser.

    De plus en plus perplexe, presque estomaquée à cause du doute, Valentine tendit les mains. C'était sa seule façon de « voir » les gens alors elle avait le contact facile. Pour certaines personnes, cette tendance à vouloir tâter le visage, les main et les épaules de tout le monde était gênante et impolie, mais l'Hirondelle insistait toujours. C'était sa façon de scruter les gens, de garder en mémoire autre chose qu'une voix, une odeur ou une démarche. Le toucher était très important pour elle. Les mains tendues, elle les avança précautionneusement jusqu'à effleurer la peau de son vis-à-vis. Valentine esquissa un mouvement de recul au cas où l'autre se montrerait agressif, mais comme il ne fit rien, elle posa délicatement ses mains sur les joues de l'inconnu. Attentive, elle les laissa glisser sur son visage, sans brusquerie, sans même appuyer. De temps en temps, elle hasardait un doigt ou deux avec un peu plus de pression pour le palper. Vu son ossature et la forme du visage, Valentine pencha finalement pour un jeune homme efféminé d'environ son âge. La rouquine glissa ses doigts dans les cheveux emmêlés de l'adolescent en prenant garde de ne pas les tirer. Il avait de longs cheveux pas très bien entretenus. Il y avait des brindilles dedans. Il travaillait donc en extérieur. En recoupant tout ce qu'elle avait pu deviner, Valentine pencha pour un chasseur. L'Hirondelle descendit sur les épaules de l'inconnu – c'était bien des épaules d'homme, quoique menues. Puis elle suivit la ligne des bras pour attraper ses mains et les serrer dans les siennes. Du pouce, elle frottait doucement sa paume, appuyant doucement, crispant des autres doigts au dos de sa main. Valentine remonta attraper ses poignets avant de revenir sur ses mains. C'était des mains masculines, fines et rugueuses. Il avait de la corne sur certains de ses doigts, témoin de la pratique du tir à l'arc. Ce chasseur était donc un archer. La rouquine le lâcha et demanda : « Qui es-tu ? » Machinalement, elle reprit le relais et frotta ses cheveux avec le tablier pour les débarrasser de la majorité de leur humidité. Quand le tissu fut bien imbibé, elle le tendit à l'inconnu en lui confiant sa reconnaissance : « Merci. Tu as l'air d'être quelqu'un d'intègre. J'aurais pu tomber plus mal. »

    Vu le nombre de dingues qu'il y avait aussi, ça aurait même pu être largement pire. Son sauveur l'intriguait. La tête un peu penchée sur le côté, pensive, elle observait sans vraiment la voir cette aura rougeoyante qu'il dégageait. C'était chaleureux et ça avait aussi une certaine âpreté. Mais le mélange était étrangement plaisant, agréable. Valentine esquissa un gentil sourire et redressa la tête en tendant la main : « Je m'appelle Valentine. Je suis enchantée de te rencontrer. » A présent qu'elle était sûre de ne plus être en danger – avec peut-être trop de naïveté, trop de hâte – l'Hirondelle avait quelque chose de doux sans pour autant se départir de cette énergie flamboyante qui émanait d'elle, cette vivacité extravertie qui pétillait dans ses yeux paradoxalement vides. La poignée de main échangée, Valentine se pencha pour remonter ses bas de laine qui avaient glissés sur ses jambes. Elle les remonta sur ses cuisses humides et le tissu mouillé de sa robe se releva avec une bruit mouillé qui la fit légèrement grimacer. Vu la température ambiante, elle allait attraper froid si jamais elle ne se changeait pas vite. A côté de ça, les toilettes étaient sans doute dans un état lamentable. Ses souliers barbotaient dans l'eau sale. Elle pouvait recevoir un blâme si jamais elle ne la remettait pas dans un état correct. Puis elle réalisa qu'elle n'avait pas été pointer auprès de son responsable à la fin de ses heures de travail communautaire obligatoire. Il allait peut-être penser qu'elle avait séché – même si ça ne lui ressemblait pas du tout – et lui coller un blâme. Elle y perdrait peut-être son rang 6 et donc son accès plus privilégié sur la nourriture qu'elle distribuait ensuite à son frère. Valentine soupira. Tant pis, elle s'arrangerait plus tard. En attendant, elle devait avouer qu'elle était surtout très curieuse de mieux connaître son mystérieux bon Samaritain...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poppy C. Songbird

Chasseur
avatar
♣ Chasseur ♣


Rang : Cinq.
Totem : Papillon de Nuit.
Messages : 106
Age : 22
Pseudo : Voodoo

Once upon a time
Âge du personnage: Quatorze ans.
Date d'arrivée à Cloverfield: 22 Décembre 10940

MessageSujet: Re: Nous n'avons pas peur | Poppy.   Mar 3 Sep - 0:56


Elle était belle à voir là...
Avec sa dignité et ses yeux morts.


Elle ne le dérangeait pas. Pour n'importe qui d'autre, cela aurait été le cas, mais pas avec elle. A force d'observation et lorsqu'elle avait commencé à « observer » son visage, Poppy compris rapidement sa cécité. C'était triste à voir là. Comment avait-elle survécu jusqu'ici ? Avec ces enfants cruels et toutes ces taches à accomplir jour après jour... ? Dans un sens, le coquelicot l'enviait. Elle au moins, n'avait pas à supporter visuellement les horreurs qui se déroulaient ici en silence... Les trahisons et les relents de tripes ouvertes s'envolaient au-delà des murs, faisaient écho à la forêt. Pauvres arbres pourris par tant d'engeance... Cette dictature d'enfants souillaient son havre de paix, certes bien involontairement. Mais à présent, ses sorties étaient limitées. Jamais trop tard pour ne pas être dévoré par les Remords, jamais trop loin pour ne pas rencontrer la Fièvre par inadvertance. Le pire ? Revenir sans cesse à son point de départ. Lui qui ressentait un besoin dévorant de liberté sans borne se retrouvait limité, incapable de parcourir ces bois qu'il chérissaient tant jusqu'à l'épuisement. Cette petite là lui rappelait sa nature chérie. Forte dans sa destruction, toujours prête à reprendre le dessus. Pauvre fille... Ici, elle courait droit à la catastrophe. Tout comme lui, tout comme eux... Eux, les insoumis, ceux qui au fond refusent de courber l'échine devant les caprices d'un enfant dérangé. Tu nous a fait brebis mais des loups se cachent encore Lucifel. Un jour tu tombera, comme nous. Un jour, ta couronne ne sera plus que cendre. Il voulait encore y croire, malgré le temps qui n'avançait plus, malgré les rires sur son passage et sa frustration se faisant grandissante. Peut-être que cette rouquine le suivrait dans sa quête de liberté. Peut-être...

Mais n'allons pas trop vite. Leur rencontre n'était encore qu'une petit bourgeon naissant à la fin de l'hiver. Le coquelicot n'avait jamais pris le temps de s'attarder réellement sur qui que ce soit depuis Elly, de peur d'être blessé, de peur que l'on lui arrache à nouveau un être aimé. Je t'aime, avait voulu dire son compagnon avant de trouver la mort dans l'horreur de la guerre. Il aurait aimé lui répondre, dans d'autres conditions, dans un futur plus clément. Dans cette dimension parallèle avec la réalité, les affres des conflits ne les atteignaient plus et pourtant... Ils avaient mis en marche leurs propres petites guéguerres intestines. A croire que l'être humain avait été conçu dans ce seul et unique but. Cette pensée lui semblait trop pessimiste pour être acceptable et il préféra la rayer de son esprit. Pas pessimiste, plutôt réaliste. C'était d'autant plus terrifiant. Ah oui, Valentine. Le nom qu'elle venait de prononcer. Le Papillon jugea qu'il lui convenait parfaitement et se redressa un peu après s'être assuré qu'elle n'avait plus besoin de le toucher. Bavarde, un peu. Ce n'était pas son cas mais il pouvait bien faire un effort. Pas tout de suite. Un habituel froncement de sourcils barra son front lorsqu'il la vit remonter ses bas imbibés d'eau. N'importe qui lui aurait peut-être proposé de l'accompagner se changer, quelque chose en somme toute assez logique... Mais pas pour Poppy qui la souleva par les aisselles sans préavis, comme une lionne qui aurait transporté son petit. Baissant le couvercle d'un des cabinet pour l'asseoir dessus, il pataugea sans la moindre gêne dans l'eau et s’accroupit au niveau de ses genoux pour retirer ses bas. Elle risquait plutôt d'attraper froid en gardant des vêtements humides qu'en marchant pieds nus.

Son premier réflexe fut de frotter un instant ses jambe à l'aide de son tablier, puis de se redresser. Sans la moindre once de pudeur, notion qui lui semblait bien nébuleuse et encore plus en compagnie d'une petite aveugle, il s'agita, levant ses bras pour retirer sa robe et la tendre à Valentine, déclarant d'une voix neutre et presque risible à en juger par la situation.

« Tiens, déshabille toi, je me retourne. Tu va tomber malade si tu garde une robe mouillée. »

Son vêtement risquait évidement d'être légèrement trop large, quoique pas tant que ça si on en jugeait par son anatomie fine et osseuse. Croisant les bras pour dissimuler une poitrine imaginaire, il se tourna pour laisser sa cadette enfiler la tenue, toujours silencieux. Ne pas regarder le miroir fracturer de multiple fissures, d'éclats manquant comme les regard d'une mouche éclaté en un millier de petits reflets honteux. L'une de ses mains se fit plus insistante, là, au niveau de ses hanches noueuses et il soupira de dédain. Il y avait quelque chose de pitoyable dans cette image miroir, quelque chose qu'il ne pouvait décidément pas assumer. Elly aurait pu lui, assumer pour deux. Mais maintenant, cette idée n'était plus qu'un vague souvenir réduit en charpie avec le reste du corps de son cher ami.

« Moi c'est Poppy, au fait. »

Une information bien dérisoire mais que Valentine avait désirée connaître. Il était certainement un parfait étranger pour elle. Ici, on le connaissait principalement de visu, pour son apparence androgyne et perturbante. Il pour certains, Elle pour d'autres, mais jamais de mots. Il ne brillait pas par son éloquence, c'était certain ! La petite était également pour lui une première. Une première qui vous pousse à un acte de bonté en vous laissant lui donner une robe et resté dans l'apparat ridicule d'un short bouffant. En fin de compte, vu comme cela, il était encore resté un enfant... Il finit donc par se retourner vers elle, se penchant pour soulever ses souliers et leur éviter ainsi le détrempage complet. Son tablier était fichu, mais quelle importance. Le coquelicot, malgré l'égoïsme que l'on lui connaissait n'était pas tellement du genre à laisser les plus jeune se faire maltraiter sans agir. Il lui offrit ses bras après avoir couvert un minimum son corps du tablier humide posé sur ses épaules.

« Viens. On te punira si tu met de l'eau au sol avec tes pieds, et tes souliers ne sont pas secs. »

Agacer gentiment l’Aristocratie en leur refusant l'occasion d'une colère ? Oui, c'était tout à fait jouissif. On s'occupe comme on peut...


©cec
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Valentine Holbrook

Balais & Serpillières
avatar
♣ Balais & Serpillières ♣


Rang : 6.
Totem : Hirondelle.
Messages : 10
Age : 25
Pseudo : Stonefox.

Once upon a time
Âge du personnage: 15 ans.
Date d'arrivée à Cloverfield:

MessageSujet: Re: Nous n'avons pas peur | Poppy.   Mer 25 Sep - 16:50

Elle attendait que son interlocuteur se présente quand on la souleva soudainement pour la faire s'asseoir – sans doute une le couvercle d'un cabinet. Elle battit des cils, surprise. Se faire manipuler de la sorte était assez nouveau pour elle. Même quand elle était enfant, Valentine n'avait pas trop le souvenir d'avoir été tellement portée et trimbalée par ses parents ou sa grand-mère. Les mains du garçon se posèrent sur ses jambes et entreprirent de lui baisser ses bas. Le cœur battant, affolée à l'idée d'être finalement abusée, Valentine eu un mouvement de recul mais le jeune homme l'en empêcha en attrapant ses jambes dans l'étoffe épaisse de son tablier. Il les lui frictionnait avec attention. Ainsi, il la séchait... C'était... gentil ? Quand ses jambes furent sèches, l'orphelin se redressa. Elle pu entendre le froufroutement du tissu et elle songea que son vis-à-vis se déshabillait, ce qui lui semblait quand même assez peu probable. A moins que ses agissements ne soient finalement que peu vertueux. La caresse d'une étoffe frôla sa joue et Valentine tendit les mains pour attraper le vêtement que le chasseur lui tendait. Elle le fit jouer entre ses doigts, curieuse, pour en apprécier la forme et la texture. Quand elle devina de quoi il s'agissait, elle s'exclama, sans la moindre once de moquerie ou de dégoût, seulement la surprise la plus ingénue : « Mais c'est une robe ! » Non pas que ça la dérangeait de porter des robes – elle en portait présentement une – mais qu'un garçon en mette, ça brouillait tous ses repères. L'Hirondelle était une campagnarde, elle avait vécu toute sa vie dans la la ferme familiale, alors elle ignorait tout du travestissement. Spontanément, elle n'y pensait guère. Oh, parfois elle enviait le côté pratique des pantalons, mais mettre un robe quand on était un garçon, elle n'en comprenait pas l'utilité. La fluidité des mouvements peut-être ? En tout cas, elle n'avait jamais entendu parler d'un tel usage.

Le garçon – la fille ? Elle ne savait plus au final – lui intima de se déshabiller, arguant que sa robe mouillée lui ferait attraper mal. Il avait raison mais... Et lui ? Il allait se promener tout nu ? Peut-être qu'il avait des vêtements de rechange... Elle fit mine de protester mais le chasseur avait l'air d'y tenir alors elle céda. Valentine entendit le garçon se retourner ; dans son dortoir, filles et garçons étaient mélangés alors elle avait fini par se faire à l'idée de se changer devant le sexe opposé, ce qui était assez embarrassant lorsqu'on était adolescente. Cependant, il y avait toujours Daniel qui, en gentilhomme, faisait toujours barrière de son corps pour sauvegarder sa pudeur. Mignon. Valentine retira avec difficulté la robe mouillée dont le tissu épais alourdi par l'eau lui collait à la peau. Avant d'enfiler la robe que le garçon lui avait donnée, la balayeuse essora ses longs cheveux roux pour ne pas détremper sa nouvelle tenue. Elle était légèrement trop grande mais agréablement tiède et sèche. L'inconnu se présenta enfin : Poppy.  Un joli nom. Un nom de fille. Valentine ne savait plus trop quoi penser, plus troublée qu'auparavant. Puis quelque chose la fit tiquer quand il lui proposa de la porter. Il semblait parler à une enfant, or la rouquine avait quinze, presque seize le mois prochain. Sans répondre à l'invitation, assise sur le couvercle des toilettes, Valentine hasarda : « Dis-moi, Poppy... Tu me donnes quel âge au juste ? » C'est sûr, elle n'avait pas la poitrine la plus développée de la terre – elle était même carrément plate – et elle avait un visage assez infantile, mais quand même... ? Elle n'était pas si petite que ça.  L'Hirondelle poursuivit, un peu gênée : « Non parce que... J'ai quinze ans. Bientôt seize en Février. »

Est-ce que ça allait le braquer totalement ou pas ? Elle espérait que non. Était-ce grave ? Peut-être que Poppy était venu à son secours parce qu'il pensait qu'elle était petite et que, connaissant son âge, il allait la laisser dans son coin. Valentine estimait sans penser se tromper que le jeune homme – jeune femme ? – était légèrement plus jeune qu'elle. Toujours aussi tiraillée par ses questions, Valentine ouvrit la bouche, la referma. S'il décidait de partir parce qu'elle l'avait induit en erreur, elle aimerait autant pouvoir être éclairée en espérant qu'il veuille bien répondre. Et puis il allait peut-être se vexé ? Bon. Elle verrait bien. Aussi se lança-t-elle, tâchant d'y aller avec des pincettes : « Et, hm, pardon, ça peut paraître délicat ou insultant comme question, mais... Tu es une fille ou un garçon ? Parce que tu as un prénom et des vêtements de fille mais en te touchant, j'ai cru reconnaître une physionomie masculine alors... » L'Hirondelle se sentit un peu stupide d'avoir demandé. Poppy était peut-être une jeune fille masculine complexée par son apparence. Peut-être se trouvait-elle laide car trop anguleuse et elle, avec son ingénuité bavarde, elle venait lui poser les questions qui fâchent. Valentine se sentit bête, oui.

Elle n'avait jamais eu la langue dans sa poche, elle avait un peu trop tendance à dire ce qui lui passait par la tête. Incapable d'hypocrisie, Valentine était un modèle d'honnêteté et de spontanéité, parfois même trop. Seul le danger l'avertissait quelque peu du moment où fermer sa bouche, comme en présence de l'Aristocratie. En tout cas, alors qu'elle ne le connaissait pas, Valentine espéra naïvement que le chasseur ne la détesterait pas.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Poppy C. Songbird

Chasseur
avatar
♣ Chasseur ♣


Rang : Cinq.
Totem : Papillon de Nuit.
Messages : 106
Age : 22
Pseudo : Voodoo

Once upon a time
Âge du personnage: Quatorze ans.
Date d'arrivée à Cloverfield: 22 Décembre 10940

MessageSujet: Re: Nous n'avons pas peur | Poppy.   Dim 29 Sep - 23:23


Elle était belle à voir là...
Avec sa dignité et ses yeux morts.


Il n'avait fait qu'apporter son aide. Très probablement que cette rencontre fortuite n'irait pas plus loin, s'arrêterait là sans aucune suite. C'était peut-être préférable dans un sens. Poppy n'avait jamais été à l'aise avec autrui, élevé dans une solitude quasi-constante. Les autres n'était que des chaînes à ses chevilles, des poids à traîner dans le pire des cas. Il n'espérait pas que Valentine – puisque tel était le nom qu'elle lui avait accordé – soit différente des autres. Pas ici. Pas dans cette bicoque glauque devenu prison de substitution. Il tiqua à son exclamation et leva un sourcil. Une robe... Oui, et... ? Où était le problème ? Certes, ses vêtements salis par la forêt et abîmés par le temps n'étaient pas tellement ce qu'il y avait de plus portable dans cet orphelinat, mais c'était bien mieux que de rester trempée comme une serpillière. La même qu'elle utilisait pour laver le sol quelques minutes avant d'être interrompue par ces deux petits plaisantins. Dans l'esprit du jeune homme, la situation était parfaitement normal et d'une logique absolue. Bien évidemment, il était incapable de comprendre la  provenance de cette indignation soudaine. Dans son esprit, aucune place pour le choque de voir un garçon vêtue d'une robe. Puis... Il n'était pas le plus masculin des hommes, bien loin de là. Si la petite aveugle discernait son véritable sexe en se fiant aux lignes de son ossature, en effleurant ses traits, elle ne pouvait pas voir ses longs cils bruns, son anatomie fine et ses lèvres pleine, rouge. Comme la couleur de son regard, comme la couleur d'un coquelicot. Comme la couleur des entrailles retrouvée dans la cendre. Les viscères du corps de Elliot.

La question l'interloqua, fit battre ses paupières comme les ailes d'un papillon de nuit. Se tournant vers la jeune demoiselle vêtue à présent de sa propre frusque, il inclina la tête, trouvant l'interrogation de la rouquine fort peu utile à en juger par la situation. Selon le sauvage, l'âge n'était qu'un simple nombre. Des chiffres alignés l'un derrière l'autre mais n'ayant aucune valeur autre qu'informative. Seul comptait l'instinct de survie, la capacité à rester en vie en milieu hostile, à faire preuve de débrouillardise. Qu'ils soient ses aînés ou pas, Poppy considérait les victimes comme des faibles, ou au mieux comme des oiseaux tombés du nid qu'il se devait de prendre en charge. Qu'importe le fait que cette enfant soit plus âgé que lui et plus proche de l'âge adulte. Ici, ils étaient tous logé à la même enseigne, il devaient s'en sortir seuls. Ni plus, ni moins. Certains s'en tiraient avec brio, mieux que d'autres. Mais dans le font, qu'importe leur âge, ils étaient tous égaux face aux dangers, aux Remords. Aussi, il haussa doucement l'épaule, enserrant d'avantage son corps fin dans le tablier humide jeté sur sa pudeur presque nulle, il fallait bien le dire.

« Tu ne les aura pas. Plus maintenant. Pas plus que je n'aurais quinze ans un jour. »

Il avait cessé d'y croire, jugea plus approprié de ne pas s’offrir de faux espoirs et enterrant ses espérances chaque jour un peu plus profondément. Ainsi, il avait revu ses exigence à la baisse. Devenir adulte, souhaiter renouer la relation fusionnelle qu'il avait pu entretenir auparavant, voyager... Il avait laissé ses vœux crever et se sentait à présent déjà comblé s'il avait mangé à sa faim ou chassé toute la sainte journée. Valentine ne désirait tout de même pas... Vieillir ? N'avait donc t-elle pas encore intégré que, ici, le temps n'était plus qu'un mot effacé des encyclopédie, pesant tranquillement sur les aiguille arrêtés de la maison... ? Sa cécité ne devait pas être étrangère à cela et les autres enfants n'avaient probablement pas pris la peine de l'informer à ce sujet. Il n'insisterait pas non plus sur ce point. Le coquelicot n'avait aucunement l'envie d'être le responsable d'une crise existentielle chez la pauvre aveugle. Non... Il n'avait pas non plus l'envie de la limiter à cet état peu enviable. Elle valait certainement mieux que cela. Certainement...

Les bras croisé sur son torse où trônait fièrement une poitrine inexistante, il gardait l'épaule appuyé sur l'encadrement de la porte, les sourcils froncés comme à son habitude. On ne lui connaissait de toute façon que peu d'autre expressions. Il espérait bien que la jeune rouquine presserait le pas  et aurait l'idée d'aller rapidement enfiler quelques vêtements à elle. Il n'avait certes que peu de pudeur mais n'aurait pas tellement apprécié croiser un mâle plus âgé ou un membre de l'Aristocratie dans cette tenue. Par gêne pour la première option, par rage de moqueries pour la seconde. Encore des mots, une question... Décidément, elle était bavarde. Normal pour une fille, songea l'adolescent. Celle-ci avait encore le mérite d'être moins piaillarde que les autres. Mais la nature de sa question... Naissance de colère, puis surtout d'une honte phénoménale. Tout était si compliqué... Presque en détourant le regard en espérant que la demoiselle ne capte pas son mouvement, il répéta d'une voix qu'il aurait espéré moins douce.

« Je ne suis pas une fille. »

Il n'avait pas prétendu être un garçon, non. Juste... Ne pas être une fille. Il n'avait fait que répéter les mots d'Elliot, une fois encore, jouant de ses souvenirs. « Tu n'est pas une fille Poppy » disait-il dans un rire bref sans le lâcher du regard. S'il n'était pas femme, s'il n'était pas homme, alors que devait-il être ? Animal ? Même les bêtes avaient un sexe définis pour la plupart. Alors il n'était ni fauve ni humain, ignorant jusqu'à sa nature et espérant éclaircir cela en grandissant. Mais, une fois encore, comme il l'avait si bien fait comprendre à la pauvre aveugle quelques instants plus tôt, grandir n'était rien de plus qu'une concept.  bras après avoir couvert un minimum son corps du tablier humide posé sur ses épaules.




©cec
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé


♣ ♣



MessageSujet: Re: Nous n'avons pas peur | Poppy.   

Revenir en haut Aller en bas
 

Nous n'avons pas peur | Poppy.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» [ ULTRASON ] - Beats et morceaux que nous avons produits
» Le topic Free Mobile : nous avons tout compris
» [scan chili] Tù n°01/2011 Nous n'oublierons jamais le Chili
» Poppy Z. Brite
» Chantons en choeur !

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Unlucky Cloverfield :: • Et montez, toujours plus haut, vers la noirceur. :: Les toilettes.-