De nos chagrins il s'en fait des manteaux ; Lucifel.



 

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Albert Gillespie

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MessageSujet: De nos chagrins il s'en fait des manteaux ; Lucifel.   Jeu 4 Oct - 0:10

Les lambris de bois sombres du bureau luisaient sous le soleil timide hivernal. Londres s’agitait au loin, derrière les murs parés de tapisseries pourpres et poussiéreuses, loin du vieux cabinet, loin du bruit des papiers anciens que l’on manipulait. Il y avait dans la pièce cette odeur capiteuse de vieilleries et de souvenirs, ces espèces d’étouffantes traces de vies passées dont regorgeaient les dossiers qui s’alignaient sagement sur les bibliothèques surchargées. Il était là, lové dans un fauteuil aux accoudoirs de cuir, les yeux rivés sur un document qu’il avait posé à plat sur le large bureau en merisier. Il avait jeté un coup d’œil rapide vers la fenêtre, profitant un instant de la chaleur des derniers rayons de Décembre qui s’étaient posés sur son visage. Toute sa vie avait changé, lorsqu’il était parti de l’orphelinat. Il avait quitté ses oripeaux de Baron, était redevenu Albert Gillespie, tout simplement, gamin perdu et abandonné, livré à lui-même dans le grand bordel qu’était le Royaume-Unis. Il avait perdu la plupart des orphelins, avait reconstruit sa vie, ailleurs, loin, dans une autre sphère. Il était devenu avocat, avait intégré le très réputé cabinet Lovelace & Byrn, s’était fait une place, avait grimpé les échelons avec toute la volonté qu’il pouvait. Il s’était démené pour oublier, pour tirer un trait, aussi, beaucoup. L’orphelinat était une époque à laquelle il n’aimait pas repenser. Il y avait vu des choses affreuses, y avait fait des choses horribles. Il avait regardé droit dans les yeux toute la misère de l’âme humaine.

Mais encore à présent, une décennie passée, il y avait ce sourire qui dansait encore à l’arrière de ses pupilles, ce sourire narquois, ce sourire de démon. Il y avait cette fascination et ce dégoût, cet émerveillement et cet écœurement. Il n’avait pas changé, pas tant que ça. Il ne pouvait pas changer, pas pour ça. C’était toujours les mêmes pas qu’il guettait dans le couloir, toujours le même visage auquel il lançait son plus beau sourire en coin, toujours les mêmes mots, les plus hypocrites comme les plus sincères qu’il lui adressait. Parce que son sourire trainait toujours dans les recoins dans son corps, parce qu’il n’avait jamais rien oublié de son apogée ou de sa décadence. Parce qu’il était de ces démons qu’on ne parvenait pas à effacer. Il naviguait dans sa vie depuis toujours, il venait et repartait, revenait, toujours. Ce n’était qu’une bête sauvage qui viendrait faire croire qu’elle avait été apprivoisée, un mensonge bien rôdé pour lequel toujours il cédait tout en se sachant pertinemment berné. Ça n’avait aucune importance, ça avait toujours été comme ça. Albert était usé et utilisé, victime consentant d’une relation sans tenant ni aboutissant qui ne lui apportait rien d’autre qu’une attente perpétuelle et douloureuse, ineffable et définitive.

Il y avait des choses qui jamais ne changeaient. Cette attente aussi en faisait partie.

Elle avait commencé d’ailleurs lorsqu’il était devenu Baron, elle avait commencé en fait bien avant, quand Albert, en quête de reconnaissance, avait commencé à travailler dur pour un semblant de remerciement. Ça avait continué après, quand il espérait une visite, une joute verbale ou une étreinte, une once de n’importe quoi qui lui prouverait qu’il existait. Il avait pensé que ce serait fini après Cloverfield, qu’il disparaitrait de sa vie, qu’il n’y aurait plus que le vide et son souvenir, les brumes fatiguées des fantômes du passé. Il s’était trompé. Ça ne lui arrivait pas souvent. Il s’était trompé lourdement. Même après, le manège avait continué. Il avait reçu des visites, il l’avait trouvé quelque fois sur son canapé, ou encore qui l’attendait dans son bureau. Il était venu peupler sa vie à l’improviste, s’échappant par à-coups, revenant et repartant comme une danse trop souvent répétée. Albert avait cessé de compter les départs. Il n’avait de cesse d’espérer ses retours.

Ça faisait trois mois aujourd’hui.

Pas qu’il calculait, il avait juste bonne mémoire. Trois longs mois aujourd’hui, depuis le dernier mot, la dernière visite. Il avait cette espèce de boule dans l’estomac. D’un geste las, il repoussa le testament qu’il était en train d’étudier, plantant là Mr. Jenkins et ses quatre villas de campagne pour se lever, allant appuyer son front contre les vitres de la pièce, le regard perdu au loin et l’air épuisé. À trop flirter avec le diable, il s’y était brûlé et c’était sa silhouette qu’il cherchait sur le macadam humide de Londres, ses cheveux noirs et impeccablement coiffés, ce sourire de dangereux personnage. Il avait soupiré. Il avait détourné les yeux. Il ne viendrait pas, non, évidemment. Ce serait trop hasardeux, trop étrange, trop beau, d’une certaine façon. Ça n’arriverait pas ; le beau n’existait pas pour eux. Il n’y avait que le sale, que les dépendances, que les écorchures et les mots durs, les départs et les douleurs. Il n’y avait que ça mais trop diffusément pour être évoqué nommément. Il n’y avait que ça mais ça devait être tu.

Albert avait haussé les épaules. Albert avait ouvert la porte de son bureau. Il avait enfilé d’un geste tranquille sa veste en tweed, avait enroulé d’un geste las l’écharpe autour de son cou alors que ses gants en cuir réchauffait déjà ses doigts. Il avait besoin de s’échapper un peu, d’aller marcher. Il salua Meredith Campbell — la secrétaire — avant de prendre le large, s’arrêtant devant les bureaux pour chercher fébrilement son étui à cigarettes dans sa poche. Il avait besoin de fumer, besoin d’évacuer, besoin de se changer les idées. Tout cela lui pesait.

Il fit rouler sous ses doigts la molette du briquet.

À travers la flamme orangée, c’est Lucifel qui lui souriait.

Foutu hasard.
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MessageSujet: Re: De nos chagrins il s'en fait des manteaux ; Lucifel.   Dim 27 Jan - 15:32

    Un matin, après deux ans de vie commune avec Malice pour le meilleur et pour le pire – surtout pour le pire concernant le pauvre valet – Lucifel avait disparu. Les affaires les plus utiles et auxquelles il tenait le plus – pas grand chose – n'étaient plus là, pas plus que leur propriétaire. Quant à la chambre de bonne sous les toits, elle était à Malice à l'origine et elle lui revenait à présent à lui seul. Malice avait même attendu, il pensait qu'il reviendrait ; ce n'était pas la première fois qu'il se volatilisait. Mais après deux semaines, il n'était toujours pas revenu. Lucifer était bel et bien parti. Au moment de son départ, il était passé pour voir Albert. Ce cher Albert... Il faisait partie de ses jouets préférés, de ceux qu'il finissait toujours par revenir voir pour s'imprégner de leur contact et s'abreuver de leur présence. Albert était bien des rares dont il pensait que l'avis comptait un tant soit peu. Le seul qu'il écoutait un minimum avant de n'en faire qu'à sa tête. Il n'était pas resté longtemps, guère plus de quelques heures avant de s'enfuir. Pour aller où ? Pour voyager. Lucifel sillonna la Grande Bretagne sans autre but que celui de se promener. Il retrouva quelques orphelins, dont Alix qui lui promit un poste de majordome quand il se serait stabilisé. Régulièrement, il revenait voir Albert quand il passait par Londres, mais le plus souvent il lui envoyait des lettres. Bientôt, les lettres qu'il envoyait affichaient des timbres français, allemands, autrichiens, russe, hongrois, polonais, suédois... Grâce à l'argent qu'il gagnait – extorquait – Lucifel s'embarquait dans des bateaux ou des bus pour écumer l'Europe d'après-guerre en reconstruction progressive. On ne change pas les bonnes vieilles habitudes ; partout où Lucifel passait, il n'avait pas son pareil pour détruire la vie des gens par sa seule présence et quelques paroles empoisonnées. Il n'avait pas son pareil pour fasciner ses proies et les endoctriner dans ses illusions de grandeur et ses délires insanes. Lentement mais sûrement, l'ancien Prince de Cloverfield tissait son réseau de fidèles à travers l'Europe, bien déterminé à s'en servir un jour. Fils de pasteur et bercé par la religion pendant toute son enfance en Islande, l'idée de fonder une secte l'avait effleuré. Mais c'était encore trop tôt... Pourtant, l'idée de disposer d'une armée de fanatique était des plus alléchante...

    Sa dernière lettres avait été expédiée du Danemark avant qu'on ne reçoive plus aucune nouvelle de lui. De là, il s'était embarqué pour l'Islande. Il lui avait fallu du temps pour oser entreprendre ce voyage... Beaucoup de force psychologique pour se confronter à son passé tant fantasmé et pleuré, pour retrouver sa terre natale dont il avait été arraché par sa mère. Sa mère... C'était pour elle qu'il revenait. Il voulait la voir après douze année de séparation. Il avait vécu plus longtemps sans elle qu'avec elle à présent. Elle lui avait fait beaucoup de mal mais il ne pouvait s'empêcher de vouloir la voir. Arrivé en Islande, il fut frappé de plein fouet par la nostalgie ; maintenant qu'il y était, il ressentait le manque avec plus d'acuité que jamais. Là commença sa traque...




    Trois mois après son départ du Danemark, Lucifel rentra à Londres, pétri de sentiments mitigés. Était-il heureux, dévasté, soulagé, furieux... ? Il ne saurait le dire. Un peu tout ça en même temps. En tout cas, ce voyage l'avait beaucoup agité, il avait fait trembler les derniers lambeaux d'âme noir qui l'animaient encore et fait battre son petit cœur froid et atrophié. A part sa mère, personne n'était à même de le faire vibrer de la sorte ou de le bouleverser avec autant de force. C'est comme mu par l'instinct qu'il se mit en tête de retrouver Albert avant toute chose. Le navire avait accosté les quais de la Tamise à vingt-et-une heures passées. Sa petite valise avec lui, Lucifel se dirigea vers le quartier chic où se terrait son ancien Baron. Le connaissant, il était peut-être encore à son cabinet... Il sillonna Londres comme un fantôme, encore hanté par les brides d'Islande qui tournaient dans sa tête. Hanté par sa mère qu'il avait revue, toujours fidèle à elle-même : indifférente, égoïste et pleine de haine et de mépris à son égard. Ça avait été douloureux. Le fait qu'elle ne soit pas montée avec lui dans le bateau pour l'Angleterre douze ans plus tôt n’avait pas été le fruit d'une erreur. C'était voulu et prémédité. Vigdís, sorcière.

    Il était presque vingt-deux heures quand Lucifel arriva devant le cabinet d'avocat. Il y avait de la lumière à la fenêtre du bureau d'Albert. Malgré la neige et le froid qui mordait son visage et ses mains, le Prince préféra l'attendre dehors. Il posa sa valise et enfila ses gants. Une dizaine de minutes plus tard, il y eu un déclic : Albert sortait de l'immeuble. Il n'avait pas changé lui non plus. Toujours aussi... Albertien. Lucifel esquissa un petit sourire et s'avança un peu, assez excité de le voir. Albert s'allumait une cigarette quand soudain, il sembla le remarquer. Alors le jeune homme s'approcha et tendit le bras pour caresser la joue froide du Baron du dos de la main. « Tu m'en allumes une ? » Le sourire de Lucifel s'élargit et il baissa son bras. « Ça commençait à faire un bail mais tu n'as pas du tout changé. » Lucifel non plus d'ailleurs. Il était toujours le même démon.

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MessageSujet: Re: De nos chagrins il s'en fait des manteaux ; Lucifel.   Dim 24 Fév - 21:04

Il avait laissé le silence planer un instant entre eux, le regard fixé sur les feuilles balayées par le vent sur le macadam londonien. Lucifel. Il avait pincé les lèvres sur sa cigarette alors qu’il tournait les yeux vers lui pour le contempler un instant. Lucifel. Les doigts sur sa joue avaient semblé le brûler, une fraction de secondes, à peine et ses pupilles s’étaient étrécies. Il avait joué avec son briquet avant d’en faire rouler une nouvelle fois la molette. Les creux et les pleins de son visage éclairés par les flammes. Il avait inspiré. Odeur de tabac. Odeur de papier brûlé. Sourire. Lucifel. C’était odieux. C’était odieux de lui faire cela, odieux, de le faire revenir, odieux, de le ramener une fois de plus entre ses doigts. Albert n’était pas sûr de le supporter une nouvelle fois. Il le ferait bien, pourtant. Il ne le savait que trop bien.

« Lucifel » avait-il soufflé à mi-voix, d’un ton doux et amer, de la voix même du condamné. Il avait trop de fois prononcé son prénom, trop de fois usé sa voix. C’était pourtant une tendresse, une caresse, un « Bonjour » et un « Bienvenue ». C’était trop de sous-entendus dans un seul mot. Trop d’émotions contradictoires tout à la fois.

Il s’était éloigné d’un pas. Pas assez pour éviter le contact physique, pas assez pour le perdre du regard. D’un geste tendre, il avait glissé les doigts dans les cheveux noirs de l’islandais, arrangeant du bout des doigts quelques mèches, une expression impassible sur le visage. Ne pas montrer de failles. Ne pas céder. Il avait souri. Évidemment, oui, il n’avait pas changé. Ils n’étaient pas de ceux qui pouvaient évoluer. Pas de ceux qui pouvaient avancer. Ils s’étaient figés dix ans auparavant. Ils n’étaient jamais vraiment sortis de leur torpeur. Bien sûr, ils avaient changé de vie. Bien sûr, ils étaient allés et venus. Bien sûr, la vie avait marqué leurs visages. Bien sûr.

Mais dans le fond, mais à l’intérieur, ils étaient toujours ce Prince et ce Baron qui dans un orphelinat s’étiolaient.
Rien n’avait changé.

« Les gens comme nous ne changent pas. » Son ton était péremptoire, son visage, serein. « Tu le sais bien, non ? Tu n’as pas changé non plus. »

Tu es le même qu’il y a trois mois, le même qu’il y a dix ans. Le temps ne passe pas sur toi. Albert l’avait toujours su, confusément.
Machinalement, il avait esquissé un léger mouvement du menton pour l’inviter à le suivre. Ça ne pouvait finir qu’ainsi : Lucifel allait finir chez lui, infecter son espace, sa vie, son corps. Il allait tout bouleverser, tout chambouler, détruire l’ordre qu’il rebâtissait péniblement à chaque fois. Il était une catastrophe naturelle dont Albert se relevait à chaque fois. Lorsqu’il avait doucement tiré sur sa cigarette, un peu de fumée s’était échappée d’entre ses lèvres. Il l’avait détaillé du coin de l’œil, avait frotté machinalement ses doigts gantés contre sa nuque. La situation le rendait nerveux. Sa présence lui tordait l’estomac. Au bout de ses doigts, piquaient cent milles aiguilles.

« J’ai déménagé, depuis la dernière fois. »

La dernière fois que Lucifel était venu le trouver, il habitait un appartement sombre et étouffant, un cocon d’anxiété à plein temps. Il lui avait semblé un temps que son appartement n’était que le reflet de son paysage intérieur. Il le pensait encore, de temps en temps.
En changeant d’endroit, il avait tenté de fuir. De le fuir. Fébrilement, sans conviction. Il avait abandonné son ancien appartement comme on délaisse une ancienne mue. Il s’était trouvé plus spacieux, plus blanc, plus impersonnel. Il s’y était senti mieux, un peu. Tout était ordonné. Toutes ses maigres possessions avaient trouvé leurs places. Soigneusement rangé dans un carton sous son lit, ce qui semblait être des centaines de dessins d’enfant, des gribouillis de ses souvenirs, des cartes et des menaces, des fugaces moments de rire dans sa vie. Il savait que Lucifel les trouverait peut-être. Il n’en avait cure. Lucifel finissait toujours par apprendre les choses embarrassantes qui berçaient les gens.

« Où étais-tu passé, ces derniers temps ? »

Il avait attendu tellement longtemps de sa voir que son regard s’était tinté d’une pâle couche d’intérêt, alors qu’il posait ses yeux sur lui, en quête d’une réponse. C’était la curiosité plus qu’autre chose qui balayait ses traits et il avait esquissé un sourire dégagé en empruntant une rue adjacente. Dieu seul savait pourtant à quel point il lui avait manqué et à quel point, furieux et délaissé, il l’avait détesté pour son inconstance et son égoïsme. De cela, son visage ne trahissait rien. À peine avait-il trahi, en fait, le bonheur de le revoir.
Lorsqu’on s’appelait Albert Gillespie et que se dressait à nos côté l’ombre de Lucifel Sveinsson, il ne faisait pas bon se confier. Il n’avait jamais fait bon se livrer, de fait. C’était risquer de tout perdre, d’être moqué et décrié, déchiré, torturé, ravagé.

Un petit rire l’avait secoué.
Les règles du jeu avaient toujours été soigneusement posées.
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Lucifel J. Sveinsson

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MessageSujet: Re: De nos chagrins il s'en fait des manteaux ; Lucifel.   Dim 5 Mai - 16:30

    Cloverfield Orphanage n'avait été qu'un jeu, qu'une étape, et Lucifel s'attendait à ce que tout le monde parte de ce principe-là. Mais c'était évidemment impossible. Certains l'avaient plus mal vécus que d'autres et si le Prince avait cette capacité à se détacher, tout le monde ne l'avait pas, notamment les plus atteints. Bien que cela ne se devinait pas aisément, Albert devait faire partie de ceux-là. Malgré son statut élevé, Albert avait pris de plein fouet toute la cruauté de cette période de sa vie, sans doute bien plus que le reste des Aristocrates, car c'était sûrement le plus sain d'esprit...

    Albert alluma sa cigarette et la flamme orangée fit briller ses yeux presque noirs. Lucifel saisit doucement la cigarette entre deux doigts et inspira une bouffée de fumée. Les clopes que lui proposaient Albert avaient un goût spécial à ses yeux. Même s'il achetait le même tabac et le même papier, quand le Prince se les faisait tout seul, elle n'avaient pas la même saveur que lorsque c'était Albert qui lui offrait. Lucifel fixait attentivement le visage de son Baron à la recherche d'une émotion, de quelque chose. Il connaissait suffisamment son aîné pour savoir que sous ses airs impassibles et neutres, beaucoup de pensées circulaient dans sa tête brune. Il avait beau scrutait, il ne voyait rien, mais il pouvait deviner un certain désarroi, une fébrilité désabusée. Albert subissait ses visites ponctuelles autant qu'il les désirait. Le Baron recula d'un pas et passa ses doigts dans ses cheveux de jais pour les arranger un peu, ébouriffés par le vent qu'ils étaient, malgré la cire qu'il utilisait pour les coiffer. A croire que son empressement à retrouver l'avocat avait été trahis par sa chevelure.

    Il avait beau faire illusion, mais Lucifel avait toujours eu l'impression d'être plus dépendant d'Albert que Gillespie ne l'était de lui. Il s'était toujours vu lui courir après, toujours à vouloir son attention, parfois sans grand succès. Mais maintenant, les rôles semblaient d'être inversés. C'était Albert qui mourrait entre chacune de ses visites. Cela dit, si Lucifel finissait toujours par revenir, c'est qu'il ne pouvait pas se passer de lui non plus... Éternellement Prince et Baron, à se chercher l'un l'autre. D'un ton badin, Lucifel tira vaguement sur sa cigarette, soufflant tranquillement la fumée :

    « Ah oui, tu as déménagé ? Où ça ? » Avec un sourire en coin, il prit cela comme une invitation et il ajouta : « Tu vas devoir me montrer ça. » Il se surprit à regretter l'ancienne chambre glauque de l'avocat, si noire, si exiguë, si... saturée. Lucifel avait l'habitude de ces ambiances surchargées et renfermée, si bien qu'il ne se sentait à l'aise plus que dans de tels espaces. Tous les logements qu'il avait occupés étaient du même acabit, des clapiers humides et poussiéreux qui sentaient la mort et la tristesse, des bourbiers dans lesquels sa créativité la plus noire s'épanouissait dangereusement. Lucifel le suivit tranquillement le long des rues, consumant tranquillement sa cigarette. Le Prince hocha les épaules. « J'ai été un peu partout en Europe. C'était assez intéressant. » Il marqua un temps, hésita avant de lâcher la bombe d'un air détaché. « Je suis retourné en Islande. »

    Peut-être que pour Albert cela n'évoquerait rien, aucune question, aucune interrogation ; il l'espérait. Ce seul nom de pays était chargé de tant d'affects et de puissance qu'il en aurait tremblé, pleuré, hurlé. Ainsi, il changea de sujet : « J'ai bien aimé Prague. Je t'ai envoyé une lettre de là-bas, je crois. » Il termina la cigarette, l'écrasa contre un mur et la laissa tomber dans sa poche. « Cela dit, je ne vais pas revoyager avant un moment. Je vais me poser en Grande-Bretagne pendant quelques années. J'ai contacté Alix, elle a un poste de majordome pour moi. Ça va être très amusant. Tu m'imagines avec mon bel habit de majordome ? » Il gloussa. Il s'imaginait très bien et le costume lui siérait sans doute à merveille. A défaut d'avoir un esprit sain, Lucifel avait toujours bien présenté et c'était encore plus vrai une fois la puberté passé. Il était vraiment devenu un bel homme.

    L'Islandais étendit le bras pour lui effleurer la nuque. « Et toi, mon cher petit gratte-papier ? Ça avance les affaires ? Je ne comprends vraiment pas comme tu peux exercer un métier aussi théorique, cloîtré dans un bureau, et je ne parle même pas des études pour y arriver ! J'en serais bien incapable. » C'était trop de contraintes que Lucifel n'avait jamais pu supporter. S'enfermer lui-même dans un appartement, oui, mais se faire enfermer dans un bureau – tout de merisier soit-il – non jamais. « Et on arrive bientôt à ton appartement ? J'ai hâte de me poser. J'ai mal aux pieds. » Machinalement, il balançait sa petite valise et donnait de petits coups dans les mollets d'Albert, facétieux et enquiquineur.

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MessageSujet: Re: De nos chagrins il s'en fait des manteaux ; Lucifel.   Ven 24 Mai - 21:07

Et Lucifel parlait, parlait, parlait. Comme à son habitude, comme depuis toujours. Albert avait fermé une seconde les yeux, se laissant bercer par la voix tant attendue. Il eut envie de le serrer fort dans ses bras, de l’enfermer, de le plaquer contre un mur et de le posséder pour ne plus jamais le laisser repartir. Il eut envie de l’embrasser, de perdre pieds, de tout envoyer bouler. Il eut envie. Il n’en fit rien. Il laissa l’homme badiner, sourit tranquillement, affecta avec soin son plus parfait air détendu. Il ne s’intéressa vraiment à ce que lui racontait son interlocuteur que lorsqu’il évoqua l’Islande. S’il n’en montra rien, l’évocation du pays natal du Prince noua son estomac plus qu’il ne l’aurait imaginé et les interrogations, les vieilles et les nouvelles, revinrent le hanter plus fortement encore. Personne n’avait jamais su comment diable exactement Lucifel était arrivé en Angleterre, si ses parents étaient morts, comment, pourquoi, le cas échéant, l’avaient-ils envoyé au loin. Sur cette dernière question, Gillespie avait bien quelques doutes mais il les avait toujours soigneusement rangés dans un coin de son esprit, pour ne pas trop y penser, pour ne pas être influencé. Albert ne voulait pas savoir, dans le fond, mais, plus que jamais, il aurait aimé savoir comment Lucifel se sentait.
Tout d’abord parce que les humeurs de l’homme avaient été depuis longtemps une énigme. Ensuite, simplement, parce qu’il se faisait du souci pour lui. Tout détracteur qu’il était, Albert était bien placé pour savoir que Lucifel lui-même pouvait être ébranlé, malheureux, déboussolé. S’il se blâmait de se comporter ainsi, il se sentait, dans le fond, comme toutes ces femmes de marin qui attendait époux à la maison. Savoir qu’il avait peut-être été malheureux et n’avoir rien pu y faire faisait naître en lui un étrange malaise. Après un temps de réflexion, il avait murmuré :

« Tu me raconteras l’Islande. » Pour ne pas avoir l’air trop intéressé, il avait ajouté : « Un de mes clients a des biens sur ton île. J’aimerais savoir à quoi ressemble la mentalité des gens de là-bas. » Sourire tranquille. « Ils ne peuvent pas être tous comme toi, après tout. »

Il avait frissonné lorsque les doigts de Lucifel avait effleuré sa nuque, lui avait sourit, en coin, avait haussé les épaules. Il avait pensé à l’alliance qui chauffait sous son gant, avait songé à la réaction de Lucifel, en la voyant, avait souri plus fort. Il s’était senti bien, un instant, de façon puissante et farouche, heureux de le retrouver, malgré les coups de valise dans les mollets, malgré le départ, prochain, inévitable et imminent qui suivrait cet instant de quiétude. Il avait tendu la main pour saisir la valise et, après avoir poussé un soupir théâtral, avait avancé plus rapidement.

« Tu es monstrueusement infernal, tu le sais, hein ? »

Son sourire était un rien moqueur, sa voix, bourrée d’affection et de retenue. Bien entendu, qu’il était infernal, qu’il le rendait, fou, malade, qu’il l’épuisait. Bien entendu. Mais ça ne changeait rien. Ca ne changeait jamais rien. Paisible, il s’était frayé un chemin dans la ville :

« Si Alix t’emploie c’est qu’elle a perdu la tête. Je suis peut-être vieux jeu mais je ne t’imagine pas servir qui que ce soit eut-elle été un temps ta princesse. » Une fossette se creusa sur sa joue alors que son sourire s’élargissait. « Et le fait que tu sois incapable de faire le métier que je fais en est la preuve supplémentaire. Ca va être dramatique et tu vas adorer ça. Je veux des photos de toi avec ton uniforme. Je suis sûr qu’il t’ira parfaitement. Quant à moi je suis en passe de devenir associé, du cabinet. »

Il badinait tranquillement, comme si la nouvelle, dans le fond, était sans importance. La réussite qui guettait Albert était pourtant importante mais, alors qu’il la partageait avec Lucifel, il lui avait semblé, brutalement, qu’elle ne valait rien, qu’elle ne lui apporterait rien. Peu importait, oui, tout l’argent qu’il pourrait bien gagner. Il ne comblerait jamais le vide que Lucifel laissait lorsqu’il partait. Jamais. Même sa fiancée, après tout, n’avait pas réussi, quand bien même avait-elle déployé tous les efforts qu’elle avait pu pour le combler. Elle avait fini par partir. Jamais, au grand jamais, il n’avait tenté de la retenir.
Au fil de la conversation, ils avaient fini par atterrir devant son immeuble et, sans se presser, Albert avait fait tourner la clé dans la serrure avant de l’attirer dans l’escalier. Premier étage, première porte, ouverte à la volée. Il avait balancé sans ménagement la valise sur le parquet avant de le saisir fermement par la nuque, le plaquant contre la porte tout en la refermant, pour l’embrasser avec avidité. Il était temps que tout cela cesse, de faire taire la frustration, un peu, d’apaiser un peu les flammes d’envie et de colère qui tiraillaient tout son corps.

La voix rauque, le souffle court et les yeux plus brillants que jamais, il avait soufflé :

« Bienvenue à la maison, Lucifel. »
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MessageSujet: Re: De nos chagrins il s'en fait des manteaux ; Lucifel.   Mer 18 Sep - 16:34

Lucifel préférait ne pas avoir à parler de l'Islande. Badiner peut-être, mais jamais sérieusement. De toute façon, Albert avait tourné son commentaire comme une insulte à peine déguisée. C'était tout lui, ça... Les petites piques lâches et sournoises, c'était du Albert tout craché. Mais bon, ça l'arrangeait, ainsi il n'avait pas à répondre quelque chose de vraiment constructif à propos de son île d'origine ni même de ce qu'il avait vécu là-bas. Avec un haussement d'épaule désinvolte, Lucifel lâcha vaguement : « Oh, tu sais, j'ai tendance à croire que plus on va au nord, plus les gens sont évolués. Pour être allé à la fois en Italie et au Danemark, je confirme que les pays latins sont rustres et sales comparés aux pays germaniques et encore plus par rapport aux pays scandinaves. Dis-toi qu'on est vingt pourcents meilleurs que les Anglais, hm ? En Islande, les gens croient aux trolls et aux elfes. Entre nous, on sait tous les deux qu'il y a une part de vérité derrière les contes folkloriques... » Les commissures de ses lèvres s'étirèrent en un sourire matois qui avait quelque chose de gênant. Il faisait bien sûr allusion au Sycophante et ses sbires entre autres créatures ineffables qu'ils avaient pu voir de leurs propres yeux à Cloverfield. Albert préféra ne pas répondre. Il se contenta de frissonner – à cause de sa déclaration ou de son contact ? – et de changer de sujet. Monstrueusement infernal. Quel choix judicieux de vocabulaire. Albert avait toujours été doué avec les mots, peut-être plus que la plupart des gens à Cloverfield et en général. Il n'était pas Baron pour rien, les mots c'était son domaine. L'avocat lui piqua sa valise pour la porter lui-même et le jeune homme le laissa faire, trop heureux de ne plus avoir à la porter. Après tout, c'était bien pour cela qu'il martyrisait les pauvres jambes de l'infortuné merle : pour qu'il la lui porte.

Lucifel suivit donc tranquillement son hôte, les mains dans les poches, le nez en l'air pour regarder le ciel. Il était moins pur qu'en Islande. Moins pur qu'à Cloverfield il y a une dizaine d'années... Pourtant, il s'agissait du même ciel. Leur témoin à tous depuis le début. Parfois, le corbeau se demandait s'ils arriveraient un jour à tourner la page, tous, les orphelins de Cardington. Mais non. On ne se remettait jamais d'une expérience pareille, que son empreinte soit positive ou négative, faible ou forte, elle resterait toujours là, dans un coin sombre de leurs souvenirs, à les guetter toute leur vie. Et en un sens, il se sentait horriblement fier d'avoir fait de cette expérience quelque chose de dramatiquement inoubliable. Avec sa petite révolution, il avait marqué au fer rouge les esprits d'une centaine de gamins déjà éreintés par un début d'existence difficile, par la guerre et ses terribles conséquences.

Son engagement auprès d'Alix laissait Albert perplexe, il ne lui cacha pas. Ce n'était pas étonnant : Lucifel avait passé le plus clair de son temps – sinon tout – à se moquer des ordres et à n'accepter aucun joug, petit animal sauvage et effronté qui cabrait à la moindre contrariété. Le Prince ricana doucement et fanfaronna : « Mon cher Bertie, je n'ai accepté ce poste que parce qu'il s'agit d'Alix. Elle sait comment je fonctionne et nous coopérerons en bonne intelligence. Si elle ne me traite pas en inférieur – et elle ne le fera pas – elle sait très bien que je peux être... diablement efficace. Je sais ce que j'ai à faire. Et en tant que majordome, j'aurais toute une tripotée de valets de pied, valets de chambre, femmes de chambres, cuisinières, gouvernantes, chauffeurs, etc. à ma botte. Et oui, je vais adorer ça. En plus, c'est l'occasion de mettre un pied dans le grand monde, tu ne crois pas ? Nos jeux d'enfants étaient très divertissants mais, tu vois, Alix est vraiment une aristocrate. Comme toi, si je ne me trompe ? » Lucifel poussa un soupir rêveur. « Alexiel et Leonild aussi étaient de très bonne famille.... Il n'y avait qu'Andreas et moi-même qui étions issus de milieux modestes, voire misérables pour ce cher Comte Parvenu. Tu ne le vis pas mal parfois d'avoir été soumis par un vulgaire fils de pasteur, un roturier ? Moi, à ta place, j'aurais la mort, Bertie. » Et au Prince d'éclater de rire. Le temps qu'il n'expose son point de vue, ils étaient arrivés. C'était un bel immeuble, le genre qu'il n'aimerait pas, il le savait. Lucifel fronça le nez et suivit Albert à l'intérieur, promenant sur les murs et le sol un regard inquisiteur. Trop propre, trop neuf, trop blanc. Le suivant dans les escaliers, Lucifel râla : « Je sens que je vais détester ton appartement. Je préférais l'ancien. J'aime pas quand c'est trop propre. L'ostentation cache l'hérésie. S'il y a bien une chose sensée que mon père m'a apprise, c'est celle-là. Comment tu fais pour vivre dans un endroit aussi asepti- » Albert ne lui laissa guère le temps de finir sa critique. A peine Lucifel eut-il franchi le seuil de l'appartement que le Baron, après s'être débarrassé de sa valise, le saisit par la nuque avant de le plaquer contre le battant de la porte qu'il venait de claquer. Les lèvres du merle se pressèrent avidement contre celles du corbeau, l'embrassant comme un naufragé agrippé à sa planche de salut. Après quelques secondes abasourdies, Lucifel sourit contre les lèvres de son vis-à-vis et lui rendit fougueusement son baiser. Albert le rompit, l'air excité, la voix rauque et le souffle court. Ses yeux brillaient. Lucifel miaula tout bas, doucereux et insolent : « Je préférais l'ancienne. » Cependant, il déposa un nouveau baiser traînant sur les lèvres du Baron et sa main erra sur son ventre pour l’effleurer avec une tendresse perverse. Il se déroba lestement pour détailler la pièce. Elle était de belle taille, blanche, impersonnelle, digne d'un avocat. Sur un ton moqueur, Lucifel demanda : « Ici aussi tu as un bureau en merisier ? » Il gloussa et lui fit les yeux doux. « Oh, et puis, on s'en fiche du bureau, ton lit m'intéresse davantage... »

Le Prince retira son manteau et ses gants pour les poser sur le dossier du canapé avec une certaine négligence. Dessous, il portait une tenue sobre et élégante, sans aucun signe particulier pour l'époque. Il se retourna vers Albert avec des attitudes de séducteur et souffla : « Tu me fais visiter ? »

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Albert Gillespie

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MessageSujet: Re: De nos chagrins il s'en fait des manteaux ; Lucifel.   Mer 9 Oct - 9:11

Albert avait suivi des yeux Lucifel avec jubilation. Savoir qu'il haïssait son appartement mais le voir s'y déshabiller quand même l'emplissait de cette joie intense et tordue qui les caractérisait tant. Adossé au chambranle de la porte, il avait contemplé d'un air amusé son hôte. Beaucoup de paroles pour une issue évidente. Tous deux savaient bien où cette visite aller se terminer. D'un geste tranquille, il avait pendu sa veste en tweed au porte-manteau qui se trouvait dans l'entrée avant de fourrer ses gants en cuir dans l'une de ses poches. Il avait fait craquer tranquillement ses doigts avant de tendre sa main gauche vers Lucifel pour l'entraîner vers lui. Il était heureux de le trouver là. Il était heureux de le revoir chez lui. Il ne le dirait pas, non, bien sûr. Il comptait bien le lui montrer, pourtant. Au moins encore un peu, avant qu'il ne s'échappe. Au moins un peu, encore, avant qu'ils ne s'achèvent. Il l'avait embrassé lorsqu'il l'avait tiré vers lui, fugacement, juste un peu. Il avait esquissé un sourire en coin en s'écartant de lui.

« Eh bien, je pourrais te montrer mon bureau quand même. C'est une pièce intéressante. » Il avait marqué un temps, avait esquissé un sourire un peu narquois : « Je dois avoir un problème avec ce bois-là. »

C'était la pièce que préférait Elise, son éphémère fiancée. Il devait rester, éparse, quelques photographies d'elle qui traînait sur les meubles. Sans doute, même. Il n'y faisait plus attention ; cela l'ennuyait même d'y songer. Il s'était fiancé par convenance, elle n'était pas resté. Fin de l'histoire. Il s'en moquait bien, elle n'avait jamais compté. Peu avaient compté, dans le fond. Trop peu. Il s'était glissé dans un couloir blanc, avait passé deux portes – une cuisine et une salle de bain – avait poussé la porte d'après. La porte avait grincé sur ses gonds. Sa chambre était aussi vide que le reste de l'appartement, aussi impersonnelle, sinon pire. Quelques feuilles s'échappaient du dessous du lit, seule trace de vie, seule différence. Quelques vieux dessins, des bribes de leur passé. Les mots maladroits qu'il lui laissait, des plans, des présents. De la paperasserie à laquelle il n'avait pas envie de penser.

Des vieilleries échappées, des rescapées de l'orphelinat. Albert n'était pas stupide au point de nier avoir été heureux. Ça n'aurait eu aucun sens ; il l'avait été. C'était peut-être ça, le pire, dans le fond. Avoir été bien, s'être senti vivant. Il avait eu l'air absent un instant, avait fini par se fendre d'un sourire en coin. Ça n'avait plus d'importance, ce n'était pas à ça qu'il voulait penser.

« Je dois être un fervent hérétique, alors » lâcha-t-il en un souffle en adressant un regard en coin à Lucifel. « Je ne pensais pas être le pire de nous deux. »

Il ne le pensait toujours pas, dans le fond. Ils se valaient sans aucun doute, tous les deux. Il avait levé la main pour glisser ses doigts entre les mèches noirs de l'homme.

« Tu voulais visiter ma chambre, alors ? »

Il avait le sourire amer, le sourire moqueur, il le rongeait du regard à la façon d'un acide. Il avait cherché sa taille du plat de la main, l'avait tiré au centre de la pièce. Outre le lit, paré de draps blanc, il n'y avait dans la pièce qu'une malle, une armoire et une table de chevet, une photo de famille posée dessus, où, enfants, Caprice et Albert se chamaillaient gentiment. Du pied, Albert avait lissé les plis du tapis rêche qui recouvrait le sol. Il avait regardé un instant la fenêtre, avait songé à tirer les rideaux avant de renoncer, avait relevé les yeux vers Lucifel.

Il le trouvait beau. Ça avait toujours été le cas. Il l'avait toujours trouvé magnétique, écœurant, attirant, hypnotisant. Ça s'était aggravé avec le temps. Lucifel, poison. Il n'avait plus pu attendre, l'avait embrassé sur le champs. Il était exigeant, avide, à fleur de peau. C'était moins un baiser qu'une guerre, une bataille de peaux et de corps qui se déchaînent. Il avait mordu ses lèvres, sucé sa langue, sans le laisser s'éloigner, sans le laisser s'échapper. Il n'en pouvait plus de ne pas pouvoir le retenir, ne supportait plus qu'il s'évapore même quand il le tenait dans ses bras. Il ne le laisserait pas faire. Il n'avait plus envie.

« J'ai envie de toi » avait claqué sa voix, sans hésiter, sans trembler, rauque et décidée. « Maintenant. »

Il avait laissé erré sa main sur ses reins, sous les vêtements sans âges de son hôte. La lumière des réverbères avait accroché un instant le métal de son alliance. Il s'était décollé un instant pour aller mordre le creux de sa gorge.

Il le voulait pour sien.
Il ne le laisserait plus filer.
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De nos chagrins il s'en fait des manteaux ; Lucifel.

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