I’m waking up to ash and dust ▬ Andreas.



 

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Alix V. McAndrew

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MessageSujet: I’m waking up to ash and dust ▬ Andreas.   Dim 16 Déc - 17:16

I’m waking up to ash and dust.



    Il faisait froid, aujourd’hui, mais cela ne la gênait pas. Au contraire. La fraîcheur hivernale ne dérangeait pas le moins du monde Alix, non. L’Ecosse, son pays, n’était pas vraiment connu pour ses hautes températures, et son soleil rayonnant, il fallait l’avouer. Le froid, la jeune enfant connaissait. A vrai dire, elle s’y était presque habituée, si bien que son petit cœur avait bel et bien fini par geler. Mais après tout, que pouvait on y faire ? Elle avait beau y penser, elle ne voyait rien qui pouvait réchauffer son palpitant, sinon peut être un peu de chaleur humaine. A cette pensée, elle laissa échappa un petit rictus cinglant. La voilà en train de penser à quelques mièvreries, elle divaguait, c’était certain. Accoudée contre le rebord de la fenêtre, Alix regardait la nuit tomber.
    Elle ne pût s’empêcher de repenser à ce pauvre Andreas. De coutume, elle aurait plutôt admis qu’il l’avait mérité, mais ce soir non. L’enfant se surprit à se demander, pire ! a espérer que le jeune homme s’en sorte. Après tout, la sanction n’était elle pas un peu dure ? Un soupire s’enfuit de ses lèvres, venant ainsi recouvrir d’une buée opaque la vitre un peu sale. Non. Elle en avait longuement parlé avec Lucifel, et d’un accord commun, ils avaient décidé de cette punition. Et de toutes manières, Alix savait l’ancien fossoyeur plein de ressources ; il ne mourrait pas. Sinon, ce n’allait pas changer le cours de sa petite vie, et elle dormirait probablement comme un bébé le soir même. Non, elle ne serait pas responsable, s’il lui arrivait quoi que ce soit. McAndrew secoua vivement la tête, comme pour chasser ses pensées de son esprit, et se laissa tomber sur son petit lit.

    Elle était fatiguée, épuisée de tous ces enfantillages, de toutes ces tumultes. Mais au fond, il fallait arrêter de mentir, arrêter de se mentir. Il y avait quelque chose qui grandissait, peu à peu, dans sa poitrine ; quelque chose de douloureux, d’oppressant, d’asphyxiant : la peur. Oui, celle que l’on craignait, avait aujourd’hui peur. C’était comme si, tout au fond d’elle, de petits murmures lui soufflaient « bientôt, ça sera toi ». Et si c’était vrai ? Si demain, le Sycophante s’en prenait à elle ? Que ferait elle ? Rien. Strictement rien. Car le monstre ne s’en prendrait pas à elle, jamais. Elle n’avait rien à se reprocher. Elle voulait le crier, hurler, pour que ces murmures dans sa poitrine cessent. Elle n’avait rien fait. Mais la peur était toujours là.


    « Il est là ! Il a survécu ! » Ces cris avaient tiré Alix de son sommeil. Chassant le brouillard de son esprit, la jeune fille se hâta d’enfiler une tenue descente, de se peigner –elle tenait tout de même à rester jolie- et rejoignit le mouvement de foule vers la porte principale. Des cris s’élevaient dans tout l’orphelinat, manifestant un mélange paradoxal de joie et parfois de colère. La joie de retrouver l’un des leurs, la rage de ceux qui haïssaient l’ancien fossoyeur. Alix ne savait pas où se situer, mais qu’importait. La porte s’ouvrit soudainement, et deux silhouettes apparurent : celle de Lucifel, assis sur les marches, et celle d’Andreas. La jeune fille eût soudain un haut le cœur ; une odeur horrible se dégageait du nouveau Comte, un mélange de sang coagulé, et transpiration, de boue… L’Ecossaise retint sa respiration, de peur de vomir. Elle écouta alors le discours de Lucifel. Comme d’habitude, un silence religieux régnait lorsqu’il parlait. Et lui aussi était là. Le Sycophante se tenait juste à un mètre d’Alix. Un frisson lui remonta le long de l’échine, alors qu’elle se surpris à repenser à ses divagations de la veille. Elle devait se ressaisir, et rapidement. « Hmm... Je te donne... mettons... une heure pour te remettre sur pied. Après tu reprends le travail. On n'a pas de place pour les faibles, ici. » Lucifel retourna sur ses pas, suivit par le reste de l’Aristocratie, et les orphelins. Tous lui emboîtaient le pas, comme de bons petits moutons. Tous sauf elle. Alors que tout le monde avait quitté les lieux, Alix restait perchée sur le perron, à dévisager Andreas pendant une poignée de seconde. Il était dans un sale état. Peut être aurait il fallut lui dire qu’elle était, non pas contente, mais du moins satisfaite de sa présence. Peut être aurait il fallut qu’elle le réconforte un peu, qu’elle le rassure. Peut être qu’elle aurait du. Mais non.

      « Tu as entendu, j’espère ? Ne traîne pas. Tu as une heure pour te décrasser, te rendre présentable, et pour me rejoindre à la bibliothèque. J’ai à te parler. Compris ? »


    Elle le jaugea du regard une dernière fois, avant de retourner sur ses pas. Ses talons claquaient singulièrement sur le sol, et résonnaient en échos. Elle le savait, elle avait été trop sèche. Elle aurait peut être du se montrer plus souriante, plus agréable, plus chaleureuse. Plus gentille, en somme. Au fond, elle ne s’était jamais vraiment conduite de manière gentille, ici. Sûrement parce qu’elle ne le savait pas. Peu importait au final.
    Rapidement, ses pas l’avaient conduit droit à la bibliothèque. Alix appréciait cet endroit, souvent calme et vide. Il fallait dire que les orphelins avaient peu de temps à consacrer à la lecture et à la documentation. Pourtant, la jeune écossaise passait la majorité de son temps ici, à lire et relire contes et autres ouvrages. Et elle n’était pas sans avoir quelques préférés. Avec le temps, Alix les connaissait presque par cœur, et aurait pu les réciter de mémoire à n’importe qui, si elle l’avait voulu. Mais évidement, ce n’était absolument pas son genre. La seule personne à qui elle avait fait la lecture était autrefois son frère. Du temps où leur famille était encore là, du temps où la notion même de lien existait, elle lui racontait ce qu’elle avait lu dans la journée. Et son frère l’écoutait, comme on écoute la pluie tombée un soir d’orage. Cette époque était révolue. Tout comme ce qu’elle pouvait ressentir pour son frère.
    Instinctivement, la brunette s’était dirigée vers le rayon de conte. Sur la point des pieds, elle effleura du bout des doigts la reliure en cuire d’un livre, ancien et massif, avant de s’en saisir. Elle ne savait même plus si le terme « habitude » était adapté pour elle ; c’était systématique, il fallait toujours qu’elle se plonge dans ce vieil ouvrage, à chaque fois qu’elle venait ici. Ces pages jaunies, cette odeur du passé, cette sensation rugueuse sur la peau, il y avait quelque chose d’addictif en lui. Elle le posa sur la table la plus proche, et un bruit sourd résonna dans l’immense pièce. Elle avait une heure devant elle, elle pouvait bien se permettre cela. Elle ouvrit une page au hasard, et débuta la lecture du conte. « Le petit chaperon rouge ». Ce n’était pas son préféré, mais elle l’aimait bien. Elle aurait voulu, surtout, une fin tout autre. Elle regrettait presque que le Loup se fasse tuer à la fin, quel dommage ! Mais pour le moment, il lui fallait laisser ses pensées et ses avis de coté, pour se plonger totalement dans l’histoire.

    La porte claqua. Ce fracas tira la Princesse de sa lecture, et elle leva le nez vers la grosse horloge de la bibliothèque. Voilà plus d’une heure qu’elle était là, plongée corps et âme dans son ouvrage, et Andreas se pointait, enfin, devant elle. Alix le jugea des yeux, et referma son livre. Le jeune homme avait encore quelques égratignures visibles, mais il semblait propre –tout du moins, il ne sentait plus si mauvais- et paraissait même avoir soigné sa tenue. Un sourire mielleux se dessina sur son visage.

      « Tu es en retard. Avais tu peur de moi, pour arriver seulement maintenant ? »


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Andreas A. Sheppard

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MessageSujet: Re: I’m waking up to ash and dust ▬ Andreas.   Dim 16 Déc - 20:35


Andreas ne se départit pas un seul instant de son sourire. Il restait le plus digne possible, refusant de se laisser aller à la fatigue et à la douleur devant l’Aristocratie, et plus particulièrement devant Lucifel. Il ne broncha pas plus lorsque celui-ci, accompagné de sa cour, claqua derrière lui la grande porte de l’orphelinat, comme une nouvelle provocation à l’encontre du Comte. Le jeune homme regarda le Sycophante, la dame à la grande robe noire semblant le dévisager un instant de ses multiples yeux ornant sa gorge et ses poignets. Savait-elle ce qui se tramait dans l’esprit de l’ancien fossoyeur ? La réponse lui apparu comme une évidence : bien sûr qu’elle savait. Elle savait tout, alors pourquoi pas ses désirs de vengeance ? Il s’inclina légèrement devant elle, et se redressa lorsqu’elle disparut. Il allait s’accorder le plaisir de laisser échapper un soupir lorsqu’il réalisa que quelqu’un était toujours là, debout au sommet des marches de bois. Andreas sourit un peu plus et baissa un peu la tête en guise de salut.

« Princesse », dit-il de sa voix si agréable.

La jeune fille le regarda quelques secondes sans rien dire, puis finalement lâcha :

« Tu as entendu, j’espère ? Ne traîne pas. Tu as une heure pour te décrasser, te rendre présentable, et pour me rejoindre à la bibliothèque. J’ai à te parler. Compris ? »

Andreas hocha la tête.

« Tout à fait. Rendez-vous dans une heure, dans ce cas. »

Il la regarda tourner les talons et s’éloigner dans les couloirs de l’établissement. Elle non plus n’échapperait pas à ses envies. Un jour, sans doute celui auquel elle ne s’attendrait pas, il briserait son cou gracile et blanc entre ses mains délicates, il la ferait choir de son piédestal et lui ferait connaître la crasse et la déchéance. Le sourire de l’adolescent se fit plus malsain.

« Oui », pensa-t-il, « elle tombera aussi. Mais chaque chose en son temps. »

Une légère brise matinale courut sur son torse nu, rappelant ses multiples blessures à son bon souvenir. Cette fois, il se permit de soupirer. Il se sentait assez las, il avait mal et il aurait tué pour se reposer un peu. Mais il ne pouvait pas se le permettre sans passer pour un faible, et ça, il en était hors de question.
Il monta les quelques marches qui le séparaient de l’entrée et, poussant les grandes portes de bois, pénétra dans le hall de Cloverfield. Les orphelins le dévisagèrent, certains impressionnés, d’autres effrayés par son allure peu avenante, d’autres encore clairement énervés qu’il ait survécu à cette nuit à l’extérieur, à la merci des Remords. Pourtant, ceux qui allaient élever la voix se turent en voyant, coincé derrière son oreille, l’un des arums du Mirage. L’incompréhension et la surprise se lurent sur les visages. Comment était-il entré en possession de cette fleur ? S’était-il également battu contre la fille aînée du Sycophante ? Ou bien, chose improbable, l’avait-elle aidé ? Personne ne se hasarda à lui poser la question. On se contentait de s’écarter de son chemin alors qu’il avançait vers l’infirmerie, tenant en écharpe son bras au bout de laquelle se trouvait sa main blessée, toujours enroulée dans son haut boueux et tâché de sang. Il gardait l’autre appuyée sur sa cuisse, là où l’un des Remords avait planté ses dents. Il faisait de son mieux pour ne pas boiter tandis qu’il se dirigeait vers l’infirmerie.
Il avait mal. Mais il ne s’abaisserait pas à le montrer. Il ne fallait pas qu’il le montre.


Le Comte s’aida des rebords de la grande baignoire en céramique dans la salle de bain pour se glisser dans l’eau chaude. Une grimace déforma ses traits un instant, puis il se détendit. Les infirmières avaient nettoyé ses plaies, ôtant des chairs meurtries la moindre saleté ou petit gravillon, et avaient recousu comme elles avaient pu. Lorsqu’elles en avaient terminé, il était monté à l’étage, avait laissé tomber ses vêtements à l’entrée de la pièce et avait mis à profit une orpheline d’un rang inférieur pour qu’elle lui fasse couler un bain et aille lui chercher des habits propres.
Il soupira à nouveau, pas mécontent de se sentir un peu moins sale. Il s’immergea totalement dans l’eau et prit le temps de se laver correctement. Depuis qu’il faisait partie de la Rafined Class, il avait redécouvert avec délice le plaisir de prendre un bain. Bien avant qu’il n’arrive à l’orphelinat, il avait très vite appris à être propre et à prendre soin de lui pour plaire davantage à d’éventuels clients. Qui s’approcherait d’un mignon garçon comme lui s’il puait autant qu’un rat mort depuis des jours ? L’habitude de se décrasser en profondeur chaque soir lui venait de là. Les strictes règles d’hygiène pour éviter maladies et contaminations diverses lui venaient de son enfance en tant qu’objet de désir. L’un des seuls avantages qu’il avait pu tirer de la situation : au moins avait-il appris à être propre.
Plongeant la tête sous la surface, il se lava les cheveux, piochant dans les réserves de savon pour les nettoyer correctement, puis se redressa et les essora, grimaçant un peu lorsqu’il du lever les épaules, les longues plaies grossièrement refermées dans son dos le lançant plus qu’il ne l’aurait souhaité. Il chassa l’eau de ses cheveux désormais d’un violet clair, la pourpre dont il se servait pour se les teindre partant un peu plus à chaque lavage. Il devrait très bientôt refaire cette couleur si particulière, d’autant que ses mèches légèrement ondulées avaient bien poussé ces derniers temps, laissant apparaître de longues racines d’un blanc éclatant.
Le jeune homme soupira et baissa les yeux sur sa main gauche. Il n’y avait même pas de moignon là où se trouvait encore son auriculaire quelques heures plus tôt à peine : le monstre qui le lui avait arraché avait sectionné les os de ses dents acérées, si bien que la blessure, même si elle restait grave, n’était, au final, pas aussi moche qu’il l’avait craint.
Un bruit sur sa droite attira son attention. Tournant la tête, il aperçu l’orpheline dont il avait requis les services, et qui lui ramenait vêtements et serviettes propres. Il lui prit soudain l’envie de bondir hors de la baignoire et de la plaquer sur le sol ou contre un mur, de laisser glisser ses mains sur son corps, d’arracher sa tenue et de déverser toute sa tension, toutes ses pulsions dans un acte qui n’aurait rien de tendre, rien de délicat, rien de beau. Il n’y aurait que du plaisir pour lui, un plaisir malsain qui le ferait jouir aussi bien mentalement que physiquement, qui le déchargerait un peu de tout ce qu’il avait accumulé durant la nuit.
Il adressa à la gamine un sourire aimable et des plus charmant, avant de se lever et de sortir de la baignoire, s’exposant dans toute sa nudité. L’eau qu’il laissait était à la fois brunie par la boue et rougie par le sang. L’orpheline, rougissant légèrement, s’approcha du Comte et lui tendit une serviette. Son sourire s’accentua légèrement.

« Merci, Marthe. »

En prenant le carré de tissu, il prit bien soin de lui effleurer délicatement la main. La petite rougit de plus belle, bredouillant quelques mots, et s’occupa de la baignoire. Andreas la détailla un instant, se demandant s’il n’allait pas céder, au final. Et puis, il enroula la serviette autour de sa taille et entreprit de se sécher correctement. Il avait autre chose à faire. Il aurait tout le temps de profiter des plaisirs de la chair plus tard.


Le jeune homme arpentait les couloirs de Cloverfield. Ses cheveux encore un peu humides lui tombaient élégamment dans la nuque et devant son œil gauche. Il était tout de noir vêtu, portant une chemise légère dont il avait laissé les premiers boutons ouverts, un pantalon serré aux genoux et des chaussures de ville qu’il avait fait cirer. Il se sentait presque nu sans son éternel manteau de laine, mais l’habit était irrécupérable, et il lui faudrait s’en faire faire un nouveau. Nul doute que les couturières s’occuperaient de cette tâche mieux que lui.
A sa boutonnière, à côté du trèfle à deux feuilles épinglé à sa poitrine, il gardait l’arum du Mirage, glissé dans une poche au niveau de son cœur. Il ne se séparerait sans doute plus de la fleur : tout d’abord, parce que cela ne ferait qu’attiser la curiosité des autres enfants ; ensuite, parce que le parfum entêtant lui rappelait que toutes les créations du Sycophante n’étaient pas fondamentalement mauvaises ; enfin, parce qu’il la considérait comme une preuve tangible que cette retraite dans la cabane à outils au bout du chemin de gravier et ce qu’il y avait vu n’était pas un rêve.
Le Comte finit par se retrouver devant la bibliothèque. Il en poussa la porte et s’y glissa tandis que le battant de bois claquait derrière lui. Ses pas le conduisirent jusque devant Alix, qu’il avait visiblement tiré de sa lecture. Baissant le regard un instant, il aperçut une gravure illustrant l’une des pages jaunies du recueil qu’elle était en train de consulter. Un loup énorme et une fillette à chaperon lui arrachèrent un léger rictus.

« Décidément, quelle ironie. »

Ses yeux de verre se posèrent sur la jeune fille qui le toisait à nouveau.

« Tu es en retard. Avais tu peur de moi, pour arriver seulement maintenant ? »

Andreas sourit. Il s’inclina légèrement, posant sur son cœur sa main blessée, dont les bandages tout frais n’avaient pas encore eu le temps de rougir, révélant quatre doigts au lieu de cinq désormais.

« Vous m’en voyez navré, Princesse, mais j’étais fort sale et je ne souhaitais pas vous incommoder plus que de raison. »

Il se redressa et détailla rapidement sa supérieure hiérarchique. Elle était plutôt jolie, avec son teint pâle et ses cheveux d’un noir de jais. Toujours soignée et propre sur elle, son apparence n’était pas moins raffinée que d’ordinaire. Le jeune homme pencha légèrement la tête sur le côté, croisant les bras dans son dos, regrettant immédiatement en sentant ses blessures le tirailler. Pas une mimique de douleur ne vint troubler son expression calme et charmante.

« Vous désiriez me parler, Altesse ? Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ? »

L’amabilité, cette carte l’avait souvent sorti de situations très fâcheuses et, puisqu’il ne portait pas de grief particuliers envers la Princesse – autre que celui de vouloir lui faire payer un châtiment qui avait failli lui coûter la vie – il ne voyait pas de raison à se montrer discourtois.
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Alix V. McAndrew

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MessageSujet: Re: I’m waking up to ash and dust ▬ Andreas.   Dim 10 Fév - 20:06




    S’il y avait bien une chose à laquelle la jeune enfant avait été habituée, c’était la culture du « beau ». Oui, durant son enfance, on lui avait inculquée toutes sortes de principes, de morales, qui lui avaient permis de reconnaître la beauté, ou non, d’une chose. Elle savait reconnaître de belles peintures, aux traits fins de l’auteur, à la qualité des matériaux utilisés ; elle savait qu’un objet avait une grande valeur quand elle le voyait, à la finesse de son rendu, à sa surface lisse et miroitante… Mais il y avait, hélas, une chose, une unique chose, que ses parents avaient omis de lui apprendre : desceller la beauté d’une personne. Pour elle, tout reposait sur les apparences. C’était ce qui passait sous ses yeux, sous ses doigts qui faisait la beauté.
    Pourtant, au fond d’elle, elle savait que quelque chose n’allait pas. Si elle s’observait dans un miroir, elle ne voyait qu’une silhouette livide, pâle, et sans chaleur : rien qui n’était agréable, beau. Même si on lui avait souvent répété, et non à tord, qu’elle était fort jolie, la jeune écossaise avait fini par croire en tout autre chose. Si elle n’était alors pas dépourvue de beauté, il y avait tout de même quelque chose de pourri, en elle. Quelque chose d’abject et de repoussant. Et il semblait qu’il n’y avait qu’elle pour le percevoir.
    La première fois qu’elle avait aperçu Andreas, elle s’était dit que c’était une belle personne. Comme elle. Cependant, elle avait toujours trouvé quelque chose d’étrangement attirant chez ce garçon, qui n’était pas sans lui rappeler une partie d’elle-même. Même si elle n’était pas totalement sûre de sa définition des belles personnes, il y avait une chose dont elle était certaine, c’était qu’une beauté abîmée, éraflée, était un réel gâchis.
    Quand elle vit les quelques bandages, encore vierges, qui entouraient la main du jeune Comte, elle ne put se retenir un soupire. Voilà qui était bien dommage, de laisser échapper une partie de son charme, pour garder les horribles cicatrices du mensonge.

    La jeune fille se leva de sa chaise, gardant le dos bien droit, et ainsi la posture la plus élégante que possible. Elle inspecta sa petite robe rouge, et chassa d’un coup de main les quelques petits plis, qui venaient perturber le tombé naturel du tissus. « Vous désiriez me parler, Altesse ? Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ? » Chaque chose en son temps. Alix se saisit du vieil ouvrage –elle poursuivrait sa lecture sans doute plus tard – et s’avança vers la bibliothèque. Si attraper le recueil n’avait pas été simple, le remettre en place s’avérait être encore plus ardu. Debout, sur le rebord en bois, elle peinait à ranger son livre. Après quelques secondes, elle dût s’avouer vaincue, et redescendit, posant son regard d’ange sur Andreas.

      « Puisque tu es ici, aide moi tout d’abord à ranger cela, veux-tu ? »


    Il ne fallait pas chercher bien loin pour trouver une personne plus grande qu’elle, alors quand elle en avait une sur la main, Alix ne se faisait pas prier pour en profiter. Mais ce fût à ce moment là qu’un détail vint troubler son attention. Elle n’avait pas remarqué cette fleur, si significative, que portait le garçon à sa chemise : un arum. Alors, il l’avait vu. Il lui avait sûrement parlé. Le Mirage. A cette pensée, un frisson d’angoisse remonta le long du dos de l’enfant. Mais elle devait prendre garde, Andreas était là, et elle devait se faire violence pour ne pas laisser paraître la peur que suscitait cet arum.

      « Charmante, cette fleur à ta chemise. Mais, si je ne m’abuse, il est d’ordinaire coutume de les offrir aux dames, et non de les garder en simple accessoire, non ? »


    Un large sourire, qui témoignait d’une assurance certaine, se dessina sur le visage de poupée de la Princesse. Elle ne voulait pas de cette fleur, comme l’insinuaient ses propos, mais elle voulait juste dégager une certaine forme d’intérêt. Après tout, qu’en ferait elle ? Puis, même si elle ne se montrait pas superstitieuse d’habitude, elle était persuadée que cela allait lui causer du tord. Qu’allait on penser d’elle, après ? Qu’elle était de mèche avec le Mirage ? Certes, d’une certaine façon, ce n’était pas totalement faux, puisqu’elle était amenée, depuis peu, à collaborer avec le Sycophante. Mais tout de même, elle ne volait pas plus ternir son image qu’elle ne l’était déjà.

    Blanche Neige chassa ses vulgaires pensés de son esprit, et s’appuya délicatement contre la bibliothèque en bois massif. Elle devait en venir au fait, après tout il était impoli de faire attendre le jeune de la sorte. Mais qu’importe, jusqu’à preuve du contraire, elle était désormais Princesse, et disposer un peu des autres n’était pas un luxe sur lequel elle allait cracher. Remettant de nouveau sa robe en place, comme un petit tic d’anxiété, elle ouvrit les lèvres.

      « Venons-en aux faits. Je ne t’ai pas fait venir ici pour rien. Je voulais juste m’assurer que tu es au courant de ce qui t’attend, et de ce que tu vas devoir faire, en tant que nouveau Comte. »


    Son petit sourire mielleux s’étendit de nouveau sur son visage. Il était hors de question qu’elle le laisse faire ce que bon lui semblait. Elle perdait peut être son temps, mais elle ne voulait pas prendre le risque de réparer les échecs de Sheppard. Même s’il était probable que la punition ne lui serait pas attribuer, à elle, Alix préférait tout de même le travail bien fait, et ne tenait pas plus que cela à devoir sans cesse repasser derrière le Comte pour corriger ses actions. Elle reprit, pleine d’assurance déconcertante.

      « Puis, il serait fâcheux de t’attirer mes foudres, ou celles du Prince, pour un travail mal fait… Ou pire, celles du Sycophante. »


    Alix avait décidé d’appuyer là où cela faisait mal. Pas physique, mais elle jouait désormais avec les sentiments. Même si elle n’était pas rassurée en présence du Sycophante, elle pouvait toujours l’utilisée comme moyen de pression. Après tout, pourquoi s’en passer, puisque cela lui était possible ? Et il fallait l’avouer, suite aux derniers évènements, Alix était prête à parier que le jeune garçon ne souhaitait pas recroiser le Monstre de sitôt.
    Cependant, il valait mieux rester, aussi pour elle, sur ses gardes. Le Sycophante entend tout, et voit tout. Une parole malencontreuse était si vite arrivée, la Princesse préféra tenir sa langue. Pourtant, l’envie de remuer le couteau dans la plaie était forte, et grandissante.


      « Et je suis persuadée que tu n’as point envie de la revoir tout de suite, n’est ce pas ? »


    Ses yeux clairs posés sur le visage du garçon, elle attendait. Elle attendait un mimique quelconque, un signe de faiblesse, quelque chose capable de faire voler en éclat cette carapace toujours impeccable.


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: I’m waking up to ash and dust ▬ Andreas.   Mar 30 Avr - 2:00

Andreas observa de ses yeux d’un bleu cristallin la petite fille joliment apprêtée qui se tenait devant lui. Elle avait quelque chose de plus que la précédente souveraine, quelque chose qui, étrangement, donnait l’impression que le titre de princesse était mieux fait pour elle. Elle qui avait été dans les petits papiers de Lucifel depuis le tout début, bien avant que ne disparaissent les adultes, bien avant que n’apparaissent le Sycophante et sa clique, avait hérité d’une place de choix dans la hiérarchie de Cloverfield – chose qui, visiblement, n’était pas prêt de changer, puisque de Duchesse, la demoiselle MacAndrew avait été promue au plus haut rang possible dans cet orphelinat. Aussi étrange et, quelque part, humiliant que la situation pouvait l’être, la fillette d’une douzaine de printemps à peine se retrouvait à commander des enfants qui bien souvent étaient plus vieux qu’elle.
L’ancien fossoyeur faisait partie des plus vieux ici ; peut-être même était-il le plus vieux, il n’en était pas tout à fait sûr. Il était au Cloverfield Orphanage depuis quatre longues années maintenant, et jamais famille ne vint pour l’adopter. Il avait vu bon nombre de gens passer entre ces murs, il avait vu partir des enfants et en arriver d’autres, de tous horizons, de toutes origines, et il avait appris à juger en silence tout ce qui se déroulait autour de lui – cette grande valse permanente qui semblait ne jamais devoir s’arrêter, sauf si quelqu’un venait vous chercher pour vous faire franchir les gigantesques portes de fer forgé marquant l’entrée du domaine, vous emmenant vers une nouvelle vie, un nouveau futur.
Mais qui aurait bien pu s’enticher d’un pauvre garçon comme lui, une catin, un rejet de l’humanité et le reflet de ses instincts les plus bestiaux ? Ce qui l’avait étonné, en revanche, c’était que personne ne se fut attaché à Alix, venue d’une noble famille, au maintien et aux manières irréprochables. La petite était coincée avec eux désormais, et il en serait ainsi jusqu’à ce que, peut-être, un jour, les choses reprennent un cours plus normal.

Pour l’heure, la Princesse se trouvait debout sur la pointe des pieds, en équilibre précaire, tenant à bout de bras l’énorme et vieux recueil qu’elle essayait, sans succès, de remettre à sa place dans son rayon désigné à la bibliothèque. L’adolescent aux cheveux d’un pourpre clair regardait faire sa supérieure sans rien dire, éprouvant toutes les difficultés du monde à ne pas laisser échapper un rire moqueur et amusé.

Eh bien, pensa-t-il, si nos souverains ne peuvent même pas ranger leurs livres par eux-mêmes, je ne donne pas cher de notre peau !

Finalement, la demoiselle redescendit de son perchoir et fixa son regard sur lui.

« Puisque tu es ici, aide moi tout d’abord à ranger cela, veux-tu ? »

Andreas sourit, aimable, et hocha la tête.

« Mais très certainement, Altesse. C’est toujours un plaisir que de vous rendre service. »

Attrapant le livre entre ses longues mains fines, il n’eut qu’à lever le bras pour le ranger correctement. Cependant, ce geste eu pour effet de rouvrir en partie les longues plaies dans son dos, et une grimace de douleur passa furtivement sur le visage délicat du jeune homme. Il fit de son mieux pour ne plus le laisser apparaître, mais il ne pouvait ignorer bien longtemps les élancements qui, partant de ses omoplates, irradiaient dans tout son torse, jusque dans ses bras, réveillant au passage les autres blessures auxquelles il avait réussi à ne plus penser. Il reporta son attention sur la jeune fille à ses côtés, toujours droit et calme, dissimulant brillamment tout ce qu’évoquaient en lui les sensations que lui renvoyaient son corps.

« Charmante, cette fleur à ta chemise. Mais, si je ne m’abuse, il est d’ordinaire coutume de les offrir aux dames, et non de les garder en simple accessoire, non ? »

Andreas haussa les sourcils. Voilà une remarque à laquelle il ne s’était pas attendu. Soudain, il se demanda si la Princesse n’essayait pas de lui soutirer l’arum du Mirage à dessein. Si elle n’essayait pas de lui ôter ce « trophée », cette preuve de ce qu’il avait vécu durant cette nuit agitée qui avait éveillé en lui tout un tas de questions. Les rêves et les visions qu’il avait eu dans l’ancienne cabane du jardinier lui revinrent furtivement en mémoire. Il ne pouvait oublié ce qu’il avait vu, il ne pouvait effacer de son esprit les images grotesques et les dessins étranges qu’il avait observé durant sa retraite miraculeuse dans le petit appentis de bois pourri. Sans l’aide du Mirage, il serait mort dévoré par les Remords depuis quelques bonnes heures déjà.
Alors hors de question pour lui de laisser échapper cette fleur.
Souriant à nouveau, aimable comme toujours, Andreas répondit à Alix, un éclair de malice passant dans ses yeux de verre.

« Celle-ci ? Oh, je sais bien que les bonnes manières voudraient que je vous l’offre de bon cœur, mais malheureusement, il s’agit d’un présent que m’a fait une très grande dame, et qui, j’en ai peur, s’offenserait beaucoup de me voir la céder à quiconque – même à vous, princesse. »

Le Comte espéra que sa pirouette suffise. Sinon, il trouverait bien autre chose à répondre. Mais il ne perdrait pas l’arum du Mirage, dut-il passer pour un paria une fois encore – cela ne le changerait pas beaucoup, après tout. Une grande partie de l’orphelinat le redoutait, une autre le détestait, et une autre enfin faisait mine de ne pas s’occuper de lui. A l’exception d’Ezekiel, il n’avait personne sur qui compter, et personne dont l’avis ne fut très important pour lui. Au final, peu lui importait ce que pensaient les autres : il avait besoin de cet arum. Il le sentait – non, il le savait : le cadeau que lui avait fait la fille aînée du Sycophante lui serait indispensable pour la suite.
Rangeant ces pensées dans un coin de son esprit, il attendit les prochaines paroles de la Princesse, espérant qu’elle lui dirait enfin ce pour quoi elle l’avait convoqué.

« Venons-en aux faits. Je ne t’ai pas fait venir ici pour rien. Je voulais juste m’assurer que tu es au courant de ce qui t’attend, et de ce que tu vas devoir faire, en tant que nouveau Comte. »

Elle lui adressa un petit sourire mielleux auquel elle répondit par le sien, toujours aussi aimable et calme. Il la trouvait presque mignonne à essayer de le titiller un peu. Comme si elle savait ce qu’étaient ses faiblesses ; la petite n’en avait aucune idée, et jusqu’à présent, elle n’avait réussi qu’à amuser le jeune Comte. Il hocha la tête.

« C’est très aimable à vous de pouvoir me renseigner un peu plus sur mes nouvelles fonctions. Je dois avouer qu’Alexiel n’a pas été très loquace sur le sujet, pas plus que Leonild à dire vrai, et Albert semble vouloir m’éviter autant que faire se peut – étrange, n’est-ce pas ? »

Un léger rire de gorge s’échappa d’entre ses lèvres closes. Aucun membre de la haute aristocratie ne l’avait mis au fait des tâches qui lui incombaient désormais. Il en avait vaguement entendu parler lors de l’investiture de Lucifel et des membres de sa cour, mais pas suffisamment pour vraiment savoir de quoi il en retournait. Ainsi, livré à lui-même dans un tout nouveau contexte, il n’avait pas encore eu le temps de s’adapter et d’apprendre avec précision ce qu’il devait maintenant faire.

« Puis, il serait fâcheux de t’attirer mes foudres, ou celles du Prince, pour un travail mal fait… Ou pire, celles du Sycophante. »

Le sourire d’Andreas se fana quelque peu tandis qu’un léger frisson couru le long de sa colonne vertébrale, hérissant le fin duvet dans sa nuque et au creux de ses reins. Devoir rendre des comptes au Sycophante une fois encore était une perspective qu’il voulait éviter à tout prix. La nuit qu’il avait passé dehors tout seul, à la merci des Remords et de leur insatiable envie de tuer, lui avait largement servi de leçon. Il saurait être discret sur ses faits et gestes, encore plus que d’ordinaire, et ne jouerait pas au plus malin avec la grande dame au visage barré d’encre noire.
Il ne répondit pas à la demoiselle, qui se fit un plaisir d’appuyer un peu plus encore sur ses plaies toutes fraîches.

« Et je suis persuadée que tu n’as point envie de la revoir tout de suite, n’est ce pas ? »

Andreas fixa sa supérieure de son regard presque transparent, ses pupilles rétractées semblables à deux petits points noirs au milieu d’une mer de glace, pénétrants, foudroyants, semblant sonder l’âme de ceux sur lesquels ils se posaient pour en étudier tous les vices et toutes les failles. Les yeux de l’ancien fossoyeur avaient quelque chose de magique, d’aussi attirant qu’une flamme pour un essaim de papillons de nuits perdus dans les ténèbres. Ils avaient le don de rassurer aussi bien que de mettre mal à l’aise, mais surtout, ils étaient fascinants. Il était étonnant que leur couleur si pure n’ait pas été salie par l’enfance souillée à laquelle il avait eu droit.
Fixant Alix sans mot dire, son sourire finit par revenir, toujours aussi aimable et calme, mais cette fois légèrement nuancé par une pointe de défi et de fierté qu’il ne chercha même pas à dissimuler. La jeune fille voulait jouer à cela ? Et bien soit, que le jeu commence dans ce cas. Andreas se ferait un plaisir de lui renvoyer la balle, encore et encore, jusqu’à ce qu’il gagne la partie.
Il pencha légèrement la tête sur le côté.

« Mais pourquoi devrai-je la revoir bientôt, Princesse ? Je n’ai pas de service à lui demander, ni aucun enfant désobéissant à lui signaler. Vous la saluerez bien de ma part la prochaine fois que vous la rencontrerez, puisqu’à n’en pas douter, cela arrivera vraisemblablement beaucoup plus vite et fréquemment. »

Le jeune homme ne se laisserait pas démonter si facilement. Il refusait de montrer la peur et la douleur qu’avait laissé en lui le Sycophante, comme imprimées au fer rouge dans son esprit déjà bien abîmé par ce genre de choses. Redressant un peu les épaules, il remit délicatement derrière son oreille une mèche de cheveux ondulés.

« Et donc, votre Altesse, en quoi consiste-donc mon rôle désormais ? »

Il souriait, encore et toujours. Comme s’il ne devait jamais arrêter. Comme s’il devait mourir avec ce sourire sur le visage, ce sourire aimable et agréable qui le rendait si charmant et dangereux à la fois.

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Alix V. McAndrew

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MessageSujet: Re: I’m waking up to ash and dust ▬ Andreas.   Mar 11 Juin - 22:01

God knows what is hiding, behind the tears, inside the lies.



    Il y avait plusieurs choses que l’on remarquait, la première fois que l’on rencontrait Alix. Il y avait tout d’abord son sourire, frais et enfantin ; elle le servait à qui voulait le voir, pour un oui ou pour un non, d’une manière la plus naturelle qu’il soit. La Princesse maniait parfaitement l’art de ce sourire, en usait, et en abusait. Puis, quand on la détaillait un peu, on s’attardait sur son teint opalin, ses pommettes légèrement rosées, et ses boucles sombres. Mais avec toutes ces contrastes, on avait tendance à oublier de s’arrêter sur ses yeux. Ces petites perles cristallines, d’un bleu presque effacé, se posaient sur vous, et semblaient ne jamais vouloir s’en détacher. Il de coutume de dire que les jeunes gens aux yeux bleus possèdent une mauvaise vue ; pour la jeune demoiselle, ceci n’était que baliverne. Ses yeux ne laissaient rien filer, il n’y avait aucune échappatoire lorsque ceux-ci vous fixaient.
    Lorsque Andreas récupéra son ouvrage, Alix détailla ce qui passa sous son regard. Les mains du jeune homme étaient fines, longues, rien à voir avec celles d’un artisan. Difficile à croire que quelques temps auparavant, l’Orphelin était encore un fossoyeur, habitué aux travaux manuels.
    Un seul détail rebouta la jeune enfant : un bandage ensanglanté venait recouvrir une partie de sa main. Elle avait pu, tout à l’heure, entrapercevoir ce qui était arriver au garçon ; avec les remords, d’une certaine manière, il fallait se réjouir lorsqu’ils ne prenaient qu’un doigt, à défaut de toute une main. Pendant un instant, Alix s’imagina ce que cela pouvait faire. Elle frissonna à cette pensée, et prise d’un haut-le-cœur, elle se frotta discrètement la main, vérifiant que tous ses doigts étaient encore là, comme pour se rassurer.

    D’un seul mouvement, et sans rien dire, Andreas tendit le bras afin de ranger l’imposant recueil de contes. Tout semblait facile pour lui ; il était grand, élancé, et il n’avait besoin de l’aide de personne pour quoi que ce soit. D’une certaine manière, Alix l’enviait. Elle qui avait toujours été d’une taille plutôt petite, avait toujours rêvé de pouvoir se débrouiller seule, un jour. Même le simple fait de pouvoir replacer un livre sur son étagère aurait eu le don de lui esquisser un sourire. Mais visiblement, il n’en était pas de même, aujourd’hui, pour Andreas. Au moment où le jeune homme rangea l’ouvrage, une furtive grimace vint chasser les traits habituellement sereins de son visage. Alix ne put s’empêcher de le revoir, l’espace d’un instant, comme ils l’avaient retrouvé le matin même : plaies béantes et chemise lacérée, tachée de rouge. Un frisson remonta le long de son dos. Même si elle n’avait jamais connu véritablement la douleur, elle s’imaginait ce que le nouveau Comte pouvait ressentir. Etait-ce un tiraillement ? Une brûlure ? Elle n’aurait su dire. Pourtant, elle compatissait ; l’espace d’un instant, elle se surprit même à ressentir une forme de pitié pour Andreas. Et comme pour chasser ce sentiment de son cœur, elle soupira longuement.

    Alix s’était alors penchée sur la fleur, à la chemise du jeune homme. Elle fût soulagée quand le Comte lui témoigna qu’il préférait garder cette fleur pour lui. Fort heureusement. Un tel trophée se conservait précieusement et jalousement.
    Puis, elle devait l’avouer, la Princesse n’avait jamais aimé les arums. Leur apparence était sans grand intérêt, trop simple, et leur parfum était pour dire, quasi inexistant. Ces fleurs étaient insignifiantes, et sans charme.
    A y regarder de plus près, l’arum n’allait pas à Andreas. Elle paraissait bien fade, à coté de lui. A ce moment là, elle se demanda lequel des deux demandait à être mis en valeur. Cette pauvre et misérable fleur, ou ce jeune homme, fané et abîmé ? Cette situation, assez ironique, lui décrocha un petit sourire moqueur, qui s’était niché quelques instants au coin de ses lèvres roses.

    Malgré toutes ces pensées, Alix n’en oubliait pas la venue d’Andreas. Elle n’aimait pas le travail mal fait, et se devait de lui expliquer en quoi consistait sa nouvelle tâche. La voix du jeune homme, suave et calme, résonna dans l’immense bibliothèque. « C’est très aimable à vous de pouvoir me renseigner un peu plus sur mes nouvelles fonctions. Je dois avouer qu’Alexiel n’a pas été très loquace sur le sujet, pas plus que Leonild à dire vrai, et Albert semble vouloir m’éviter autant que faire se peut – étrange, n’est-ce pas ? » A son rire, vint se mêler de la jeune fille. C’était comme un petit carillon, éclatant et attendrissant, qui venait comme sonner une petite trêve, au milieu de cette ambiance pesante et –parfois trop- sérieuse.
    Il avait, en l’espace de quelque mot, étrangement bien résumé la situation. Pour avoir travailler avec Alexiel, elle comprenait tout à fait ce qu’il voulait dire. Le Duc était doté d’un égo démesuré, et tout ce qui n’était pas son égal ne l’intéressait guère. Autant dire qu’un parvenu comme Andreas n’avait tout bonnement aucune chance de se voir recevoir des explications par un enfant comme lui. Même avec la jeune fille, Alexiel n’avait instauré qu’une entente cordiale. Il ne fallait rien attendre de plus, avec lui. Quant à Leonild, lui décrocher quelques petits mots relevait de l’exploit !

      « Ne t’attends pas à ce que l’Aristocratie t’aide ou te renseigne sur quoi ce que soit. Compte tenu de ton ancien rang et de ta…réputation, cela reste improbable. »


    Alix n’avait pas l’habitude de mâcher ses mots. Après tout, Andreas était sûrement le premier à être au courant de la « renommée » dont il pouvait disposer. Cette réputation sulfureuse avait fait le tour de l’orphelinat ; bon nombre d’enfants se méfiaient alors d’Andreas comme de la peste, d’autre, au contraire, se montraient plus curieux et daignaient lui adresser la parole.
    La Princesse faisait partie de cette deuxième catégorie. Elle qui émanait de pureté, qui conservait pieusement sa part d’innocence, avait décidé de jouer avec son contraire, et montrait un vif intérêt pour le garçon aux cheveux pourpres. A vrai dire, il l’intriguait ; elle se demandait comment il avait pu en arriver là, ce qui l’avait conduit à mener une telle vie… Sans doute était-ce aussi pour cela, qu’elle l’avait convoqué aujourd’hui. Au fond, les explications faisaient office de prétexte, et elle ne demandait qu’à le comprendre, à savoir ce qui, comme elle, se cachait derrière ce sourire mielleux.

    Justement, ce sourire confiant s’effaça lorsque la jeune écossaise laissa échapper de ses lèvres le nom du Sycophante. Aurait-elle appuyé sur une corde sensible ? Plus la bouche d’Andreas se pinçait, plus un nouveau sourire s’étendait, sur le visage de poupon d’Alix. La partie était lancée, et c’était maintenant à elle de jouer.
    Ses yeux plongés dans les siens, elle se retint de faire un quelconque commentaire ; elle se contenta seulement de savourer cet infime moment, où elle pouvait jouir d’une pleine supériorité face à l’ancien fossoyeur.
    Elle comprenait qu’il puisse être angoissé à l’idée de revoir le Sycophante, c’était même humain après la nuit qu’il venait de passer. Après tout, même elle se retrouvait parfois inquiète, en présence de la créature. Mais ça, il ne le savait pas, il ne le voyait pas.
    « Mais pourquoi devrai-je la revoir bientôt, Princesse ? Je n’ai pas de service à lui demander, ni aucun enfant désobéissant à lui signaler. Vous la saluerez bien de ma part la prochaine fois que vous la rencontrerez, puisqu’à n’en pas douter, cela arrivera vraisemblablement beaucoup plus vite et fréquemment. »
    Bien sûr que cela arrivera rapidement. Qui sait ? Peut être demain ? Dans trois jours ? Personne n’était à l’abri, désormais. Mais une chose était certaine, si Alix était confrontée de nouveau au Sycophante, sans doute qu’Andreas le serait aussi.

      « Tes salutations lui seront transmises, et je ne doute pas qu’elle sera ravie de voir dans quel état merveilleux tu te portes, après cette charmant nuit passée au clair de lune. »


    Comme à son habitude, la jeune enfant lui servit son sourire le plus charmeur, et le plus doux. Dorénavant, elle allait garder précieusement les peurs et les faiblesses d’Andreas dans un coin de son esprit. Elle en était persuadée, cela lui serait utile tôt ou tard. Mais pour l’heure, il fallait se concentrer sur autre chose. Même si leur discussion se révélait être de plus en plus intéressante, la Princesse ne l’avait pas fait venir pour parler de cela. « Et donc, votre Altesse, en quoi consiste donc mon rôle désormais ? » Anciennement rang quatre, il avait encore tout à découvrir et à apprendre de l’Aristocratie. Il était hors de question que le jeune homme ne ternisse l’image symbolique qu’ils avaient forgée.

      « Comme tu le sais, tu travailleras désormais avec Leonild. Tu es chargé de traquer les traîtres et les opposants à la Royauté et à l’Aristocratie. Tu pourras, par ailleurs, te faire une joie de faire aux autres ce que t’as fait Malice. »


    L’enfant, qui avait commencé sur un ton des plus sérieux, laissa échapper un petit rire malicieux. Elle savait qu’Andreas n’avait toujours pas digéré le coup du Valet, et qu’il se ferait un plaisir de se venger. Tout le monde agissait comme cela, à Cloverfield. Elle reprit par la suite ses explications.

      « Bien sûr, la punition ne relève pas de tes compétences. Tu livreras les traîtres à Alexiel et à la future Duchesse. Cependant, j’aimerais que tu fasses quelque chose pour moi. »


    Lorsqu’on connaissait Alix, il était simple de voir quand elle avait une idée derrière la tête. Elle avait cette attitude à la fois posée, et sûre d’elle. Elle arborait ce petit sourire confiant, et avait la petite manie de jouer avec ses boucles sombres. Se détachant de la bibliothèque où elle s’était adossée, elle s’approcha d’un pas presque dansant, mais lent, du jeune homme. Sans pour autant le quitter du regard, elle commença à tourner autour de lui, l’air presque joueur, et à faire courir ses doigts entre ses omoplates.

      « Si jamais tu surprends quelqu’un en train de me maudire, fais moi plaisir, et amène le moi. Si tu es sage, tu pourras même… »


    Ses paroles n’allèrent pas plus loin, et son sourire s’effaça aussitôt. Alors que sa main parcourait le dos du garçon, elle s’était stoppée net, à la vue d’une large tâche rougeâtre. Le bout des doigts rougit, et la mine livide, Alix prit conscience alors d’une chose. Même si Andreas paraissait toujours calme, et posé, il n’en restait pas moins humain. Un humain capable de souffrir, et percevoir la douleur. La grimace qu’elle avait pu entrevoir tout à l’heure n’était pas anodine, et témoignait alors que, derrière ce masque qu’arborait sans cesse le Comte, ce dernier subissait encore les marques de la nuit passée. Ses plaies s’étaient rouvertes, et sa chemise se teintait progressivement de rouge.

      « Andreas, tu saignes… »


    Sa voix ne tremblait pas, mais elle avait perdu toute trace de sa précédente gaieté. Toute son assurance s’était alors envolée, laissant place au doute. Devait elle se montrer compatissante ? L’aider à se soigner ? Ou au contraire, devait elle se montrer ferme et n’y accorder aucun intérêt ? Elle frotta nerveusement le bout de ses doigts tachés de sang sur un volant de sa robe, comme pour se débarrasser de ses doutes et sa soudaine angoisse. Une trace vermeille venait désormais accompagner les volants blancs du jupon de la Princesse.

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MessageSujet: Re: I’m waking up to ash and dust ▬ Andreas.   Ven 9 Aoû - 23:49


Andreas n’était pas du genre à se montrer ouvertement hostile envers les personnes qu’il avait pris en grippe ; il ne voyait pas l’intérêt à être agressif et à jouer les provocateurs si c’était pour s’attirer davantage de problèmes encore. Aussi était-il tout à fait conscient que la patience et les faux-semblants jouaient bien plus en sa faveur que la violence ou un comportement désagréable.
Sachant très bien où il se situait dans la hiérarchie de Cloverfield et connaissant le caractère de ses supérieurs, le jeune homme faisait profil bas et était aussi courtois et aimable qu’à l’accoutumée. Et puis, n’ayant aucun grief particulier contre Alix, il ne chercha pas à glisser d’allusions déplacées ou mauvaises dans la conversation. Il savait qu’il était en équilibre sur une corde raide en permanence, d’autant plus depuis qu’il faisait partie de l’Aristocratie. Surtout lorsqu’il savait pertinemment n’y avoir aucun allié ; la Princesse l’avait bien résumé : ses origines et sa réputation jouaient en sa défaveur. Il était un paria avant d’entrer à l’orphelinat ; il était un paria lorsqu’il avait choisi d’enterrer les morts et de préférer leur compagnie à celle des vivants, sauf lorsque l’appel de la chair et du jeu se faisait trop fort ; il était un paria parmi ces beaux enfants aux belles parures et belles paroles qui s’étaient proclamés souverain. Il s’agissait, d’ailleurs, du seul point commun qu’il possédait avec Lucifel, d’extraction aussi humble que la sienne ; sinon, c’était des enfants d’aristocrates et de bourgeois qui dirigeaient la plèbe des orphelins. De pauvres enfants arrachés au confort de leur agréable foyer, à la chaleur de leur gigantesque maison et de leur famille disparue. Cette idée faisait doucement sourire Andreas, heureux de constater que, tôt ou tard, le vent de la chance finissait par tourner.
En attendant, indifférent aux douleurs des plaies et hématomes parsemant son corps, le jeune homme était attentif aux paroles délivrées par la jeune demoiselle debout face à lui – même si, pour le moment, ils se livraient plus à une danse amusante qu’à une véritable discussion.

« Tes salutations lui seront transmises, et je ne doute pas qu’elle sera ravie de voir dans quel état merveilleux tu te portes, après cette charmant nuit passée au clair de lune. »

L’ancien fossoyeur n’empêcha pas un fin sourire d’étirer le coin de ses lèvres. A nouveau, il inclina la tête, dans une posture hypocritement amicale et respectueuse.

« Et je lui suis reconnaissant de la considération et de l’intérêt qu’elle porte à mon bien-être. »

Remarque ironique s’il en est ; les minions de la dame au visage sans yeux avaient pris grand soin de le lacérer de part et d’autres, lui arrachant un doigt et plantant leurs griffes acérées dans la chair tendre de son corps déjà meurtri par les sévices de son enfance. Il espérait ne plus avoir à faire aux Remords pendant un bon moment.
Reportant son attention sur Alix, il écouta ce qu’elle avait à lui dire concernant ce qui l’attendait en tant que Comte. Enfin quelqu’un allait le renseigner sur sa tâche ; aucun aristocrate n’avait pris cette peine jusqu’à présent, ce qui, à long terme, aurait fini par lui causer quelques problèmes.

« Comme tu le sais, tu travailleras désormais avec Leonild. Tu es chargé de traquer les traîtres et les opposants à la Royauté et à l’Aristocratie. Tu pourras, par ailleurs, te faire une joie de faire aux autres ce que t’as fait Malice. »

Un mince sourire étira les lèvres d’Andreas. Il n’avait certainement pas oublié que c’était à Malice qu’il devait sa petite aventure à l’extérieur de l’orphelinat durant la nuit passée, et il comptait bien faire payer sa délation à l’insupportable valet. Il s’était échangé trop de coups bas, trop d’insultes et de provocations dissimulées par des paroles mielleuses et faussement aimables, trop de choses qui faisaient qu’au final, le jeune Comte ferait regretter au fils de catin d’avoir eu la langue trop bien pendue. Ce serait peut-être sa langue qui souffrirait d’ailleurs, lorsque viendrait son tour de passer devant les Prince et Princesse érigés au rang de juges et de punisseurs.

« Bien sûr, la punition ne relève pas de tes compétences. Tu livreras les traîtres à Alexiel et à la future Duchesse. »

Une petite moue déçue passa furtivement sur le beau visage de l’adolescent. Il aurait adoré se charger ne serait-ce que de Malice – de lui et lui seulement ; les autres, globalement, n’avait pas assez d’intérêt à ses yeux pour qu’il prenne plaisir à le torturer.
A l’exception du Prince Corbeau, bien sûr, mais cela était une autre histoire.
Alix reprit.

« Cependant, j’aimerais que tu fasses quelque chose pour moi. »

Andreas haussa quelque peu les sourcils, surpris. Voilà quelque chose qu'il n'avait pas prévu. Il s’était attendu à être réprimandé pour avoir failli ternir l’image de l’aristocratie, à être subtilement rabaissé et à ce qu’on lui rappelle ses origines une fois de plus ... quoiqu’à bien y réfléchir, ce n’était pas le genre d’Alix. Elle était moqueuse, oui, cruelle parfois, mais comparée aux autres dirigeants de Cloverfield, elle ne possédait pas cette once de méchanceté gratuite qui les changeait en tyrans. Elle était respectée et crainte en tant que Princesse, et elle n’avait pas volé sa réputation, certes, mais elle n’était pas foncièrement mauvaise comme pouvaient l’être Lucifel ou Alexiel. Son orgueil et la manière qu’elle avait de percevoir le monde et ses sujets étaient, somme toute, naturels compte tenu d’où elle venait. Elle était bien mieux à siéger à côté du Prince que d’être une simple Duchesse.

« Et que serait donc cette chose, Princesse ? » demanda Andreas, toujours aussi calme et posé.

Il regarda la jeune fille s’approcher de lui, faisant tourner les jupons de sa jolie robe. Elle se mit à tourner autour de lui, et laissa glisser ses doigts fins entre les omoplates du Comte. D’ordinaire, cela l’aurait fait sourire, et il n’aurait pas manqué de lui jeter un coup d’œil amusé ; mais aujourd’hui, cela le fit se crisper et plisser les yeux tandis qu’il sentait le tissu de sa chemise noire appuyer contre ses plaies.

« Si jamais tu surprends quelqu’un en train de me maudire, fais moi plaisir, et amène le moi. Si tu es sage, tu pourras même… »

Andreas fronça légèrement les sourcils. Il n’était pas commun qu’Alix hésitât sur les mots à choisir, ni qu’elle s’arrêtât aussi brusquement au beau milieu d’une phrase.

« Y a-t-il un problème, votre Altesse ? »

La réponse ne se fit pas attendre bien longtemps.

« Andreas, tu saignes… »

Le jeune homme cligna des yeux. Lentement, il porta la main à ses épaules, grimaçant en sentant la peau tendue et bouillante de ses plaies se déchirer un peu plus. Lorsqu’il ramena ses doigts à lui, ils étaient en effet couverts de sang écarlate et épais, ayant à peine commencé à coaguler.
Ce fut en voyant son propre sang qu’il eut conscience d’à quel point il avait mal. Tout son corps le faisait souffrir, la station debout tirait sur ses muscles douloureux, ses plaies s’étaient presque totalement rouvertes malgré son passage à l’infirmerie et la fièvre montait. Il avait chaud, de plus en plus chaud ; une chaleur maligne et dangereuse née de la douleur et de la pluie qui l’avait trempé jusqu’aux os, de ses blessures sans doute infectées et des cauchemars sans nom qui l’avaient assailli tandis qu’il gisait inconscient dans le cabanon de bois branlant au milieu de la forêt.

« En effet ... c’est fâcheux » constata-t-il sobrement.

Il s’essuya la main sur sa manche, et un soudain élan de douleur le fit vaciller.

« Princesse, serait-il possible de continuer cette conversation sur le chemin de l’infirmerie ? Je ne voudrais pas malencontreusement tâcher le sol, et j’ai deux mots à dire aux infirmières qui étaient chargées de me recoudre ce matin. »

Le sourire qu’il arborait se voulait calme et moqueur, mais ses yeux bleus brillants de fièvre montraient bien qu’en réalité, il était bien moins serein que d’ordinaire.



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